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En 2017, la Women's March était une réaction; en 2018, elle est une révolution

Temps de lecture : 4 min

Un an jour pour jour après l’investiture de Donald Trump et la première édition de la Women’s March, des millions de femmes sont descendues samedi 20 janvier dans la rue, aux quatre coins des États-Unis, pour faire entendre leurs voix. Reportage à San Francisco.

La deuxième Women's March de San Francisco (États-Unis), le 20 janvier 2018 | Joanna Valdant
La deuxième Women's March de San Francisco (États-Unis), le 20 janvier 2018 | Joanna Valdant

San francisco, États-unis

Armées de leurs pancartes et de leurs bonnets roses, des milliers d’Américaines se sont donné rendez-vous samedi aux quatre coins des États-Unis.

À San Francisco, elles étaient plus de 60.000 à manifester pour la seconde édition de la Women’s March, selon les organisateurs. Parmi elles, des femmes de divers horizons et générations, unies par une soif de changement et par une haine commune de leur président.

Joanna Valdant

«Cette année, on prépare nous-mêmes le changement»

Depuis la première marche et l’investiture de Donald Trump le 21 janvier 2017, cette résistance pacifique n’a fait que grandir. Ensemble, elles luttent en faveur des droits de l’homme, qu’importe son genre, son orientation sexuelle, sa couleur de peau ou bien son milieu social.

Aujourd’hui, il n’est plus seulement question d’affirmer haut et fort son mécontentement, l’heure de la révolution a enfin sonné. Sylvia, 74 ans, n’aurait pour rien au monde manqué l’événement:

«Cela fait soixante ans que je manifeste. J’étais présente en 1969 pour la protestation contre la guerre au Vietnam et je suis encore là aujourd’hui. Je veux que Trump sache que je ne fais pas partie de ses admirateurs. Je fais partie de l’opposition, comme toutes ces personnes autour de moi.»

Accompagnée de ses enfants et de ses petits-enfants, l’activiste se sent «libre et fière de cette solidarité».

Joanna Valdant

À quelques mètres d’elle, au beau milieu de Market Street, Deborah, 45 ans, se réjouit elle aussi de cette prise de parole:

«On ne peut plus être silencieuses, cela reviendrait à dire que l’on approuve tout ce qui se passe ici: le décret anti-immigration, l’expulsion des Dreamers [les migrants arrivés illégalement aux États-Unis quand ils étaient mineurs, ndlr], ce sexisme historique et omniprésent, le Shutdown… Or ce n’est pas le cas. Il y a tellement à redire. En 2017, on s’est tous et toutes réunies parce qu’on était choquées par la victoire de Donald Trump. Cette année, on prépare nous-mêmes le changement. On s’organise, on s’unit, que ce soit par la voie du vote ou par celle de la manifestation.»

Venus pour apporter leur soutien à leurs concitoyennes, quelques centaines d’hommes étaient eux aussi présents. Caché derrière une affiche au slogan ravageur «Truck Fump» («Fuck Trump»), Mike, 34 ans, participait officiellement à sa deuxième marche des femmes.

L’an dernier, il faisait partie des deux millions d’Américains qui ont défilé dans Washington:

«Je pense qu’on peut difficilement comparer ces deux marches. Celle de 2017 a probablement débloqué les choses. Sans elle, on n’aurait peut-être pas eu le droit à cette libération de la parole, comme ça a pu être le cas avec le mouvement #MeToo. Celle de 2018 a une tout autre signification. Ce n’est plus de la résistance, c’est une déclaration de guerre.»

#MeToo et #TimesUp, les grands héros de la marche

Ces douze derniers mois ont eu un rôle décisif dans cette reconsidération de l’engagement civil et ont contribué d’une certaine manière à la démocratisation du féminisme. Pour ce qui est de la vie politique et de l’actualité, elles ont offert à la Women’s March une publicité des plus efficaces.

Les mouvements #MeToo et #TimesUp y sont pour beaucoup, tant par leur initiative que par leur viralité. Nombreux sont les manifestants, notamment les plus jeunes, qui ont ressenti le besoin de défiler après avoir eu vent des différents scandales qui ont secoué leur pays.

Joanna Valdant

C’est le cas de Darell, futur père de 26 ans, venu protester avec sa grand-mère:

«J’avais besoin d’être là, parce que je me sens concerné par les droits des femmes. Je suis ébloui par cette solidarité et ce courage qui leur est propre. Je veux me tenir à leurs côtés pour leur dire que je n’approuve pas ce qu’elles endurent au quotidien. Le hashtag #MeToo m’a ouvert les yeux, même si je n’étais pas totalement naïf à ce sujet. Je suis assez surpris que ça n’ait pas explosé avant, mais je dirais que c’est une bonne chose que la vérité ait éclaté. Même si ce genre d’affaires ne datent d’aujourd’hui, quelque chose a changé entre temps. Désormais, on parle. On ose prendre la parole pour dénoncer ce qui ne va pas, et je suis très heureux que mon enfant naisse dans un climat où chacun est libre de dire ce qu’il veut et où l'on ne remet plus en cause l’histoire des uns et des autres.»

Également influencées par l’exposition médiatique des fameux hashtags, Kayla et Sarah, lycéennes de 17 ans, ont rejoint les rangs de la résistance:

«Être Américaine en ce moment, ce n’est pas facile. On est là pour soutenir toutes ces femmes qui ont été victimes d’agressions sexuelles, celles que l’on connaît, mais aussi celles dont on ignore le nom. Le changement est là, ce n’est pas seulement une parenthèse, ce qui se passe est historique. C’est le résultat de décennies de combat. Aujourd’hui, c’est terminé: on ne se taira plus. Notre voix est entendue et nous sommes impatientes de voir ce que nous réserve l’avenir.»

Les midterm elections dans le viseur

Bien que très satisfaite de l’engouement de la Women’s March dans la région de la baie de San Francisco, Sophia Andary, coorganisatrice de l’événement, préfère ne pas crier victoire:

«Je suis fière de tout le travail que l’on a accompli. Seulement, ce n’est pas fini. Notre ennemi numéro 1 reste l’inaction. On a eu un an et énormément d’opportunités pour changer véritablement les choses. Résultat, on n’avance pas autant qu’on pourrait le faire.»

Joanna Valdant

Elle et ses collègues ont profité de la manifestation pour appeler leurs concitoyens à voter en novembre prochain lors des midterm elections [élections de mi-mandat, ndlr]. Lors de ce scrutin, les Américains auront l’occasion de redistribuer l’intégralité des sièges de la Chambre des représentants et un tiers de ceux du Sénat.

Si les démocrates remportent la majorité, ils pourront donc faire barrage à Donald Trump:

«L’un des objectifs de la marche était d’inciter les marcheurs à s’inscrire sur les listes électorales. On sait que ça ne sera pas suffisant, alors on a prévu un plan d’attaque en quatre étapes: se mobiliser pour les scrutins, organiser des meetings à l’échelle locale, élire des femmes de couleur à des postes de représentantes et élever d’éventuelles candidates pour 2020.»

Ces objectifs n’étant pas seulement propres aux organisateurs californiens, une seconde manifestation était lancée à Las Vegas le 21 janvier: la «Power to the Polls Tour», une tournée pour promouvoir l'inscription sur les listes électorales.

Joanna Valdant Journaliste indépendante basée en Californie

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