Haïti: quelles sont les chances de sauver des personnes ensevelies?

Elles sont faibles, mais peut-être plus élevées en Haïti qu'ailleurs.

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Les images de victimes des séismes sorties des décombres font très vite le tour du monde et font d'autant plus la une des médias que ces «miracles» se produisent longtemps après la catastrophe. De nombreux pays envoient en ce moment des équipes sur place, en Haïti, mais les secouristes ont-ils vraiment une chance de sauver des personnes ensevelies ou cela est-il l'exception?

Parmi les différentes catastrophes naturelles, c'est pour les séismes que la probabilité de retrouver des gens ensevelis vivants est la plus grande, car il peut y avoir des «poches de survie». En Haïti, où il y a peu d' «infrastructures lourdes», le type d'habitat les favorise. On n'est pas en présence d'immeubles avec de grands pylônes. «Cet habitat léger avec beaucoup de tôle fait que c'est moins lourd quand il s'écroule sur des personnes; la tôle peut engendrer des poches de survie plus importantes que si c'était du gravât», souligne Patrick Vailli, porte-parole de la Sécurité civile qui coordonne l'action de sauveteurs en Haïti.

Il faut en tout cas agir très vite. Les équipes procèdent à un quadrillage du terrain mais «c'est souvent les gens du quartier qui vous appellent pour vous donner des informations précises parce qu'ils entendent des bruits», précise Serge Montesinos, directeur général de Pompiers Sans Frontières, une ONG qui a envoyé une équipe sur place.

Après cinq jours, retrouver des personnes ensevelies devient très très rare. En général, les recherches s'arrêtent à partir du 7e jour. Le nombre de victimes ainsi sauvées est très aléatoire. «Tout dépend des situations, rappelle le lieutenant-colonel Delforge, de l'UIISC7 (une unité de la Sécurité civile), et du professionnalisme des équipes. Mais il y a aussi un facteur chance. Dire que sur 10.000 personnes, vous allez en sortir x%, c'est impossible».

Avec son équipe d'une soixantaine de personnes spécialisées dans le sauvetage-déblaiement, l'UIISC7 a retrouvé 8 personnes en Algérie après le séisme de 2003 et une dizaine en Turquie en 1999. L'année dernière, lors du tremblement de terre de l'Aquila, les sauveteurs ont pu extraire des décombres environ 1.000 personnes vivantes, d'autres ayant pu s'en sortir par elles-mêmes.

«Victimes de surface»

«Sortir quelqu'un de vivant après trois jours, c'est quelque chose qui médiatiquement et psychologiquement est très marquant, explique Serge Montesinos. Mais on sait que dans une catastrophe, il faut surtout s'occuper des blessés, des gens vulnérables, des personnes âgées, des enfants, des femmes enceintes. Les blessés sont des décès potentiels s'il n'y a pas de structure de prise en charge. Dans certaines situations, des blessures bénignes peuvent devenir mortelles».

Sur place, la priorité reste donc la recherche des «victimes de surface». Les équipes qui s'occupent des personnes ensevelies sont une minorité et elles sont spécialisées. Et «presque toujours, elles se couplent avec des unités médicales de prise en charge des victimes», détaille Serge Montesinos.  Le sauvetage des uns ne se fait donc pas aux dépens de celui des autres.

Arthur Nazaret

L'Explication remercie Pierangelo Sapegno du journal italien La Stampa.

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Image de Une: des résidents de Port-au-Prince après le séïsme via Reuters/Carlos Barria