France

A bas les quotas dans les grandes écoles!

Slate.fr, mis à jour le 14.01.2010 à 16 h 38

Vos nombreuses contributions au débat sur le recrutement des grandes écoles.

Vous avez été très nombreux à réagir à l'article de Monique Dagnaud, «La tragédie des grandes écoles». La sociologue n'était pas tendre envers ces institutions prestigieuses, dont les parchemins s'apparentent selon elle à «l'anoblissement du temps de l'ancien régime.»

Vous êtes clairement divisés sur la question. Il y a ceux qui sont plutôt d'accord avec les conclusions de l'article et qui pensent que le système des grandes écoles doit être revu, il y a les défenseurs du système actuel, qui garantirait l'égalité des chances et ceux qui ne voient dans ce débat qu'une petite partie d'un problème plus large, celui de l'échec de l'égalité des chances dans l'éducation nationale, point de vue également souligné dans l'article.

Contre les quotas

Il faut bien le dire, les lecteurs de Slate, à en croire les commentaires, sont plus nombreux à défendre le système actuel de recrutement des grandes écoles qu'à le critiquer. Ainsi, Ludovitche, un des plus gros contributeurs au débat, réfute la thèse selon laquelle le système scolaire serait verrouillé: «Prépa gratuite, école d'ingénieur gratuite, concours anonyme et critères de sélection objectifs (une démonstration mathématiques est soit totalement vraie, soit totalement fausse, c'est pas de la politique !).» «La vérité est que ces quotas existent déjà un peu, puisque les écoles acceptent des IUT pour beaucoup, des universitaires pour la plupart (avec un concours à part), des étrangers (avec un concours à part) pour toutes, écrit-il encore. Et que ça n'a pas changé la situation des entreprises du CAC40.» Un point également souligné par Cagnard, qui rappelle qu'«Aujourd'hui avec un bac +2 (donc BTS, IUT) on peut postuler à tous les ESC de province. Avec un Bac + 3, on peut aller dans toutes les écoles de commerce (y compris HEC et ESCP). Avec un bac+4 on peut atterrir à l'Essec.»

Toujours en défense des grandes écoles, Cahan estime que celles-ci ont prouvé leur efficacité et que leur sélection est juste: «Les grandes écoles ont fait la preuve de leur efficacité. Pratiquement tous leurs étudiants ont des propositions d'emploi avant même d'obtenir le diplôme. En outre, tous les élèves ont réussi le concours d'entrée. Il n'y a aucune combine. Il s'agit donc d'une sélection au mérite. C'est républicain et très bien ainsi.»

Un système pervers

Un avis qui n'est pas partagé par tous les Slateurs. Constructif par exemple défend l'idée des quotas: «On peut réformer tout le système éducatif, c'est un projet sur 20 ans. On peut aussi prendre des actions rapides afin de renouveler les élites et donner, grâce à des quotas, plus de chance à tous et en particulier aux minorités visibles. Nous serons je pense tous d'accord que s'il existe probablement une différence de niveau à l'entrée de l'école, cette différence devient plus faible à la sortie et nulle au bout de 10 ans de carrière. Les quotas sont une mesure injuste individuellement mais juste socialement.» STEFFEN Louis estime lui aussi que les concours, en théorie justes, se basent en fait sur une prétendue égalité des chances qui n'existe pas dans les faits:

Toute la perversité du système est dans ce handicap infligé aux moins pourvus socialement. Et dans l'hypocrisie de l'institution qui érige en «dons naturels» des compétence acquises avant le «coup d'envoi», et en supériorité personnelle des talents confectionnés dans un environnement privilégié grâce à un accompagnement de tous les instants. Ensuite elle organise des «justes concours» en faisant l'hypothèse fausse d'une prétendue «égalité des chances», avec des règles écrites par et pour les lignées de «rentiers». Dès lors il n'est pas étonnant de retrouver toujours les mêmes écuries sur la ligne d'arrivée, accompagnés de rarissimes outsiders qui ont bénéficié de circonstances exceptionnelles.

L'inconvénient du système est dans son principe. Fondé sur les réflexes acquis par l'exercice répété, le formatage des esprits et le forçage appelé bachotage, il produit l'échec humiliant de la masse des compétiteurs éliminés et une élite conformiste par définition, uniforme, peu capable des divergences qui sont à l'origine de la nouveauté et de la création. Un énorme gâchis généré par notre méritocratie républicaine.

Education nationale

Au-delà de l'opposition entre défenseurs et critiques des grandes écoles et de leur système de recrutement, vous êtes beaucoup à considérer que ce débat ne représente qu'une petite partie du problème plus général de l'égalité des chances dans l'éducation nationale. «Le problème de l'Education nationale, ce n'est pas 0,05% des étudiants, écrit Masathyr. C'est les autres 99,95%: Ceux qui font psycho à l'université alors qu'il n'y a pas de débouché professionnel; Ceux qui font une thèse alors qu'en France, les entreprises préfèrent un bac +5 à un docteur».

Pour Gui-M, «constater qu'à la fin de la maternelle, les différences repérables sont importantes et ne sont pas par la suite compensées par l'école primaire, c'est tout dire. L'aveu est là, mais aucune personnalité publique du débat ne le relève!». «L'école de la République n'amenuise en rien les différences culturelles et scolaires entre les différents milieux sociaux», écrit-il encore.  d.e.s.t. partage lui-aussi ce diagnostique, parcours personnel à l'appui: «le handicap des élèves venant de milieux modestes commence en primaire et ce n'est pas quand ils ont 18 ou 20 ans qu'il faut le corriger. (Je suis fils de petits agriculteurs dans un petit village et j'ai intégré une de ces écoles "prestigieuses", grâce à un instituteur exceptionnel , des professeurs de petit lycée de province concernés et beaucoup, beaucoup de travail personnel)».  «Le sort d'un élève se joue tout au long de la scolarité, et pour être issue de ZEP je sais qu'il faut faire bien plus d'efforts pour les écoles primaires, les collèges et les lycées de ZEP, écrit encore Caribou95. Les habitants de ces "zones" d'éducation prioritaire le méritent largement.»

Vous avez aussi été quelques uns à pointer du doigt les défaillances des entreprises françaises en termes d'embauche et de mixité sociale et leur responsabilité dans le problème, comme Ludovitche, qui écrit: «Nos industries françaises sont frileuses sur les embauches, conservatrices dans leur mode de fonctionnement, corporatives au possible».

Pour terminer, le commentaire de d.e.s.t. propose l'élargissement du débat sur les quotas à d'autres domaines de la société:

«Les quotas ont tout pour rendre notre monde plus juste, aussi demandons:
- des quotas de nains dans les équipes internationales de basket
- des quotas de "thons" dans les agences de mannequins et aux concours des "Miss"
- des quotas de prédateurs chez les politiques (ah, j'oubliais , on a déjà les Balkany et leur bande!)
- des quotas d'unijambistes au PSG
- des quotas de gringalets chez les sumotori
Décidément, grâce aux quotas, nous allons devenir une grande nation!
Et qui a dit que quand on met des quotas, le niveau baisse!»

GF

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