France

Gauche éclatée et FN en berne, les leçons des premières législatives partielles du quinquennat

Temps de lecture : 5 min

Le premier tour des législatives partielles du Val d'Oise et du Territoire de Belfort s'est tenu dimanche 28 janvier, sans que l'on puisse en tirer d'enseignements définitifs sur l'approbation ou la condamnation de l'action du gouvernement.

Opérations électorales, le 18 juin 2017 | Éric Cabanis / AFP
Opérations électorales, le 18 juin 2017 | Éric Cabanis / AFP

Il ne faut pas trop écouter les dirigeants de la majorité et de l'opposition avant des élections partielles. Les premiers disent qu'elles n'ont pas d'importance, les seconds qu'elles en ont, au contraire, beaucoup. Les deux ont tort et raison... «en même temps».

Les deux premières de l'ère Macron, dimanche 28 janvier, ne dérogent pas à cette règle. La participation est très faible –de l'ordre de 30% pour l'une et de 20% pour l'autre– et la sanction de l'action gouvernementale, ou son approbation, ne sont pas très lisibles.

En terres belfortaines et dans le Val d'Oise, le second tour opposera un ou une représentante de la majorité présidentielle à un candidat du parti Les Républicains, comme lors du renouvellement général de juin 2017. Et les résultats pourraient bien être les mêmes, sauf mobilisation exceptionnelle.

Pour mémoire, les législatives partielles interviennent en cas de décès ou de démission, mais aussi lorsque le contentieux électoral a été purgé par le Conseil constitutionnel, juge du scrutin législatif. C'est ce qui s'est passé pour ces deux consultations, qui en précèdent quatre autres à venir.

Ordre d'arrivée inversé à Belfort

Dans la première circonscription du Territoire de Belfort, contrairement à juin dernier, le candidat centriste Christophe Grudler (Modem), investi par La République en marche (LREM), a été devancé par celui des Républicains (LR), Ian Boucard: 26,67% des suffrages exprimés, contre 39,02%.

Il y a sept mois, le candidat de droite avait été élu avec 279 voix d'avance sur le centriste (9.410 contre 9.131), alors qu'il avait plus de huit points de retard sur lui au premier tour. Saisi par Grudler, le Conseil constitutionnel a annulé le 8 décembre dernier les opérations électorales de cette circonscription: les Sages ont relevé que Boucard avait un peu traficoté ses tracts entre les deux tours –une «manœuvre», disent-ils–, pour faire croire aux électeurs que le Front national (FN) et La France insoumise (LFI) appelaient à faire battre le candidat LREM, et donc à voter pour lui!

Ce scrutin avait la particularité d'offrir trois élections en une seule. En dehors du duel renouvelé entre les deux finalistes de juin, on assistait aussi, pour la première fois, à un affrontement entre le FN et les nouveaux dissidents d'extrême droite emmenés par Florian Philippot –ex-numéro 2 du parti lepéniste– chez Les Patriotes.

La joute a tourné à la déconfiture de Sophie Montel, eurodéputée et «candidate patriote», qui a recueilli moins de 2% des voix. Parallèlement, le candidat FN s'est effondré, en perdant dix points par rapport au scrutin de juin. Nicolas Dupont-Aignan était venu ajouter son grain de sel dans la lutte fratricide en présentant un candidat de Debout la France (DLF).

Ballotage difficile pour le candidat macroniste

Le troisième duel belfortain opposait le PS et LFI pour le leadership à gauche, dans cette circonscription proche des anciennes terres de Jean-Pierre Chevènement –qui n'a plus, évidemment, le même poids politique que dans le passé.

En juin, la représentante insoumise Anaïs Beltran, pourtant concurrencée par un candidat communiste, avait devancé le candidat MRC (Mouvement républicain et citoyen, chevènementiste) soutenu par le PS. Cette fois-ci, elle bénéficiait du soutien du PCF comme du MRC, qui ne présentaient plus de candidat.

Cet apport ne s'est pas vraiment fait sentir dans les urnes, puisque la candidate a légèrement reculé en pourcentage (11,6% des voix contre 12,2% en juin), mais le duel interne à la gauche a vraiment tourné à son avantage car le candidat PS Arthur Courty a réalisé un score marginal (2,6% contre 9,1% en juin).

