Sports

Le Tournoi des Six Nations est un moment charnière pour le XV de France

Temps de lecture : 5 min

À la recherche d’une confiance envolée, l’équipe de France de rugby ouvre le Tournoi des Six Nations samedi 3 février, en recevant l’Irlande au Stade de France. L'occasion d'expérimenter une nouvelle charnière.

Maxime Machenaud (gauche) et Matthieu Jalibert (droite) durant un entraînement à Marcoussis, le 1er février 2018 | Christophe Simon / AFP
Maxime Machenaud (gauche) et Matthieu Jalibert (droite) durant un entraînement à Marcoussis, le 1er février 2018 | Christophe Simon / AFP

Pour le XV de France, l’heure de vérité est déjà arrivée, samedi 3 février, avec le premier match du Tournoi des Six Nations face à l’Irlande, au Stade de France.

Depuis le limogeage entre les deux réveillons de Guy Novès, son successeur au poste de sélectionneur, Jacques Brunel, a eu très peu de temps pour former son équipe d’encadrement et, surtout, pour peser et soupeser quel groupe serait le plus efficace pour affronter d’entrée l’un des deux favoris de la compétition annuelle –avec l’Angleterre.

Tandem Jalibert-Machenaud

C’est l’avantage et l’inconvénient de sa situation: le Gersois de 64 ans a évidemment le droit à l’erreur dans ce contexte de précipitation, mais il sait aussi qu’il y a nécessité –si ce n’est urgence– pour lui à arrêter la série d’échecs du XV de France, sous peine d’entretenir le climat de «lose» ambiant.

Il n’est même pas vraiment question de triomphe final à la mi-mars. La France, qui ne s’est plus imposée dans les Six Nations depuis 2010, semble avoir accepté le fait que sa plus longue série sans victoire depuis son premier succès en 1959 se prolongera en 2018.

Pour ce match déterminant, le manager à la moustache a fait le pari de la jeunesse à travers le choix de Matthieu Jalibert, 19 ans seulement. Celui qui pourrait être la sensation de ce début de Tournoi des Six Nations –y compris aux yeux des observateurs britanniques, qui louent ses qualités exceptionnelles– ne compte aucune sélection et n’a vraiment plongé dans le bain professionnel qu’il y a trois mois, à Bordeaux-Bègles, où il avait alors un entraîneur qui s’appelait... Jacques Brunel.

Numéro 10, demi d’ouverture ou ouvreur, le jeune Jalibert fera tandem avec Maxime Machenaud, 29 ans, n°9, demi de mêlée venu du Racing 92, pour former la charnière, cette double vertèbre essentielle d’une équipe du rugby, dont la colonne vertébrale passe par les numéros 2-8-9-10-15.

Charnière instable

Avec le temps, la charnière est devenu un maillon faible –ou fragile– de ce XV de France. Philippe Saint-André a ainsi imaginé dix-sept charnières différentes en quatre ans de «règne» de manager, entre 2011 et 2015.

En vingt et un matchs, Guy Novès en a improvisé neuf distinctes: la jeune charnière Antoine Dupont-Anthony Belleau a été vite remplacée, cet automne, par un duo Baptiste Serin-François Trinh-Duc –après seulement deux matchs, contre la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud.

En remontant plus loin dans le temps, d’autres statistiques flattent ce goût pour l’instabilité. Pour son premier Tournoi des Six Nations en 2000 en tant que sélectionneur, Bernard Laporte avait expérimenté quatre charnières en cinq matchs. En 2008, Marc Lièvremont, son successeur, avait été encore plus inventif avec cinq paires en cinq rencontres.

«Concernant les joueurs, ma priorité a été de mettre en place une charnière durable, constate Philippe Saint-André dans Devoir d’inventaire, son livre de souvenirs paru en 2016. Pour être honnête, je misais au départ sur Maxime Machenaud et Fred Michalak, après les tests victorieux de novembre 2012. Mais, avec ce calendrier démentiel, Fred s’est blessé et a joué ensuite demi de mêlée avec son club, tandis que Maxime a changé de club et pris beaucoup de poids, par excès de musculation. Il n’était plus aussi pétillant alors qu’il multipliait les pépins physiques. Je l’ai donc écarté et c’était une grosse erreur

La grave blessure de Camille Lopez, n°10, victime d'une fracture du tibia en octobre, a également bouleversé les plans de Guy Novès. Quelques mois plus tôt, Camille Lopez avait été aligné pour la cinquième fois de suite avec Baptiste Serin. Pour la première fois depuis six ans, une charnière avait ainsi signé une passe de cinq en France.

