Obama joue-t-il trop au golf? Et Sarkozy pas assez?

A propos de la passion débordante des présidents américains

Ce n'est évidemment pas l'une des questions les plus cruciales de ce début d'année, mais elle agite néanmoins un microcosme d'observateurs aux Etats-Unis. Le président américain joue-t-il trop au golf? L'interrogation a affleuré ici ou là alors que Barack Obama savourait ses vacances de Noël à Hawaï où il a passé une bonne partie de son temps de loisir à écumer quelques-uns des très beaux parcours de la région.

Le 30 décembre, dans sa chronique du New York Times, la très féroce Maureen Dowd qui, hélas, n'a pas de cousine française pour nous réjouir dans les colonnes de nos gazettes, avait laissé transpercer son agacement dans le sillage de l'attentat manqué du vol 253 entre Amsterdam et Detroit. On le comprenait bien entre les lignes, elle n'avait pas goûté le relatif détachement de Barack Obama dans les heures qui avaient suivi cette tentative. Elle relatait que le Président s'était contenté «de publier des communiqués par le biais de son service de presse et de taper la balle.» «Au moins aurait-il pu donner le sentiment de se sentir concerné», avait-elle fielleusement conclu. A l'évidence, d'après Maureen Dowd, la pratique golfique n'en sortait pas grandie.

Obama aurait joué davantage au golf que Bush

Au même moment est sortie une autre attaque marquée au fer rouge, et non au fer 5, et signée par Michelle Cottle, éditorialiste à The New Republic, et relevée par le magazine sportif Sports Illustrated presque outragé d'y voir évoquée «la dangereuse obsession d'Obama pour le golf». Bigre. En France, on a désormais pris l'habitude de regarder d'un autre œil Nicolas Sarkozy lorsqu'il se lance dans un footing, mais c'est parce que nous nous faisons du souci pour sa santé depuis qu'un coup de chaud l'a envoyé aux urgences. Aux Etats-Unis, certains observateurs ne manquent donc plus, de leur côté, la moindre sortie, club en main, du nouveau maître du monde et feignent de s'en inquiéter comme si la marche des affaires allait brinquebalante à partir du moment où Mister President ne pensait plus qu'à expédier une petite balle blanche dans les 18 trous d'un parcours.

Pour Michelle Cottle, l'affaire semble même de la plus haute importance. Selon ses calculs, Barack Obama aurait joué plus au golf pendant les neuf premiers mois de son mandat que George W. Bush, un autre accro de la petite balle blanche, lors de ses deux premières années à la Maison Blanche. Plus grave encore, insiste Michelle Cottle, en se mettant résolument au golf, Obama aurait tourné le dos à ses idéaux de président du changement pour embrasser ceux de la classe dominante américaine, blanche, conservatrice et golfeuse devant l'éternel.

En résumé et en gros, Obama ne vaudrait pas mieux que tous ces prédécesseurs qui passaient aussi trop de temps à jouer au golf puisque dans l'histoire des Etats-Unis, seuls quatre présidents —Theodore Roosevelt, Edgar Hoover, Harry Truman et Jimmy Carter — n'étaient pas des habitués réguliers des parcours.

Ike, le plus dingue de tous

Avant Barack Obama, ils furent nombreux, en effet, à user leurs chaussures de golf en marge de leur agenda surchargé. Dans un livre publié en 2003, mais non publié en France (First off the Tee : Presidential Hackers, Duffers and Cheaters from Taft to Bush), le journaliste Don Van Natta Jr s'était même carrément penché sur le sujet de la passion dévorante pour le golf des différents présidents américains. Dans cet ouvrage, on apprenait notamment que John Kennedy, crédité de 7 de handicap, reste probablement, à ce jour, le meilleur joueur de la Maison Blanche devant, plus ou moins à égalité, Franklin Roosevelt, Richard Nixon et Bill Clinton, tous autour de 9-10 de handicap. Parmi les moins doués, ou les plus dangereux, il citait Woodrow Wilson, Calvin Coolidge et Lyndon Johnson qui «émargeaient» tous entre 35 et 40 de handicap.