Pour le second tour, le député sortant invalidé part dans un ballotage assez confortable face au centriste macronien. Comme le remarque Mathieu Gallard, analyste à l'institut Ipsos, Boucard (LR) n'a perdu que 227 voix d'un scrutin à l'autre, tandis que que Grudler (Modem/LREM) en a cédé 3.779, dans un contexte de fort recul de la participation.


Via Mathieu Gallard / Institut Ipsos

Sauf sursaut miraculeux de son électorat de 2017, on voit donc mal comment Grudler pourrait refaire son handicap, dimanche prochain, alors que tous les autres candidats éliminés au premier tour sont potentiellement contre lui et contre Macron, ou partisans de l'abstention.

LREM talonnée par Les Républicains dans le Val d'Oise

Dans la première circonscription du Val d'Oise, le scénario est assez semblable, à quelques variantes près, notamment concernant le motif de l'invalidation. La députée sortante, Isabelle Muller-Quoy (LREM), avait vu son élection invalidée par le Conseil constitutionnel le 16 novembre, car son remplaçant (anciennement suppléant) était inéligible.

Président du conseil de prud’hommes de Pontoise jusqu'au 31 janvier 2017, il lui était impossible d'être candidat –même remplaçant– dans la circonscription où est située cette ville, pendant l'année suivant la cessation de sa fonction.

Ici, la participation est encore plus faible que dans la partielle de Belfort: 20%. Comme en juin, la candidate LREM Isabelle Muller-Quoy arrive en tête du premier tour devant le candidat LR Antoine Savignat, mais cette fois, l'écart en pourcentage est beaucoup moins important, passant de 18,1 points à 5,6 points.

L'analyste d'Ipsos, Mathieu Gallard, note encore que la macroniste perd plus de 9.000 voix, alors que l'évaporation chez le candidat de droite est inférieure à 3.000 suffrages. Le FN enregistre quant à lui un recul de cinq points en sept mois, mais sa candidate de juin passée chez Les Patriotes de Philippot fait un score anecdotique, comme dans le Territoire de Belfort.

Là aussi, ce reflux de l'extrême droite permet à la candidate de LFI de s'installer –de justesse ici– à la troisième place, en enregistrant malgré tout une perte de plus de 2.000 voix par rapport à juin.

Via Mathieu Gallard / Institut Ipsos

Si le second tour se présente de façon serrée pour Muller-Quoy, son ballotage paraît cependant moins difficile que celui du macroniste belfortain. Elle peut bénéficier, en effet, d'une sorte de prime à la députée sortante.

Plus que la législative partielle de Belfort, celle du Val d'Oise donnera une indication précieuse sur la capacité de résistance des élus de la majorité présidentielle, moins d'une année après l'entrée d'Emmanuel Macron à l'Élysée et d'Édouard Philippe à Matignon.

Selon le camp, son résultat sera interprété comme un soutien à l'action gouvernementale ou, au contraire, comme la naissance d'une opposition concrète au président de la République.

Vers un report des voix FN sur Les Républicains?

À cette aune, on peut s'interroger sur les raisons de l'effondrement du Front national. Mis à part la démobilisation patente d'une partie de son électorat –queue de comète du débat présidentiel raté de Marine Le Pen?– et la présence de candidats Debout la France, la bonne résistance des candidats LR donne une indication sur la ligne très droitière imprimée par Laurent Wauquiez, le nouveau patron du parti. S'agit-il d'un début de transfert de voix?

À gauche, si La France insoumise s'affirme comme force dominante, elle ne parvient pas pour le moment à faire le «break» souvent annoncé par Jean-Luc Mélenchon. Quant au PS, son effondrement de Belfort et son léger redressement dans le Val d'Oise ne permettent pas véritablement de juger l'état de sa convalescence. Tout juste peut-on supposer qu'elle sera encore longue!

Ces partielles confirment la suprématie de La France insoumise à gauche, dans un contexte de marginalisation globale du Parti socialiste. Dans les deux circonscriptions, les candidats de Mélenchon sont en embuscade, juste derrière les qualifiés pour le second tour; ils soufflent la troisième place au Front national et se placent loin devant ceux du PS.

Reste, cependant, que la gauche est très éclatée et dans une position électorale d'infériorité. Pour preuve, le total des toutes les gauches confondues –LFI, PS, EELV et extrême gauche, dont l'union apparaît irréaliste aujourd'hui– ne doit pas inciter les acteurs en question à l'optimisme: elle représente moins de 28% dans le Val d'Oise et à peine plus de 20% dans le Territoire de Belfort.

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