LGBTQ / Monde

Le clip homoérotique des cadets de l'aviation russe devient un mème national

Temps de lecture : 2 min

Vivement condamnée par le Kremlin, la vidéo ne cesse d'être rejouée aux quatre coins de la Russie.

Capture écran via YouTube
Capture écran via YouTube

Ça commence avec des lanières de cuir, des boots, une casquette d'uniforme et un gros son techno. Un cadet de l'aviation civile russe monte les escaliers d'un dortoir en se dandinant sur l'air de «Satisfaction» de Benny Benassi, avant de laisser la place à ses camarades de chambrée.

S'en suivent deux minutes de clip avec des éphèbes slaves dans un univers à la Tom of Finland, à base de marteaux, perceuses, balayettes et bananes mangées trop lascivement pour être orthodoxes.

Grondements jusqu'au Kremlin

Cette parodie du clip d'origine, qui remplace les femmes en maillot par de jeunes officiers dénudés au déhanché gentiment queer, a provoqué un petit séisme sur VKontakte [le principal réseau social en Russie, ndlr] et des grondements jusqu'au Kremlin. La vidéo aurait dû rester confidentielle; elle est devenue virale et a largement dépassé les frontières du réseau social russe.

Le 18 janvier, la chaîne publique de télévision Rossiya 1 y consacrait près de quatorze minutes, faisant tourner les images en boucle derrière l'interview d'officiels, au plus grand amusement des présentateurs et invités.

Deux jours avant, un communiqué de Rosaviatsia [l'Agence fédérale du transport aérien, ndlr] condamnait fermement «cet épisode immoral», avertissant de l'ouverture d'une enquête et de prochaines mesures disciplinaires des plus strictes contres les quatorze impudents impliqués dans l'affaire.

Remakes de soutien

Depuis, l'internet russe a été envahi de remakes du clip en signe de soutien. The New Yorker en a fait une petite compilation: on passe des étudiants en école de BTP, à ceux dans l'agriculture et les services d'urgence. Les jockeys et les garçons d'écurie s'y sont mis à leur tour, en même temps que les troupes de théâtre, les infirmières, ou encore les membres de l'équipe féminine russe de biathlon.

Ceux qui disposaient d'un uniforme ont bien pris soin de le porter, pied de nez supplémentaire aux cris d'orfraie des politiques dénonçant la dégradation de la fonction publique.

Sur Facebook, YouTube ou VKontakte, les vidéos se multiplient, à l'initiative d'étudiants enflammés aussi bien que de grand-mères enthousiastes, qui mettent légèrement en défaut l'image d'une Russie figée dans ses «valeurs traditionnelles» promue par le Kremlin ces dernières années.

«Étant donnée l'homophobie officielle et hautement politisée de la Russie, ces parodies sont de pures protestations, grivoises et légères. Elles démontrent que les Russes peuvent toujours former des connexions horizontales, en dépit du monopole de l'État sur la sphère publique et de la menace de lourdes sanctions pour la protestation en général, et la “propagande homosexuelle” en particulier. Chaque clip est à la fois une démonstration de solidarité avec un groupe de jeunes inconnus et une démonstration de la capacité de gens ordinaires à s'organiser pour agir ensemble —une capacité que l'État semblait avoir éliminée», écrit The New Yorker.

Si l'homoérotisme naïf a de beaux jours devant lui, les combats pour les droits des personnes LGBT+ en Russie auront besoin d'un peu plus de moyens pour percer.

Slate.fr

Newsletters

«J'ai 2 amours», un regard intelligent sur les amours plurielles

«J'ai 2 amours», un regard intelligent sur les amours plurielles

Diffusée jeudi 22 mars sur Arte dans son intégralité, la première saison de la série réalisée par Clément Michel se penche avec mordant et bienveillance sur les amours multiples. L'occasion de balayer idées reçues et généralités sur les différentes manières d'aimer.

Le voile n’est pas incompatible avec le féminisme

Le voile n’est pas incompatible avec le féminisme

La régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire.

Né.e.s jumelles, Laurens et Yentl sont maintenant frère et sœur

Né.e.s jumelles, Laurens et Yentl sont maintenant frère et sœur

«L'histoire que je raconte est très spéciale et privée», énonce la photographe Judith Helmer. Laura et Yentl sont deux «vraies» jumelles –des jumelles monozygotes qui ont partagé le sac amniotique et le placenta de leur mère. À ses 19 ans, Laura...

Newsletters