Boire & manger

Les Canaries, une parenthèse printanière au beau milieu de l'hiver

Temps de lecture : 10 min

À trois heures de Paris par avion, les Canaries constituent une destination de choix pour les vacanciers désireux de fuir le froid français.

Le Ritz-Carlton d'Abama, sur l'île de Tenerife | Via ritzcarlton.com.
Le Ritz-Carlton d'Abama, sur l'île de Tenerife | Via ritzcarlton.com.

Les sept îles de l’archipel des Canaries, baignées par l’océan Atlantique, bénéficient d’un climat à la douceur exceptionnelle –de 22 à 26 degrés, plus encore après le printemps.

Sur la côte de Tenerife, la plus grande des îles volcaniques, les plages s’étendent sur quatre-vingt dix kilomètres bordés par une bétonisation galopante, ce qui n’a pas freiné le développement du tourisme de masse –4 millions de visiteurs en 2016 et 30.000 chambres à tous les prix, de 50 à 370 euros, et bien plus pour les fêtes de fin d’année, le carnaval (février-mars) et la semaine sainte à Pâques.

Pour nos ancêtres, les Canaries étaient «les îles fortunées». On y accédait après avoir échappé aux pirates, aux corsaires en quête d’esclaves et de cargaisons de caravelles comme celle de Christophe Colomb, car on y faisait escale entre les Amériques et l’Europe.

Ce sont les agriculteurs des Canaries qui ont façonné leur paysage. La première source de revenus des îles reposait sur les fruits: agrumes, bananes, tomates, avocats, mangues, papayes, ananas, tous utilisés dans la cuisine locale.

Depuis 1987, des espaces naturels et la moitié des îles ont été classés «réserves de biosphère» par l’Unesco. Chacune des îles a ses particularités, un univers bien défini et ses points de chute.

Tenerife

L’île la plus vaste s’étend autour du parc national du Teide, un cône volcanique culminant à 3.718 mètres d’altitude. C’est la «montagne enneigée» et le principal point d’entrée sur l’archipel, doté de deux aéroports internationaux et de deux ports. Trois jours de visite sont nécessaires.

Dans le parc national du Teide, à Tenerife | AFP Photo / Desiree Martin

L’île compte 203.000 habitants et dans la capitale Santa Cruz de Tenerife, la Plaza de España est le trait d’union entre le port et le cœur historique de la cité. À voir: la plage de sable noir, le Musée des Beaux-Arts et les peintures flamandes du XVIe siècle, le Palmetum, le jardin botanique et sa collection de 400 palmiers.

Ne pas manquer le parc national du Teide, à 2.000 mètres d’altitude par téléphérique, le plus grand parc naturel des Canaries (190 kilomètres carrés), célèbre pour ses coulées de lave, les violettes et la moutarde du Teide.

Bonnes tables: Café Atlàntico, La Orotava (Lucas Maes).

Grande Canarie

La capitale Las Palmas (380.000 habitants) est l’un des plus grands ports d’Espagne, où mouillent les transatlantiques et liners. On fait le tour de l’île par la côte (260 kilomètres), la vieille ville de Vegueta jouxte Puerto de la Luz.

À Las Palmas de Grande Canarie | Francisco Javier Toledo Ravelo via Wikimedia Commons

Dans la cathédrale de Santa Ana (construite du XVIe au XIXe siècle), un ascenseur conduit au sommet, d’où l’on découvre la ville et son port.

Boutiques de shopping et solderies à Santa Catalina.

Bonne table: la Casa de Galicia.

Lanzarote

Classée réserve de biosphère par l’Unesco depuis 1993, l’île refuse de se laisser envahir par le tourisme de masse, protégeant les lieux de vie chargés de paysages noirs, de pieds de vignes et de figuiers colorés par les coulées de lave ocre, auprès de maisons blanches face à l’océan bleu.

La plage de Papagayo, à Lanzarote | AFP Photo / Desiree Martin

À voir: le Musée International d’Art Contemporain qui expose des peintures et travaux d'Antoni Tàpies et de César Manrique (1919-1992) –artiste local, peintre sculpteur, architecte–, la route des volcans en car.

Bonne table: la Casa Roja.

