Slatissime

Notre petite voix intérieure, cette amie bavarde capable du meilleur comme du pire

Temps de lecture : 6 min

Qui est cette personne qui me casse non-stop les oreilles? Ah ben c’est moi.

Petite voix | StockSnap via pixabay CC0 License by
Petite voix | StockSnap via pixabay CC0 License by

Cet article est publié en partenariat avec l'hebdomadaire Stylist, distribué gratuitement à Paris et dans une dizaine de grandes villes de France. Pour accéder à l'intégralité du numéro en ligne, c'est par ici.

Si vous avez regardé la dernière saison de Black Mirror, vous avez probablement: 1. Pas compris l’enthousiasme délirant pour cette série qui prévoit surtout ce qui est déjà plus ou moins arrivé (merci le super-pouvoir en carton), 2. Été étrangement soulagé en voyant l’épisode «Black Museum», dans lequel des personnages entendent en permanence quelqu’un d’autre dans leur tête.

Soulagé? Oui, parce que la petite voix avec laquelle vous êtes en conversation ininterrompue dans votre crâne depuis que vous êtes en âge de former des phrases est au moins la vôtre. Et, on ne veut pas vous juger, mais que vous êtes bavard…

Écouter sa voix intérieure, une activité chronophage

Selon une étude publiée par eLife en décembre dernier, nous passerions un quart de notre temps éveillé à écouter notre voix intérieure. Cette même étude évoque aussi une piste pour la compréhension de la schizophrénie, qui pourrait être une incapacité à faire la différence entre sa voix intérieure et les voix extérieures.

Car, et ça, on le sait depuis des observations menées par une équipe du centre de recherche en neurosciences de Lyon et du CHU de Grenoble en 2012, la voix «dans la tête», celle qui s’anime quand vous lisez silencieusement ou quand vous vous demandez où vous avez bien pu fourrer vos clés, éveille elle aussi le cortex auditif, c’est-à-dire la zone cérébrale du traitement de la voix et des sons.

Là, normalement, à la lecture de cette info incroyable, votre petite voix devrait être en train de s’exclamer «Mazette!». Oui, mazette. Mais la question à laquelle la science n’a pas encore répondu, c’est: qui vous parle vraiment quand vous conversez à vous-même? Toujours à deux doigts du prix Nobel, on a la réponse.

Votre plus grand fan

Sa phrase type: «Arrêtez, vous allez finir par me gêner.»

Sa rhétorique: vous n’avez jamais compris les personnes qui ne s’inventaient des scénarios mentaux que pour prévoir le pire. Dans votre tête, c’est tout le contraire: vous vivez en permanence une vie meilleure dans laquelle, cerise sur le gâteau, vous êtes également une version sublimée de vous-même. Allant de soirées imaginaires en remises de prix fantasmées, vous révisez en boucle vos discours de remerciements et les arguments chocs qui mettront toute la salle d’accord.

Et ce n’est pas de tout repos, votre petite voix, encore plus admirative de vous-même que vous ne l’êtes déjà, vous relançant sans cesse avec ses questions pièges: «Mais comment faites-vous pour être aussi formidable?» Et vous de rire sous cape, car vous savez exactement quoi répondre à cette embuscade: «Oh, je suis surtout resté simple, mais tout ça c’est grâce à Mamie Odette qui m’a appris l’humilité», avant de vous interrompre, bouleversée par l’évocation de cette grande dame aux mains solides comme des battoirs. Une humilité qui fera votre gloire.

D’ailleurs, votre petite voix intérieure est déjà en train de vous retransmettre en direct les magnifiques oraisons funèbres de tous vos amis et de Winston Churchill, qui ne pouvait décemment pas rater votre enterrement sous prétexte qu’il est déjà mort.

Votre coach

Sa phrase type: «Alors c’est ça, tu baisses les bras?»

Sa rhétorique: la seule chose qui vous fait encore plus peur qu’une guerre nucléaire entre les États-Unis et la Corée du Nord, c’est la méthode Montessori. Éduquée dans l’idée du struggle for life par des parents qui ne parlaient pourtant pas un mot d’anglais, vous envisagez votre existence comme un entraînement Shaolin, où vous devez faire surtout ce que vous n’avez pas envie de faire.

Mais, chienne de vie, vous n’avez pas de maître de kung-fu à domicile. Vous ne pouvez donc compter que sur votre petite voix pour vous imposer des épreuves pénibles alors que personne ne vous a rien demandé.

Que ce soit face aux escaliers alors que l’ascenseur vous ouvre grand ses portes, à la Gare de Lyon la veille du 14 juillet, ou à une choucroute de la mer, elle sera toujours là pour s’acquitter de ce qu’elle accomplit le mieux: vous dire «allez, tu peux le faire!».

