France

Peut-on vraiment sauver le PS?

Temps de lecture : 5 min

Le nom du ou de la nouvelle première secrétaire du parti socialiste sera connu le 29 mars. Une lourde tâche l'attend: sauver le navire socialiste d'un naufrage définitif et tenter de le remettre à flot.

Rose fanée | Chez Pitch via Flickr CC License by
Rose fanée | Chez Pitch via Flickr CC License by

Une femme –Delphine Batho– et quatre hommes –Luc Carvounas, Olivier Faure, Stéphane Le Foll et Emmanuel Maurel, par ordre alphabétique– sont actuellement en lice pour engager, dès l'élection du nouveau premier secrétaire du Parti socialiste le 29 mars prochain, le sauvetage de l'année!

Une maison socialiste en mille morceaux

La compétition démarre mal: Batho, députée des Deux-Sèvres rescapée de la Bérézina législative, va «saisir la justice, pour demander que soit mis un coup d'arrêt au coup d'État qui est en cours actuellement» à Solférino. Les vieux tubes sont-ils de retour?

Objet du litige: le fait d'obtenir le parrainage de 5% des membres du Conseil national –soit seize personnes–pour pouvoir être candidat. Cette nouvelle règle proposée par la direction collégiale provisoire du Parti socialiste doit être entérinée par les militants avant d'être appliquée (le vote a eu lieu le 18 janvier), mais l'ancienne ministre de François Hollande y voit une manœuvre. Batho, qui place sa candidature sous les auspices de la lutte contre une «petite mafia», doit peut-être aussi se rendre compte que sans troupes, il est difficile de se faire entendre.

Après la déculottée de l'élection présidentielle où Benoît Hamon, éliminé avec le deuxième score le plus faible de la gauche pour un premier tour sous la Ve République (6,36% des suffrages exprimés, à peine plus que les 5,01% obtenus à la présidentielle de 1969 par Gaston Defferre, le candidat de la SFIO), la maison socialiste est en mille morceaux.

Le PS a perdu une bonne partie de son électorat social-démocrate, entré en macronisme, et une non moins bonne partie de son électorat plus radical, parti se «ressourcer» au mélenchonisme. Les militants ont suivi les mêmes chemins divergents, quand ils n'ont pas rejoint le mouvement fondé par Hamon ou choisi de s'égayer, orphelins, dans la nature.

Une désintégration parachevée par Hollande et les frondeurs

Aujourd'hui, le parti socialiste –et au-delà la social-démocratie française– vit une des périodes les plus noires de son histoire: pas de leader incontesté, pas de doctrine définie, pas de projet politique clair... Tout est à refaire.

Pendant cinq ans, Hollande et les frondeurs de l'aile gauche du parti ont parachevé une désintégration qui avait débuté au moins dix ans avant. Il faut se souvenir que Lionel Jospin avait été écarté du second tour de la présidentielle de 2002 par Le Pen père. De 2002 à 2012, le PS, flemmard, n'a pas travaillé, n'a rien préparé, attendant patiemment une hypothétique alternance, selon la théorie du balancier, pour revenir au pouvoir.

Enfermés dans un entre-soi destructeur, les têtes de gondole socialistes se sont contentées de se livrer des batailles de courants et d'appareil. Les dirigeants se regardaient le nombril, sans se rendre compte que le monde réel évoluait autour d'eux et en oubliant de construire une offre politique renouvelée.

Paradoxalement, ils avaient l'impression que tout roulait à merveille, puisque les socialistes gagnaient toutes les élections les unes après les autres, jusqu'à détenir toutes les manettes –des grandes villes aux régions, en passant par les départements. Point d'orgue: l'Élysée, puis l'Assemblée, en 2012. Que demander de plus? La vie était belle... mais elle était irréelle. Tout s'est effondré en cinq ans.

Redonner une envie politique aux militants et à l'électorat

En pensant que l'impopularité inégalée de Hollande allait faire leur succès politique et électoral, les frondeurs socialistes se sont mis le doigt dans l'œil.

Le président de la République sortant, lui, tirait la conclusion de cette impasse en admettant son impossibilité –si tant est qu'il en ait eu vraiment la volonté– de mettre sur la table une offre politique nouvelle. Les carcans et toute l'histoire du parti socialiste, faite de compromis perpétuels entre des contraires, l'en empêchaient.

