Tech & internet

L'amour n'a pas d'âge... sauf sur Tinder

Jaime Dunaway, traduit par Jean-Clément Nau, mis à jour le 02.02.2018 à 10 h 07

Les utilisateurs de plus de 30 ans payant pour cher pour le service premium de l’application –Tinder Plus– une cour d’appel de Californie a condamné l'entreprise pour discrimination liée à l’âge.

Brahim Zaibat et Madonna en 2013, alors respectivement âgés de 26 ans et 53 ans. |
Dimitrios Kambouris / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Brahim Zaibat et Madonna en 2013, alors respectivement âgés de 26 ans et 53 ans. | Dimitrios Kambouris / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

L'application de rencontre est gratuite –mais les utilisateurs qui souscrivent à un abonnement premium disposent de quelques avantages. Ainsi, les abonnés à Tinder Plus peuvent annuler leurs «swipes» et disposent de «likes» illimités –contre 100 likes toutes les 12 heures pour la version gratuite. (En cas de mal d’amour un peu plus désespéré, les abonnés peuvent même utiliser cinq «superlikes» de plus par jour pour signifier aux élus de leur cœur qu’ils sont «vraiment» séduits).

Problème. Un Californien, Allan Candelore, a estimé que le fait de facturer les utilisateurs les plus âgés 19,99 dollars, contre 9,99 dollars pour les plus jeunes, violait deux lois de son État: l’Uruh Civil Rights Act et l’Unfair Competition Act. La cour lui a donné raison.

Les budgets des jeunes «plus serrés»

Le co-fondateur de Tinder Sean Rad a défendu ces tarifs lors d’une intervention à l’occasion du TechCrunch Disrupt, affirmant que les personnes de moins de 30 ans possédaient généralement moins d’argent que leurs aînées. Le tarif réduit avait donc selon lui pour but d’augmenter le nombre de jeunes pouvant se permettre de s'abonner au service premium. Rosette Pambakian, porte-parole de Tinder, a présenté les choses sous le même angle lors d’une interview accordée à NPR en 2015 (peu après le lancement de Tinder Plus):

«Nous avons constaté –sans surprise– que Tinder Plus enthousiasme les jeunes utilisateurs tout autant que les autres, mais que leurs budgets sont plus serrés et qu’il faut leur proposer des tarifs plus bas pour qu’ils se laissent tenter.»

Tinder soutient que ses pratiques ne sortent pas de l’ordinaire, et que d’autres entreprises proposent des tarifs différents en fonction de l’âge des clients. Amazon et Apple Music proposent ainsi des abonnements réduits aux étudiants qui s’inscrivent avec une adresse mail universitaire –mais les étudiants ne sont pas toujours jeunes; il est possible de reprendre ses études à tout âge.

Outre le tarif lié à l’âge, Tinder module le prix de son abonnement Plus en fonction du lieu de résidence de ses utilisateurs. Dans certains pays en développement, l’abonnement peut être facturé 2,99 dollars par mois, bien moins cher donc qu'aux États-Unis.

Collés-serrés (pour tous)

La cour d’appel n’a pas été sensible aux arguments de Tinder. Elle a fait valoir que tous les utilisateurs de l’application étaient susceptibles de connaître des difficultés financières, et que les personnes plus âgées ne devaient donc pas payer plus.

«Quoi que disent les études de marché de Tinder des revenus relatifs des jeunes utilisateurs et de leur volonté de souscrire à ce service, en tant que groupe, comparés à la cohorte plus âgée, certains individus échappent à la norme, écrit le juge William F. Highberger. Certains consommateurs de plus de trente ans disposent d’un “budget plus limité” et sont donc moins disposés à payer que certains consommateurs moins âgés. Nous concluons que la grille tarifaire discriminatoire […] opère une généralisation (arbitraire et fondée sur la classe) des revenus des utilisateurs plus âgés pour leur imposer des prix plus élevés.»

Tinder est certes un lieu très prisé par la jeunesse, mais le juge Highberger a prouvé qu’il serait bien dommage d’exclure les personnes plus âgées. Dans son jugement, le magistrat de presque 70 ans n’a pas résisté à l’envie de faire la plaisanterie que tout le monde attendait:

«Attendu que la plainte n’est pas parvenue à prouver qu’une politique publique forte justifiait ces tarifs présumés discriminatoires, nous estimons que la cour de première instance a fait erreur en donnant raison aux plaignants. Par ces motifs, la cour swipe à gauche et infirme le jugement.»

Superlike.

Jaime Dunaway
Jaime Dunaway (1 article)
Jaime Dunaway est journaliste à Slate.com
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte