Santé / Slatissime

Pourquoi s’enfoncer des choses bizarres dans l’anus?

Temps de lecture : 4 min

Une cloche, un verre à pied, un smartphone… ces objets ont un point commun: ils se retrouvent régulièrement perdus au fin fond des canaux rectaux.

Holy shit | Lee Craven via Flickr CC License by
Holy shit | Lee Craven via Flickr CC License by

Sur internet, les professionnels de santé se font un plaisir de poster des imageries médicales plus loufoques les unes que les autres. Évidemment, ça fait rigoler. On se demande comment ces objets divers et variés se sont retrouvés au beau milieu du corps humain.

«C’est vrai que quand nous rencontrons ce genre de cas, ça nous fait sourire», admet Franck Devulder, proctologue et président du Syndicat national des médecins français spécialistes de l’appareil digestif (Synmad). Mais après avoir bien ri à l’accueil des urgences (sous cape, quand c'est possible), extraire la chose n’est pas toujours une partie de plaisir:

«Quand l’objet a disparu, nous utilisons des techniques endoscopiques pour aller le chercher. Ou alors de la chirurgie, selon la nature de l’objet. Un verre à pied par exemple, c’est extrêmement délicat à retirer.»

Soit le patient a droit à une coloscopie, soit il faut inciser.

«Si on force, on risque de perforer la paroi»

Parfois, les grands moyens sont employés.

«J’ai un collègue chirurgien digestif qui est déjà parti en gynécologie pour aller chercher une ventouse. Elle sert normalement à faciliter la naissance d’un bébé. Eh bien c'est avec ça qu'il a réussi à aller chercher un objet qui s’était perdu dans un anus.»

Voilà pour les cas sans gravité, où les patients repartent sans séquelles. Car les conséquences sont parfois plus graves, en particulier pour ceux qui sont mal renseignés sur l’anatomie humaine.

«Souvent, ce que les gens ne savent pas, c’est qu’il y a comme un coude entre le rectum et le colon. Cela forme un angle. C’est pour cela que si on force, on risque de perforer la paroi au niveau de ce coude. Et là, des matières fécales se retrouvent dans l’abdomen», explique Vanessa Forgues, sexologue et psychothérapeute. Au contact des excréments, le péritoine, une membrane qui tapisse l’intérieur du ventre, s’infecte. C’est ce qu’on appelle une péritonite. Il faut alors agir vite car l’organisme peut se dégrader très rapidement, jusqu’à provoquer la mort.

Timidité, méconnaissance et recherche de sensations

Mais alors, pourquoi s’insérer des objets en tous genres dans le postérieur, si c’est si dangereux? Tout simplement parce que les sensations sont intéressantes...

«Il y a sûrement des fétichistes qui se retrouvent sur des blogs spécialisés. Mais je pense que la majorité sont juste des personnes qui aiment le sexe anal sans pour autant faire partie d’un milieu underground. Elles sont simplement à la recherche de nouvelles expériences, avec des variations de sensation, grâce à des textures et des matériaux avec des températures différentes», poursuit la sexologue.

Elle insiste sur le fait que les rayons des sex-shops sont déjà particulièrement bien fournis et proposent une large variété de produits destinés à être enfoncés dans le postérieur. Mais pour certaines personnes, il est encore difficile de passer la porte de ce genre d’établissements: «Le sexe anal reste tabou. Ça peut être gênant d’aller dans un sexshop. C’est pourquoi certaines personnes peuvent se servir d’un objet inusité.»

Pousser comme à la selle ne sert à rien

Parfois, cette recherche de nouvelles expériences est un peu hasardeuse et de mauvaises décisions sont prises à la va-vite. Une envie se fait sentir, maintenant, tout de suite. Sauf qu’il ne suffit pas de regarder autour de soi pour trouver un objet approprié. La méconnaissance en a piégé plus d’un.

«On pense toujours que pour expulser l’objet perdu, il suffit de faire comme quand on va à la selle. Mais ça ne marche pas comme ça.»

En clair: la personne a beau pousser, l’objet ne ressortira pas de façon naturelle. C’est à ce moment là qu’il va falloir prendre le chemin des urgences de l’hôpital le plus proche.

Enfin, dernière piste pour expliquer ces pratiques: les troubles mentaux: «Dans des cas infimes, il peut s’agir de personnes déviantes qui ont besoin d’un suivi psychiatrique. Mais ça reste extrêmement rare», explique Franck Devulder.

«Une brosse à cheveux? Oui. Une bouteille? Non»

Pour ceux qui sont en train de scruter leur salon pour trouver le prochain objet qui les fera grimper au rideau, voici quelques conseils avant de se lancer.

Première leçon: bien observer la forme de ce que vous apprêtez à utiliser.

«Sur les objets destinés au sexe anal qu’on trouve dans les sexshops, il y a toujours un “stopper”, c’est-à-dire qu’il y a toujours une partie plus grosse destinées à rester à l’extérieur. Grâce à ça, le sextoy ne risque pas d’être aspiré à l’intérieur de l’anus.»

La sexologue prend quelques exemples. Une brosse à cheveux, c’est bien. La partie avec les poils est plus grosse que le manche. Elle fera office de stopper. Une bouteille? Non. Il suffit qu’elle vous échappe pour qu’elle soit engloutie entre vos deux fesses.

De même, n’ayez pas les yeux plus gros que l'anus en ce qui concerne la taille de l’objet. Si Vanessa Forgues a un conseil, c’est de laisser les gros objets aux professionnels du fisting: «S'ils vont jusqu’à s’insérer des objets de la grosseur d’un avant-bras dans l’anus, c’est justement parce qu'ils savent jouer avec l’angle du rectum, dont nous parlions avant, pour ne pas se mettre en danger.»

Dans tous les cas, laissez la honte de côté: «L’imagination des humains est grande et il n’y a pas de mal à se faire du bien. Tant que cela se passe dans le cadre de relations consenties et que les précautions de sécurité sont respectées...». Et c’est le médecin qui le dit.

Cécilia Léger Journaliste

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