Fuerteventura

Les plus belles plages du littoral de sable blanc, mer turquoise, climat bienfaisant et grands espaces: la nature dans toute sa beauté.

Vue de la côte de Fuerteventura depuis le pic de la Zarza | H. Zell via Wikimedia Commons

Puerto del Rosario, la capitale (38.000 habitants) est le point de départ pour visiter l’île. Les environs aux multiples belvédères et lacets exigent une voiture pour découvrir les paysages lunaires, les dunes et la station balnéaire de Corralejo, appréciée des plongeurs.

Bonne table: la Casa Santa Maria.

La Palma

Il s'agit d'une belle île aux bois de lauriers sauvages, pinèdes et bananiers. Aéroport international pour une petite ville (16.000 habitants) aux ruelles pavées, le long d’un cratère qui forme une impressionnante falaise le long de l’océan.

Pas de hordes de touristes dans Santa Cruz de La Palma, que l’on parcourt à pied lors d’une promenade maritime jusqu’au centre historique de la Plaza de España, aux édifices Renaissance. Tout cela n’est pas sans charme. Au nord, on conseille Tazacorte, la capitale de la banane, et son musée au milieu des serres.

Bonne table: la Lonja.

La Gomera

La Gomera est une île circulaire où Christophe Colomb fit escale en 1492. Dans la capitale, San Sebastián de la Gomera (8.600 habitants), il faut visiter la Casa de la Aguada, où le navigateur entassa les réserves de ses caravelles. Toutes les maisons sont blanches ou jaunes.

On recommande aux randonneurs les excursions à pied au milieu des bois épais de laurisylve cernés par des mousses, des lichens et fougères, et à tous les plages noires.

Bonne table: El Charcón.

El Hierro

La plus petite des îles (278 kilomètres carrés) aux falaises hautes (700 mètres), cônes volcaniques et champs de lave au milieu des forêts de lauriers.

Le chef-lieu Valverde (4.800 habitants) est bordé de piscines naturelles dans le basalte. Élevage de lézards géants.

Sur la côte de Sabinosa, on trouve la seule plage de sable blanc et des eaux thermales à Pozo de la Salud, pour la peau et la digestion.

Bonne table: la Higuera de Abuela.

Un grand hôtel, le Ritz-Carlton à Abama

À une heure de l’aéroport de Tenerife se dresse un vaste resort construit voici dix ans sur 160 hectares au bord de l’Atlantique: une citadelle ocre de 480 chambres, suites et villas nichées dans un superbe parc de 270 plantes différentes.

Voilà une île verte logée dans une «finca» (propriété) au sud-ouest de l’île, la partie la plus ensoleillée de Tenerife –jamais moins de 22 degrés toute l’année. Le soleil caressant, c’est ici.

Dès le premier coup d’œil sur ce monument de style marocain, on est impressionné par le défi architectural des lieux de vie, signé du maître d’œuvre sud-américain Melvin Villarroel –cinq ans de travaux dans un diamant végétal logé dans un paysage volcanique, avec vue panoramique sur l’Atlantique.

Via ritzcarlton.com

L’investisseur est un homme d’affaires espagnol qui a injecté 200 millions d’euros dans cette citadelle aux couleurs vives gérée par le groupe américain Ritz-Carlton. L’ocre des bâtiments contraste avec le vert des plantations et le bleu turquoise de l’océan: il y a quelque chose d’onirique, un rêve fou dans ce resort bordé de plages de sable blond, de sept piscines, de lagons, d’un golf de dix-huit trous, de sept courts de tennis, d’un spa en marbre et de bassins circulaires où s’ébattent des kyrielles de poissons jamais pêchés.

Tout près des piscines à parasols, on peut se restaurer et même dîner face à l’océan. La tradition culinaire est très vivace dans les îles des Canaries; l'agriculture est orientée vers les fruits et légumes, plus des fromages de chèvre et des vins rouges (Benje 2016, fruité comme un pinot noir) ou blancs locaux, qui se marient fort bien aux poissons des pêches locales et aux viandes de cochon de lait, de cabri, de lapin et, surtout, au bœuf de Galice.

Le Ritz-Carlton d’Abama est doté d’une dizaine de restaurants et de trois étoiles Michelin pour deux tables, l’une espagnole (deux), l’autre japonaise (une). Dans ce resort canarien, où l’on échappe à la bétonisation ambiante, les plaisirs de bouche sont répartis dans une kyrielle d’adresses très prisées le soir. Réservation obligatoire.