«And now, watch this drive»

Mais le plus féru (ou carrément dingue) de golf fut probablement Dwight Eisenhower qui, pour l'anecdote, laissa en plan une réunion de crise consécutive à l'abattage de l'avion espion U2 par les forces soviétiques pour rejoindre une partie qui l'attendait. Nikita Krouchtchev, déstabilisé, finira même par lâcher un jour: «Qu'est-ce qui est le plus important pour lui? A l'évidence, c'est le golf. Son rôle de président est secondaire.» Il est également avéré que Richard Nixon, alors vice-président d'Eisenhower, prenait des leçons de golf en cachette pour tenter d'impressionner et de séduire son supérieur hiérarchique.

Membre du prestigieux Augusta National, le club qui organise le Masters chaque année, Dwight Eisenhower est aussi resté célèbre pour avoir voulu faire abattre un arbre placé sur le trou n°17 et dans lequel il finissait immanquablement par expédier sa balle. Toujours debout, l'arbre porte aujourd'hui son nom et continue de défier les meilleures gâchettes du golf mondial.

Quel est le niveau d'Obama?

Ce même Augusta National avait failli coûter cher, en 1983, à Ronald Reagan comme le rappelait Golf Magazine voilà quelques mois. Sur le parcours, le président des Etats-Unis avait dû interrompre sa partie en raison d'une prise d'otages... dans le club-house après qu'un chômeur eût choisi ce moyen extrême pour attirer l'attention sur lui.

George Bush, père et fils, avaient, eux, coutume de jouer ensemble à cause de leurs niveaux voisins. On se souvient que c'est sur un tee de départ que George W. Bush avait convié les journalistes quelque temps après les attaques de 11 septembre pour faire cette déclaration tonitruante reprise dans Fahrenheit 9/11 de Michael Moore: «Nous allons mener une guerre contre les terroristes et nous allons mettre tous les moyens en œuvre pour lutter contre. Et maintenant, regardez mon drive... »

En France, de Mitterrand à Nicolas Sarkozy

Jusqu'à présent, Barack Obama, qui a commencé le golf en 1997 après s'être adonné au basket dans sa jeunesse, est resté plutôt discret sur ses scores dans la mesure où contrairement à ses prédécesseurs (ce qui n'est pas bon signe), il n'a pas ouvert ses parties à la presse soigneusement tenue à distance. Mais selon Don Van Natta Jr, Barack Obama doit scorer, les bons jours, dans les 90, mais il est encore loin d'être un bon joueur car ses parties durent généralement longtemps. Bon prince, Van Natta Jr précise néanmoins que Barack Obama «ne trafique pas sa carte» de score contrairement, semble-t-il, à Bill Clinton réputé pour s'arranger régulièrement avec la réalité des faits, en évitant, par exemple, de comptabiliser tous ses coups de départ ratés pour s'accorder, sans dommage, une nouvelle chance. Clinton, auteur de ce bon mot: «De tous les avantages d'être président des Etats-Unis, le plus important est celui de pouvoir jouer 18 trous avec Arnold Palmer.»

En France, il n'y a eu que François Mitterrand pour afficher un certain goût pour le golf, mais en toute discrétion, très loin des caméras et des objectifs des photographes, même si VSD, en 1992, réussit à en faire une couverture titrée Le golfeur tranquille. Mitterrand jouait souvent le lundi matin au Golf de Saint-Cloud et donnait ainsi «du temps au temps» selon sa célèbre expression. Car le golf reste avant tout une école de la patience où l'impétueux Nicolas Sarkozy aurait peut-être beaucoup de choses à apprendre au lieu de se mettre en danger et d'effrayer la nation en courant comme un dératé au cœur de la canicule. Même si club en main, on imagine l'actuel Président de la République, compte tenu de sa personnalité, battre un record de vitesse sur 18 trous plutôt que le parcours...

Yannick Cochennec

Image de une: Barack Obama en août 2009, sur un parcours de l'île de Martha's Vineyard. REUTERS/Jason Reed