Monde

Questions sur le séisme haïtien

Christopher Beam, mis à jour le 15.01.2010 à 14 h 48

Combien de temps vont durer les répliques et quelle sera leur intensité? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de tsunami? Qu'est-ce qu'un navire hôpital?

Des dizaines de milliers de personnes sont sans doute mortes dans le tremblement de terre de magnitude 7 sur l'échelle de Richter qui a touché Haïti et plus particulièrement sa capitale Port-au-Prince mardi 12 janvier à 23 heures, heure française. Le désastre soulève de nombreuses questions. En voici quelques-unes.

Est-ce que les immeubles haïtiens avaient été construits selon des normes anti-sismiques?

Non, pour la quasi totalité. Haïti n'a tout simplement pas de normes de construction. Seuls quelques groupes de BTP, ceux qui ont construit des immeubles avec des budgets d'aide internationaux, ont suivi volontairement des normes françaises, canadiennes ou internationales.

La plupart du temps, même quand les pays en développement ont des normes assurant que les bâtiments peuvent résister à des ouragans ou des tremblements de terre, elles sont rarement suivies. Les groupes de BTP préfèrent faire des économies. (Le coût moyen pour rendre un immeuble plus résistant au tremblement de terre est en général de 4% du total). Dans le cas par exemple du séisme qui a frappé la ville de Mexico en 1985, des enquêteurs ont découvert que certains des immeubles détruits avaient dans leur fondation du sable mélangé au béton qui les rendait bien plus fragiles.

Qu'est-ce qui est le plus sûr les grands bâtiments au centre de la ville ou des maisons faites de bric et de broc?

Cela dépend entièrement de la qualité de construction. Les grands immeubles avec des structures métalliques renforcées et des assemblages solides sont plus résistants que les petites maisons faites à la va-vite avec des parpaings. (Les cahuttes légères, plus fréquentes dans les régions pauvres du sud-est asiatiques, sont plus particulièrement dangereuses car non seulement elles s'effondrent sur les habitants mais en plus elles les étouffent). Mais une maison rurale faite d'une structure de bois renforcée par des pièces de métal clouées à l'extérieur est plus sure qu'un grand immeuble de bureau dont la structure n'est pas renforcée. En d'autres termes, la hauteur et l'emplacement d'une construction importe moins que la façon dont il est construit.

La République Dominicaine n'a apparemment presque pas été touchée. Comment cela est-il possible sachant qu'il s'agit de la même île pour les deux pays?

Parce que les centres de population de la République Dominicaine sont bien plus à l'est. Santo Domingo, la capitale et la principale ville, se trouve à environ 250 kilomètres à l'est de Port-au-Prince, tandis que l'épicentre du séisme était à 17 kilomètres à l'ouest de la capitale haïtienne.

Cette carte montre la force des secousses qui ont ébranlé l'île lors du séisme initial. Leur intensité est mesurée à la fois par la vitesse des mouvements du sol et par une mesure subjective appelée l'échelle d'intensité Mercalli modifiée construite sur la façon dont la secousse est ressentie. A Port-au-Prince, le tremblement de terre est considéré comme entrant dans la catégorie «X» ce qui signifie qu'il était «violent» ou «extrême». A Santo Domingo, en revanche, le séisme entre dans la catégorie «III» ce qui signifie que les secousses sont «similaires à un camion qui passe».

Pourquoi certains tremblements de terre à proximité d'îles créent des tsunamis et d'autres pas?

Cela dépend de l'endroit exact où ils se produisent et comment. Si un tremblement de terre a lieu sous le fond de l'océan et si les plaques tectoniques bougent verticalement, le mouvement d'une plaque glissant contre une autre met en mouvement une masse d'eau qui peut se transformer en raz-de-marée. Le tremblement de terre à Haïti s'est produit lui sous une zone de terre ferme et et les plaques ont bougé horizontalement. Le sol a été fortement ébranlé, mais il n'y a pas eu de tsunami.

Les géologues ont émis des alertes sur le risque de répliques. Comment estiment-ils ce risque?

Il existe une formule que Jacob Leibenluft expliquait dans un article sur Slate.com en 2008.

Il y a deux principes qui déterminent l'intensité des répliques. Le premier appelé la loi d'Omori prédit que la plupart des chocs auront lieu immédiatement après le tremblement de terre et deviendront de moins en moins fréquents au fil du temps. L'autre principe connu comme la loi de Båth explique que la plus importante réplique est d'environ 1,2 magnitude inférieure que le séisme principal (l'échelle de Richter est logarithmique ce qui signifie qu'u tremblement de terre de magnitude 6.0 est 10 fois plus important qu'un séisme de 5.0).

La bonne nouvelle est que si le tremblement de terre initial est très puissant cela veut dire que la réplique est aussi très puissante, mais que, selon les scientifiques, il entraîne beaucoup moins de répliques. Ainsi, un séisme de magnitude 6.0 est dix fois plus fort qu'un séisme de magnitude 5.0 mais produit dix fois moins de répliques.

Selon les experts, les répliques du tremblement de terre à Haïti pourraient se produire pendant environ une semaine. Vous pouvez suivre les répliques et leur magnitude ici.

Un navire hôpital américain, le USNS Comfort, se tient prêt à Baltimore pour appareiller pour Haïti. C'est quoi un bateau-hôpital?

Un bateau qui est transformé en hôpital bien sur. Le Comfort offre tous les services et les équipements d'un hôpital ultramoderne. Il dispose de 1.000 lits, 12 salles d'opération, des services radiologie, un laboratoire médical, une pharmacie, un service de soins intensifs, des services dentaires et... une morgue. Son personnel est de 1.400 personnes.

La plupart des navires hôpitaux ont une vocation militaire et sont utilisés par les armées dans les zones de combat. Mais leur deuxième mission est de se rendre sur les zones de catastrophes et de soutenir les missions humanitaires sur place. Selon la convention de La Hague de 1907, c'est un crime de guerre de tirer sur un bateau hôpital. Cette convention stipule que les navires hôpitaux doivent être clairement identifiés, ne doivent pas être associés à des opérations de navire de guerre et doivent soigner les blessés quelles que soient leurs nationalités.

L'Explication remercie John Ebel du Boston College et Brian Tucker de GeoHazards International.

Christopher Beam

Traduit par Eric Leser

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Image de Une: Une maison détruite à Port-au-Prince Eduardo Munoz / Reuters

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