Une sélection de restaurants du Ritz-Carlton d'Abama

M.B par Martín Berasategui

Via ritzcarlton.com

Chef star trois étoiles dans son restaurant à Lasarte-Oria, le plus grand cuisinier d’Espagne pour le Michelin et nombre de gourmets a dynamisé la restauration du Ritz-Carlton. M.B est le meilleur restaurant de l’hôtel pour le raffinement des plats, l’élégance des présentations et les spécialités fameuses du grand cuisinier basque, très attaché aux produits du marché et à sa région.

Dans une salle à manger lumineuse de 60 places donnant sur l’océan et pilotée par Erlantz Gorostiza, second de Martín Berasategui, la carte d’une vingtaine de préparations rassemble le millefeuille caramélisé au foie gras, à l’oignon et à la pomme (35 euros), le tartare de thon rouge sauce kimchi aux légumes (37 euros), les raviolis aux truffes (64 euros), le tartare de sirloin wagyu aux pommes de terre, soufflé et moutarde (39 euros). Ces entrées sont plus qu’alléchantes et expriment un vrai talent.

Pour suivre, le bœuf de Galice sauce Périgueux, crème de pommes de terre (53 euros), le turbot rôti sur une mayonnaise aux poivres, cylindres de pommes de terre (56 euros), la pièce de veau cuite dix heures, pommes de terre et légumes (106 euros pour deux) et le wagyu en trois versions (98 euros). De la haute cuisine aux accompagnements bienvenus.

On termine par le soufflé au chocolat, crème caramel et gelée (21 euros), la pomme chaude et son sorbet (25 euros), la banane des Canaries et ses cookies (21 euros), le chocolat glacé, le café en glace et le whisky gelé (21 euros). Pareil récital n’a pas d’équivalent aux Canaries, M.B mérite bien ses deux étoiles.

• Guia de Isora, dans le Ritz-Carlton. Tél.: +34 922 126 000. Dîner seulement. Menu à 140 euros. Carte de 110 à 150 euros.

Kabuki

Via ritzcarlton.com

Excellent restaurant japonais dirigé par David Riveiro d’après l’enseignement de Ricardo Sanz, qui a ouvert en 2000 un premier Kabuki Restaurant à Madrid. Le principe de base consiste à combiner les techniques de la cuisine japonaise (le cru) avec les produits et les plats de la mémoire canarienne.

De la cuisine fusion à son meilleur: l’aubergine sauce miso au sésame, les haricots soyeux à la sauce goma-dare, le ventre de thon en fines tranches et du pain-tomate, le sashimi de poisson blanc au cumin et citron, le tataki de thon à la tomate et le chef-d’œuvre que constituent les sashimis de crevettes carabineros dans une sauce au riz, sont les prémices du dîner.

Six nigiri sushis classiques suivent, ainsi qu’un sushi de burger et un autre à l’œuf de caille, les deux premières spécialités du Kabuki. Ce menu remarquable, composé par le chef Julio –aux doigts de vrai sushi chef–, est à 107 euros. Il peut être étendu à deux autres plats et à la cérémonie du thé Matcha pour 147 euros. Bollinger rosé à 23 euros. Il faut réserver.

• Situé à l’extérieur de la citadelle, voiture avec chauffeur aller et retour. Carretera General TF-47, km 9, Santa Cruz de Tenerife. Tél.: +34 922 12 67 94. Dîner seulement.

El Mirador

Via ritzcarlton.com

En descendant vers la plage du Beach Club, ce restaurant d’allure balinaise, ouvert sur l’océan en lisière de la piscine bleu ciel, est voué aux trésors marins: croquettes de crabe (16 euros), ceviche de loup de mer à l’avocat et fruit de la passion (19 euros), riz aux calamars (28 euros), paella de fruits de mer –une rareté sur l’île– (32 euros), langouste en casserole de riz (36 euros) et Black Angus à la crème de pommes de terre et oignons (39 euros). À notre également, un délicieux gaspacho à la betterave (13 euros).

