France / Économie

Et si la politique de François Hollande avait finalement relancé l'économie française?

Temps de lecture : 5 min

Il a fini à 4% d'opinions favorables. Et pourtant, son action est peut-être plus bénéfique pour le pays que sa cote de popularité ne le laisse penser.

François Hollande quitte l'Élysee le 14 mai 2017. | Eric Feferberg / AFP
François Hollande quitte l'Élysee le 14 mai 2017. | Eric Feferberg / AFP

Dans l’inconscient collectif, François Hollande restera l’un des –si ce n’est le– présidents le plus haï de la Ve République. Les sondages d’opinion publiés sur la toute fin de son mandat (2016-2017) faisaient état d’une cote de popularité de 4%, une détestation encore jamais vue dans l’histoire politique française.

Pour les observateurs, cette dégringolade était due à une absence totale de bilan, à un reniement du programme de gauche qui l’avait porté au pouvoir en 2012 et à une incapacité à faire consensus au sein de son propre camp.

Les principales critiques qui émergeaient, à l’époque, étaient essentiellement focalisées sur l’économie –sur son inaptitude à faire redécoller la croissance ou à inverser la courbe du chômage. C’est simple: en cinq ans, le nombre de chômeurs (catégorie A) a augmenté de près de 20%, passant de 2.922.100 en mai 2012 à 3.494.100 en mai 2017.

Quant à la croissance du PIB, qui tournait autour de 2% entre 2010 et 2011, elle a chuté à 0,5% en 2012-2013, avant de remonter difficilement à 1,2% sur la fin du mandat socialiste.

Les actions de François Hollande ont-elles été si inefficaces et si inutiles? Ses réformes –le CICE, le pacte de responsabilité ou la loi travail– n’ont-elles vraiment eu aucun impact sur l’économie nationale?

Les vérifications objectives prennent du temps

En théorie économique, on a tendance à considérer qu’une action politique n’a de conséquences qu’au bout d’un certain laps de temps: on ne peut pas mesurer telle ou telle politique publique sitôt son application décidée, il faut attendre plusieurs années avant d’étudier ses résultats. C’est un devoir d’objectivité et une rigueur scientifique. Le gouvernement de Lionel Jospin a voté les 35 heures en 2001, mais les premières études universitaires sur leur impact ne sont sorties qu’en 2007, le temps de récolter les données nécessaires, d’étudier les effets endogènes et exogènes et d’éviter les biais d’analyse. C’est donc une erreur et une faute intellectuelle de juger à l’instant T une politique publique: on ne peut pas critiquer quelque chose tant que l'on n’a pas vu son impact réel et direct. L’expérience doit confirmer ou infirmer la mesure, non notre idéologie ou notre subjectivité.

Or c’est peut-être précisément ce qu’il s’est passé pour François Hollande. Les observateurs et les électeurs se sont empressés de juger son action politique, sans attendre ou vérifier si elle avait eu un effet durable et positif. Le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), qui consistait en une déduction fiscale pour les sociétés, a largement été critiqué par l’opposition, notamment à la gauche de la gauche; on a reproché au CICE de coûter plus de vingt milliards d’euros par an et de soutenir les entreprises à un moment où le pouvoir d’achat des agents et leur niveau de vie diminuaient, sans que cela ait une quelconque incidence sur le taux d’emploi ou la reprise de la croissance. Le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, mettait notamment en avant le coût astronomique du crédit d’impôt, pour un impact quasi-nul:

Mais peut-on véritablement raisonner de la sorte? Que s’est-il passé, en janvier 2013, sitôt le CICE voté par l’Assemblée nationale? L’idée même de ce crédit était de favoriser une réduction du coût du travail. En proposant une déduction fiscale directement corrélée avec la masse salariale, l’État souhaitait favoriser la confiance et la santé financière des entreprises afin que ces dernières puissent embaucher et investir. C’est la fameuse maxime «l’offre crée la demande».

Mais en 2012, la France vivait une situation économique catastrophique. En 2008, avec les crises des subprimes, les banques avaient frôlé la faillite générale, et en 2010, les États européens subissaient de plein fouet la crise des dettes souveraines. L’économie était exsangue et le taux de chômage ne cessait d’augmenter. En découvrant le CICE, le premier réflexe des entreprises a été de rétablir leur taux de marge, seul capable de soutenir la confiance et les investissements futurs. Sans bénéfice, sans soutien des banques, sans possibilité de financement direct, le seul moyen d’embaucher et d’investir, de prendre des risques, passait par l’autofinancement. Mais pour cela, il fallait d’abord rétablir une marge bénéficiaire suffisamment élevée, capable de pérenniser les dépenses.

Des effets positifs durables

C’est ce qu’a permis le CICE. Entre 2013 et 2017, le taux de marge des entreprises françaises a augmenté de 2 points et a retrouvé son niveau d’avant 2008, à 32.1%. En surfant sur cette dynamique comptable, le climat des affaires a, à son tour, grimpé à 93,8 en 2013 à 108 en 2017. Cet indice, mesurant la confiance globale et générale des entreprises en France, est ainsi revenu à son niveau d'avant 2008. Et avec la confiance, c’est le signal de la reprise, du retour des investissements, des embauches et des lendemains qui chantent. L’économiste Bruno Ducoudré estime même que le maintien du CICE et sa future modulation par le gouvernement d’Édouard Philippe vont permettre un soutien de l’emploi et de l’activité économique.

Mieux encore, en février 2017, les économistes de l’OFCE, Eric Heyer et Xavier Timbeau, avaient imaginé, via un outil de prédiction macroéconométrique, comment serait la France en 2022 si le programme de François Hollande s’était étalé sur deux mandats. Ils en sont arrivés aux conclusions suivantes: une croissance moyenne de 1,6% entre 2017 et 2022, un taux de chômage réduit à 7,7% dès 2022, un déficit en baisse de 0,9 point de PIB et une dette publique diminuée à 89,5 points de PIB en 2022, soit une baisse de 2 points en moyenne chaque année. Autrement dit, une excellente situation économique. Toutes les promesses de François Hollande réalisées et les indicateurs réévalués. Le seul souci c’est qu’il aurait fallu, pour cela, qu’il tienne deux mandats. Chose quasiment impossible vu sa très faible popularité.

Pour l’ancien ministre du Travail François Rebsamen, «les mesures [que François Hollande] a prises sont de bonnes mesures. Il aurait eu un septennat comme cela se faisait avant, il n’aurait pas eu de souci pour se faire réélire». L’actuel maire de Dijon estime notamment que:

«La communication du quinquennat était vraiment de piètre qualité et que les Français n'ont pas compris à quel point ils auraient dû être satisfaits de François Hollande. […] Vu qu’on n’a rien expliqué, pas étonnant que les gens n’aient pas revoté pour nous.»

Et ils ont fini par voter pour Emmanuel Macron, le seul véritable bénéficiaire de la politique de François Hollande. Malheureusement pour ce dernier, de son action, on ne retiendra rien…

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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