Slatissime

L’important n’est pas de vivre les choses, c’est de savoir les débriefer

Temps de lecture : 4 min

Nos quatre options pour sublimer la banalité de votre quotidien et captiver votre auditoire.

«L'autre jour, j'étais dans le métro...» | Douglas Pimentel via Flickr CC License by
«L'autre jour, j'étais dans le métro...» | Douglas Pimentel via Flickr CC License by

Cet article est publié en partenariat avec l'hebdomadaire Stylist, distribué gratuitement à Paris et dans une dizaine de grandes villes de France. Pour accéder à l'intégralité du numéro en ligne, c'est par ici.

Vous vous êtes déjà retrouvée coincé dans un refuge de montagne avec un ancien acteur de série AB Productions et une famille de mormons? Nous non plus, mais franchement, à choisir, on préfère que quelqu’un le vive à notre place et nous le raconte plutôt que de se taper les odeurs de sous-vêtements géants qui sèchent et les egos brisés des studios de la Plaine Saint-Denis.

Parce que souvent, le débrief est bien plus marrant que l’événement qu’il décrit. Un peu comme l’aftershow de Stranger Things sur Netflix, qui nous a presque convaincu qu’on avait passé un bon moment à regarder la saison  2.

L’art de se mettre en scène dans des situations rocambolesques est devenu tellement consubstantiel de notre époque («Comment j’ai failli devenir mormon à cause du mal des montagnes, thread»), que la perspective de raconter une scène à nos potes nous permet de supporter les longs Noël en famille avec un léger sourire narquois.

Le replay mieux que le direct? Peut-être, mais à condition d’être un as du débrief.

1. Jouez à mémo mime

Votre plan d’attaque: faire un mix entre Michaël Gregorio, une drama queen et le Mime Marceau, et joindre le geste à la parole. Vous mimez et revivez les scènes, avec une emphase qui trahit une certaine exagération des faits.

Vos émotions sont décuplées dans la phase d’«après coup». Vous êtes comme ces YouTubeurs qui arrivent à transformer un déballage de shopping, appelé «unboxing», en un suspense insoutenable. Vos cordes vocales font faire le grand huit émotionnel à votre public (vous êtes fait pour le stand-up), tandis que vos bras se déploient telles les ailes d’un albatros en détresse: y a pas à dire, vous êtes hyper-expressif, et donc communicatif.

Surtout que vous maniez avec brio tous les finger tricks et face gimmicks qui font le beurre des internets: resting bitch face, robot dance, dab, etc. Bref, vous êtes un générateur de mèmes à vous toute seule.

Votre mic drop: le jour où vous vous êtes rendu compte que les impôts vous prélevaient à la source, vous avez enchaîné auprès de vos potes un face palm en chantant «La Moula» de MHD.

L’erreur à éviter: prendre la voix monotone de Grand Corps Malade (chiant).

2. Partez en live

Votre plan d’attaque: Whatsapper en direct les moments forts de la journée que vous commentez auprès de vos potes avec le professionnalisme d’un journaliste de L’Équipe TV. Synthétiser en temps forts une journée, divisée entre dix heures de boulot et une heure de pause déj’, est d’ailleurs un challenge de taille.

Du coup, vous cherchez littéralement la merde: traverser sans regarder, donner votre numéro au mec avec sa pipe à crack dans le métro, rejouer la scène de Chute Libre au fast-food –oui, vous pétez les plombs.

Le moindre pépin qui vous tombe sur le coin de la tronche est bon à prendre. Et si rien ne se passe, pas grave, vous avez depuis un moment intégré les rouages de la téléréalité: faire du contenu à partir de rien, et surtout tirer sur la longueur. Du coup, gros cliffhanger en perspective sur l’épisode du taboulé Bonduelle dégusté à la cantine hier midi.

Votre mic drop: lorsque vous avez textoté en live à votre pote le déroulé de votre entretien annuel; insoutenable moment, lorsqu’on a cru que vous alliez décrocher une augmentation. Pour repartir finalement avec walou. Aussi prévisible que Titanic de James Cameron, mais quelle tension!

L’erreur à éviter: oublier son portable.

3. Soyez blasé

Votre plan d’attaque: l’air détaché, les yeux qui roulent vers le ciel, les joues gonflées à bloc, pour montrer que tout est too much. Vous êtes fatigué de la vie, et ce fardeau que vous traînez sur le dos est prétexte à être souligné, même dans ses moments les plus anecdotiques et dispensables.

Vos débriefs commencent inlassablement par «chui au bout de ma vie…» et vos textos sont toujours précédés d’un «JPP…» (très importants, les trois petits points qui sous-entendent une suite). C’est un peu comme le fameux «Précédemment…» au début d’un épisode qui prédit une session de binge-watching.

Entre la plainte et la désolation, vous êtes un vétéran de la génération désenchantée, victime depuis votre naissance –pensez-vous– de la loi de Murphy. Avec vous, c’est un peu la faute à pas de chance, et vous êtes totalement résignée («that’s life»).

Vous faites tomber votre clope par terre? L’hallu’ totale, c’est dans une flaque d’eau. Vous prenez un Uber? Super, vous tombez sur un chauffeur qui écoute France Bleu. Vous avez perdu votre carte d’identité? C’est con, vous ne pouvez pas retirer votre commande Asos à La Poste.

Votre mic drop: le jour où ils ont arrêté de faire des grandes frites chez Bioburger «parce que c’était trop compliqué». Vous avez levé les yeux au ciel et sorti cette phrase assassine: «De toute façon, ça fait longtemps que je ne crois plus en l’humanité…»

L’erreur à éviter: voir le bon côté des choses.

4. Devenez un pro de la com

Votre plan d’attaque: essayer de faire rêver avec votre vie à 99F (pour ne pas dire à deux balles). À chaque jour sa reco bien ficelée que vous présentez à votre clientèle –en l’occurrence, vos potes–, avec le bon wording, soit une déferlante de mots que vous soulignez comme autant de liens hypertextes.

Cela donne souvent des phrases hachées et brèves –comme des slogans pub– versant dans le name-dropping, comme l’atteste votre debrief d’une séance de shopping lors de votre pause déjeuner, transformé en un post sponso de blogueuse mode où même la marque de vos lentilles de contact est taguée.

Idem lorsque vous avez eu la grippe. Une info majeure que vous vous êtes empressé de donner à votre mère et résumée en trois idées-clés, brèves et concises: Arrêt maladie-Tamiflu®-PLS dans mon lit.

Le pro que vous êtes sait que même mauvais, un buzz reste un buzz. Et en cas de crise majeure, vous savez verrouiller votre com comme Lactalis.

Votre mic drop: avoir proposé vos talents de management de crise façon Olivia Pope du pauvre à une certaine blogueuse mode sortant avec un certain facho bodybuildé (vous taisez les noms)…

L’erreur à éviter: passer aux médicaments génériques.

Déborah Malet Journaliste

Stylist Mode, culture, beauté, société.

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