Le chef Cesar Gonzalez n’est pas loin de l’étoile; il prépare à la fois le déjeuner et le dîner. Certains clients de la citadelle viennent tous les jours, entre deux bains de soleil océanique.

Verona

Via ritzcarlton.com

C’est le seul italien de la collection du Ritz-Carlton, situé au cœur du grand hôtel. Alessandro Esposito, né près de Naples et venu du Four Seasons à Londres, mitonne des classiques de la cucina de la mamma: vitello tonnato aux câpres (19 euros), spaghettis aux palourdes (24 euros), risotto aux légumes –proche d’un riz à l’espagnole– (25 euros). Basique, peut mieux faire. Dîner seulement.

20/20 Steakhouse

Tout à côté du Verona, ce restaurant de viandes rouges fait le plein, car les carnivores sont légion en Espagne et aux Canaries. Bones New York (70 euros), bœuf wagyu, béarnaise (110 euros), châteaubriand d’Uruguay (85 euros), soupe à l’oignon au parmesan (16 euros), tartare de thon (19 euros) et la seule carte vegan de la citadelle. Dîner seulement.

Beach Club

Sur le sable blond de la plage privée du Ritz-Carlton, à dix minutes en petit train, un snack sous les parasols pour le déjeuner: salade niçoise (18 euros), burgers à la canarienne (23 euros), tartares (19 euros) et champagne Clicquot. Jusqu’à 18 h.

Txoko

Via ritzcarlton.com

Le second restaurant de Martín Berasategui propose une ambiance de taverne familiale, un hommage au pays basque et à la cuisine de sa mère et de sa tante.

La carte offre un bouquet de plats mémoriels: des délicieuses croquettes (12 euros), la salade verte aux œufs durs et viande séchée de Galice (18 euros), les patatas bravas (15 euros), les anchois à la vinaigrette (14 euros), les gnocchi crémeux aux truffes (26 euros), l’entrecôte au poivre vert (26 euros), la pluma de porc ibérique (23 euros), la côte de bœuf (90 euros pour deux) et la crème caramel à la chantilly (9 euros).

Tous les résidents de l’hôtel veulent une table pour le dîner –la nostalgie d’une cuisine d’hier–, dans une salle à manger aux tables en bois et au bar pour les fidèles. Rosé des Canaries et additions décentes, de 35 à 70 euros.

Il est patent que le Ritz-Carlton aux 800 clients en pleine saison a forgé sa réputation et son image gastronomique grâce à la vaste créativité de Martín Berasategui –sept étoiles à son palmarès et une troisième adresse prévue tout près.

Aucun grand hôtel international en Europe du sud ne propose une telle offre gourmande et un tel éventail de réjouissances de bouche, de 12 euros à 120 euros selon l’établissement.

Notez que le spa dans la nature, d’un confort remarquable, conjugue tous les soins de beauté et un parcours aquatique culminant avec un bain dans une piscine jacuzzi.

La citadelle d’aspect marocain est une gigantesque unité hôtelière –jusqu’à mille résidents. Il faut quelques heures pour se repérer dans le dédale des bâtiments ocre, des tables, des plages, des boutiques, des bars. Mais une fois les itinéraires fléchés connus, le plaisir de vivre au bord de l’océan s’ajoute au confort et à la gentillesse des personnels –800 employés en haute saison. Il y a de l’espace à l’infini.

• Carretera General, TF-47, km 9, 38687 Guia de Isora, Santa Cruz de Tenerife. Tél.: + 34 922 12 60 00. Chambres à partir de 370 euros selon la saison. De l’aéroport de Tenerife, taxi à 50 euros.

Nicolas de Rabaudy

Newsletters

Il y aura bientôt moins de vitamines dans le riz à cause du changement climatique

Il y aura bientôt moins de vitamines dans le riz à cause du changement climatique

Un effet des émissions de CO2 qui pourrait affecter la santé de centaines de millions de personnes.

La musique d'ambiance dans les restaurants influence votre manière de commander la nourriture

La musique d'ambiance dans les restaurants influence votre manière de commander la nourriture

C'est aussi le cas pour la musique dans les supermarchés.

Recette: le gnocchi, la cuisine moléculaire à portée de tous

Recette: le gnocchi, la cuisine moléculaire à portée de tous

Ils sont plus que de simples petites boules de pommes de terre.

Newsletters