«Nous comptions évidemment beaucoup sur Camille, avait confié Guy Novès à Midi-Olympique. À tel point que nous avions accepté l’effort de le laisser au repos, en juin, pour la tournée en Afrique du Sud. Ceci afin de le retrouver en pleine forme et à son meilleur niveau en novembre. C’est un poste qui demande une énorme maturité et nous ne l’avions pas jusqu’à présent. Avec Camille, nous l’avions trouvé.»

N°9 et n°10, les leaders d'un XV

Le n°10 est une sorte de chef d’orchestre, à l’image du Néo-zélandais Dan Carter, l’un de ses plus beaux porte-étendards, qui a toujours eu le bon tempo en ne «surjouant» jamais. Il s’appuie sur son n°9, dont il reçoit énormément de ballons. Ils sont tout les deux les stratèges de l’équipe, même si le demi d’ouverture est plus complet.

Ce dernier doit avoir un gros jeu au pied, de grandes qualités de défense, être bon passeur, avoir une claire vision du jeu et maîtriser son sang froid, tandis qu’il est la cible du camp d’en face. C'est le poste qui demande sans doute le plus d’atouts.

Le problème récurrent de l'équipe de France a régulièrement été ce manque de constance au poste de demi d’ouverture, alors que la régularité d'une charnière en XV est capitale. «J'avais des affinités avec tous les demis de mêlée qui m'ont été associés, avait confié il y a quelques mois Franck Mesnel, n°10 du XV de France à la fin des années 1980, à Ouest-France. Sinon, ça ne fonctionne pas sur la durée. C'est comme si tu faisais dormir dans le même lit un tigre et une gazelle. Les deux ne dormiront que d'un œil...»

Jérémy Argusa, ancien joueur, actuellement étudiant à l'Institut de formation des entraîneurs de rugby (IFER), a interrogé nombre de n°9 et de n°10 dans le cadre de sa thèse –en cours– sur le «commandement» au sein d’une équipe de rugby: 90% des entraîneurs citent les joueurs de la charnière comme les leaders d’un XV.

«Le 9 et le 10 sont centraux parce que ce sont eux qui vont avoir le plus de ballons, souligne-t-il. Ce sont des joueurs impliqués dans la stratégie, qu’ils peuvent d’ailleurs être amenés à modifier en cours de match. Le 9 est proche des avants en gérant les temps plus lents. Le 10 est, lui, en charge du mouvement, de la vitesse. Leur relation dépend des contextes, mais en France, les entraîneurs font beaucoup confiance au n°9, même si le 10 commence à refaire une réapparition au sujet des prises de décision.»

Leur complicité est réelle, même si leur communication ne se voit pas forcément sur un terrain, en raison des codes mis en place.

Optimisme sur l'alchimie du duo

Quelle sera l’alchimie du moteur Machenaud-Jalibert? En se basant sur ses critères de doctorant, Jérémy Argusa se veut optimiste:

«Machenaud est un monstre physique proche de ses avants, susceptible de générer une forte activité près des zones de fixation et de contact et Jalibert est un 10 capable d’attaquer la ligne, de jouer par dessus en restant très simple, et son insouciance sera sa force. Selon moi, ils peuvent “matcher”.»

Au-delà des blessures de plus en plus inhérentes à la pratique du rugby de haut niveau, il ne reste plus qu’à espérer une longue vie à cette paire –qui ne pourra pas approcher, toutefois, les vingt-quatre associations de Jean-Pierre Romeu (n°10) et Jacques Fouroux (n°9), charnière mythique du XV de France il y a quarante ans.

Autre époque, il est vrai, d’un rugby moins contraignant. Aujourd’hui, dans le meilleur des mondes, le XV de France doit même posséder une seconde charnière susceptible d’intervenir en fonction de l’adversaire ou de l’évolution du match. Une perle rare sinon deux.

Yannick Cochennec Journaliste

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