Mixant les injonctions à vous bouger le cul et les mantras qui confondent le chemin et la destination, votre petite voix vous persuade dès qu’elle le peut de l’existentialisme intrinsèque de l’effort pour vous faire oublier que vous allez de toute façon dans la même direction que ceux qui n’en foutent pas une rame.

C’est bien simple, si elle devait trouver un petit boulot, elle serait engagée directement comme prof de biking (mais du coup, il n’y aurait plus personne pour vous obliger à vous lever aux aurores comme un putain de champion).

Votre bourreau

Sa phrase type: «Et t’es content de toi?»

Sa rhétorique: dans la vie, parce que vous êtes convaincu des pouvoirs magiques de la compassion et de la bienveillance, vous vous astreignez à parler aimablement à tout le monde. À tout le monde, sauf à vous. C’est bien simple, il n’y a que votre petite voix intérieure pour se permettre de vous parler aussi mal.

Alors que vous donnez du «mon chat» à tous ceux que vous connaissez depuis plus de douze secondes, vous vous appelez le plus souvent «ma pauvre fille» ou «mon pauvre gars» –qui vient souvent conclure un «mais qu’est-ce que t’es bête», quand vous avez vraiment passé une sale journée.

En plein syndrome de Stockholm niveau expert, vous vous laissez humilier sans réserve par la personne qui vous maintient en vie autant qu’elle vous enferme: vous-même. Aussi radicale et cruelle que Mademoiselle Mangin dans Princesse Sarah, cette personne ne vous laisse passer ni votre incroyable maladresse (vous avez fait tomber une miette de meringue sur votre assiette), ni votre faiblesse de caractère (vous vous êtes écroulée de fatigue après à peine douze heures de travail non-stop). Relevez la tête: il est temps de vous émanciper de votre pensionnat mental.

Votre Netflix

Sa phrase type: «Nooooooo!»

Sa rhétorique: vu de l’extérieur, vous jouissez d’une vie tout à fait banale, avec un entourage qui l’est tout autant. Dans vos conversations internes, c’est un tout autre casting. Vous vous faites des films dignes de blockbusters dans lesquels votre voix intérieure est toujours partante pour vous livrer la réplique. Plus précisément la «cue», puisqu’elle s’exprime d’abord en anglais.

Vous donnez l’impression de marcher silencieusement dans la rue Saint-Augustin, mais vous êtes en train de désamorcer une bombe à Washington («I gotta do it») malgré l’angoisse que vous causez à votre petite voix («Please… Be Safe…»).

Torrent de violons, chœurs gothiques, trompette inquiète: vous êtes à ça de sauver les États-Unis, quand soudain vous vous rappelez que «I need to talk to the President», mais aussi qu’il fallait tourner à droite pour rejoindre la station Quatre-Septembre. Quelle journée! Au moins le gars de 24 heures chrono ne devait se concentrer que sur une seule mission impossible. Mission Impossible? Ta, ta, tata, ta, ta…

Juste au moment où vous rentrez dans le métro, votre voix intérieure enchaîne sur un autre film: «This tape will self-destruct in five seconds. Good luck, Jim.» Bien sûr que vous acceptez la mission, mais de temps en temps, essayez de vous projeter plutôt dans un bon petit film français, où vous n’aurez plus à choisir entre le fil bleu et le fil rouge, mais entre La Baule et Arcachon.

Votre libido

Sa phrase type: «Mais je ne pourrai jamais supporter ta célébrité!»

Sa rhétorique: autant vous aviez foiré votre oral de Sciences-Po par manque de préparation, autant vous auriez réponse à tout si Idris Elba finissait par vous appeler. Vous avez en effet révisé méthodiquement toutes les options de conversation avec cette personne qui, bien qu’elle ne connaisse pas du tout votre existence, n’a de cesse de vous draguer via votre petite voix.

Et vas-y qu’il vous trouve magnifique, qu’il veut se ranger de sa vie comme un manège pour aller habiter simplement en Ardèche avec vous et bien sûr qu’il adore les chiens. Mais vous n’êtes pas dupe. Et bien qu’il vous soit possible de vivre avec l’idée qu’Idris pourrait vous trouver de l’intérêt, vous n’êtes pas prête pour autant à céder à ses avances au bout de la première conversation imaginaire.

Du coup, vous ne lui laissez rien passer et pouvez vous retrouver en train de vous engueuler sévère avec votre petite voix qui tente de vous impressionner avec son jet privé et ses films à Hollywood, «mais moi on ne m’achète pas Idris», ou de négocier votre installation à L.A., «mais je peux pas tout lâcher comme ça Idris, j’ai ma vie ici et tu dois respecter ça».

Remarquez que vous avez bien fait de remettre votre voix intérieure à sa place puisque, en effet, Idris Elba a l’air bien parti pour respecter votre décision.

Marie Kock Journaliste

Stylist Mode, culture, beauté, société.

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