C'est de cette double évidence que Macron et Mélenchon ont tiré profit: l'un et l'autre ont refusé d'entrer dans le mécanisme –plutôt le piège– de la «Belle Alliance Populaire» que proposait Jean-Christophe Cambadélis, alors premier secrétaire du PS. Pas question pour eux de s'inscrire dans une démarche illusoire, en tirant les marrons du feu (dans son sens ancien) pour un parti selon eux vermoulu.

Dans cette configuration, c'est moins la question du choix d'un homme ou d'une femme qui est en jeu pour l'avenir du Parti socialiste que celui de la définition d'une démarche nouvelle pouvant éventuellement (re)donner une envie politique à des militants et à un électorat totalement déboussolés.

Des candidatures clivantes

À cette aune, certaines des cinq candidatures –pour sincères qu'elles soient– sont extrêmement clivantes –pour ne pas dire datées–, alors que toute la donne a profondément changé depuis l'élection présidentielle.

Passons les donc en revue, en partant du bord gauche.

Emmanuel Maurel, figure tutélaire de la fronde contre Hollande, a certainement eu son heure de gloire avec la candidature Hamon à l'Élysée mais, «en même temps», il a montré quelles étaient les limites de ladite gloire: une catastrophe électorale.

Delphine Batho, autre figure de la contestation anti-hollandaise, souffre surtout de son isolement. Il est tel qu'une autre contestatrice historique et aujourd'hui marginale, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, en vient à dénoncer le «populisme» de sa camarade.

Stéphane Le Foll, grognard du hollandisme à la sincérité chevillée au corps, met un point d'honneur à tenter de prouver qu'il n'a pas participé à un «quinquennat pour rien».

Luc Carvounas, qui était un des rares chevau-légers de Manuel Valls, est certes passé de l'amitié au rejet sans concession, mais sa proximité ancienne avec l'ex-premier ministre, dans un parti qui ne l'aime guère, n'est pas faite pour le servir.

En un mot, le tableau n'est pas très réjouissant.

Une entreprise de longue haleine, sans cadre

Mais il en reste un, me direz-vous! Oui: Olivier Faure, l'invité de la dernière minute et quadra pour quelques mois encore. Rocardien de formation, fidèle de Jean-Marc Ayrault quand il fut à Matignon, capable de travailler avec Martine Aubry, inlassable artisan d'un renouvellement, européen et social-démocrate convaincu, il est sans doute le moins marqué de tous les candidats tant il n'entre pas dans le cadre des écuries anciennes.

Lui se dit «déterminé à réussir la refondation, à reconstruire un collectif et une crédibilité en rassemblant les énergies et les talents». Évidemment, c'est plein de bons sentiments, mais l'enchaînement des mots montre que l'opération n'est pas gagnée. Il s'agit d'une entreprise de longue haleine qui n'a pas vraiment de cadre. Et pour cause!

La question de fond est de savoir si, à court terme, un espace politique réel et crédible existe entre Macron et Mélenchon, car ces deux-là ont mangé l'omelette socialiste par les deux bouts. Aujourd'hui, la popularité stabilisée de l'un et l'occupation du terrain de l'autre –somme toute sans effet– démontrent que ce n'est pas vraiment le cas.

À en croire les enquêtes d'opinion, les Français font preuve «en même temps» d'une grande indulgence vis-à-vis du pouvoir, en relevant toutefois ses carences sociales, et d'une certaine circonspection à l'égard du discours de la France insoumise, en se méfiant de ses présupposés idéologiques tenaces. Plus de social, moins d'idéologie: voilà peut-être la voie étroite du sauvetage?

Le socialisme démocratique se cherche une nouvelle perspective après sa rupture avec le communisme de type soviétique, à Tours en 1920, qui a prouvé ses limites –c'est un euphémisme– en matière économique et sur le plan des libertés.

Indubitablement, la social-démocratie a remporté son affrontement idéologique avec le totalitarisme, mais elle est aujourd'hui en panne: panne d'hommes, panne d'idées, panne de projet, alors que s'ouvre une nouvelle séquence politique dans beaucoup de pays d'Europe. Il n'est pas certain que le soldat PS puisse être sauvé.

Olivier Biffaud Journaliste

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