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Dans la tête d'un rédacteur de fake news

Temps de lecture : 2 min

La fake news, de l'anecdote aux enjeux de société.

Fake news | The Public Domain Review via Flickr CC
Fake news | The Public Domain Review via Flickr CC

«Je favorise l'ignorance, certainement, et peut-être que je contribue à une atmosphère de haine. Mais je ne crois pas que des gens soient morts en conséquence de mon travail. Peut-être que je suis plus nihiliste que la plupart des gens, mais à la fin, c'est un travail et il paye bien.»

C'est un jeune thésard britannique qui écrit. Étudiant en arts, se considérant de gauche, il se fait passer pour un Américain pro-armes d'âge mûr, militant sur des sites d'extrême droite: cela cultive un certain sens de «l'humour absurde», s'amuse-t-il avec ses amis.

Des annonces pour imprimantes à la promotion d'armes à feu

Il y a un peu plus d'un an, à court pour payer son loyer, il partait en quête d'argent facile avec des petits boulots de rédacteur: Internet regorge d'annonces pour de la promotion de produits et autres travaux de prête-plume à la petite semaine; il n'avait qu'à se lancer. En octobre 2016 —soit un mois avant l'élection de Donald Trump—, après avoir commencé avec de faux avis Amazon sur des produits pour bébé, des imprimantes et des sextoys, il se mettait donc à écrire des critiques faisant la promotion d'armes à feu pour le compte de partisans de l'alt-right.

«Je n'ai jamais vu de pistolet, sans parler d'en utiliser un, mais j'ai pris le travail.»

De 20 dollars pour 1.000 mots, il est bientôt passé à 60, le site générant de plus en plus d'audience, et d'argent. Pour quinze heures de travail par semaine, il gagne aujourd'hui l'équivalent de 2.400£ par mois (environ 2.745€): pas de contrat, pas de garantie, mais cela lui suffit.

Comme de nombreuses autres personnes qui se prêtent au cynisme du job, il utilise des pseudonymes, rattachés à de faux profils censés crédibiliser le type qu'il incarne, et représenter ceux qu'il vise: des militaires retraités aimant les gros calibres.

Ces mots qui tuent

Pas plus que l'homme qui lui verse son salaire, il ne s'intéresse aux armes à feu. Pourtant, il a défendu mordicus la vente de bump stocks, qui ont fait scandale au lendemain de la fusillade de Las Vegas (58 morts). Sa conscience reste tranquille:

«Je n'ai jamais maquillé des statistiques, inventé une histoire ou été raciste. Je pense que je refuserais de le faire. Je vois mon rôle comme si je fournissais une interprétation d'extrême droite des dernières nouvelles. Bien que je ne croie pas aux histoires que j'écris, je ne considère pas que cela relève du mensonge.»

Finalement, il utilise la même pirouette qu'Isabel Oakeshott qui, à la suite du Piggate, tâchait de se cacher derrière son petit doigt en invoquant l'esprit critique du lecteur, libre ou non de goûter la soupe qu'on lui sert.

Se soustrayant à toute responsabilité, il s'émancipe surtout de toute référentialité. Dans ses aveux —anonymes— au Guardian, on ne trouve pas une seule mention d'un élément de contexte historique ou politique: il n'y est ni question de Trump, ni du mouvement Black Lives Matter, encore moins des nombreuses fusillades qui mettent régulièrement en deuil l'Amérique... On a beau jeu de présenter une éthique immaculée quand elle est élevée hors sol.

La seule fois qu'il a remis en question son travail, raconte-t-il, c'est lorsqu'il a écrit pour un site raciste: «Il y avait un article à propos d'“eux”, se référant aux personnes noires». Avant d'ajouter: «Mais je n'ai pas de problème moral avec cela [le fait d'écrire des fake news]».

Cette mise à distance forcenée des discours qui cherche à les présenter comme simples tours de passe-passe sans conséquences tend à faire oublier que derrière les mots, il y a des idéologies, et devant les idéologies, des vies.

Slate.fr

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