Monde

Séisme en Haïti: comment se met en place l'aide dans un pays sans moyens (màj)

Elodie Vialle, mis à jour le 17.01.2010 à 11 h 05

Le séisme frappe un pays extrêmement pauvre, sans infrastructures.

Cinq jours après le séisme en Haïti, les problèmes de logistique et de coordination entravent l'effort d'assistance. La France a protesté auprès des Etats-Unis à propos de leur gestion de l'aéroport de Port-au-Prince, où un avion-hôpital français a été empêché d'atterrir, a fait savoir samedi le secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet. Les secours commencent à progresser en dehors de la capitale et l'ONU se réunira lundi pour examiner quels moyens supplémentaires doivent être mis en place pour faire face à une catastrophe plus grave encore que celle du tsunami asiatique de 2004.

***

Pour l'aide et les secours, le temps presse à Haïti. Plongés dans le chaos après le séisme de magnitude 7 qui a dévasté le pays mardi 12 janvier, les survivants ont besoin d'aide. Et vite. Mais pour les équipes d'urgence, l'intervention s'apparente à une mission impossible.

Dès l'annonce de la catastrophe, les organisations d'aide internationales, réunies en «cluster» - c'est-à-dire en fonction de leurs champs d'intervention - décident d'un plan d'action sous la houlette des Nations Unies. Dans un premier temps, elles cherchent à dresser une cartographie des zones les plus touchées, à identifier les victimes et analyser les besoins des victimes.

Ce travail d'évaluations est d'autant plus nécessaire qu'il permet aussi de débloquer des fonds en urgence auprès des bailleurs internationaux. «Dans une situation d'urgence, il est possible de faire une demande de financement à l'Union européenne de plusieurs milliers d'euros, expliquée sur une page ou deux», explique Jean-Christophe Crespel, co-directeur de l'Humanitarian Logistic Association. La Commission européenne a ainsi débloqué 3 millions d'euros pour une aide d'urgence.

« A l'aveugle »

Mais, depuis mardi soir, avec les réseaux de communication coupés et l'accès à l'information limité, il est impossible de connaître le nombre exact de victimes. Difficile, dans ces conditions, de préparer les missions d'urgence au mieux, ce qui n'empêche évidemment pas les avions chargés de matériel de survie de décoller. « On travaille à l'aveugle » reconnaît Médecins du Monde pour mettre en place l'accès à l'eau potable, les installations sanitaires et les soins de santé de base.

Pour rétablir les communications, un container satellitaire mis en place par la fondation Casques Rouges doit également être envoyé. « Il contient des outils de cartographie satellitaire, de visioconférence ou encore de télémédecine, qui permettent aux équipes à la recherche des survivants de disposer d'une expertise médicale», explique Sarah Aizenman, porte-parole de la fondation.

L'intervention après la catastrophe est d'autant plus complexe qu'Haïti, un des plus pauvres pays au monde, classé 149e sur 182 sur l'index du développement humain, n'a pas encore la logistique nécessaire pour organiser l'aide. «C'est un pays sans armée, sans police, sans moyens, sans prévention», rappelle Jean-François Lamoureux, fondateur d'une ONG locale, Action Solidarités Pays oubliés, et actuel secrétaire général d'Action contre la faim. Ce pays est déjà démoli, et ce séisme achève d'en faire un champ de ruines.»

Or, «la mise en place de l'aide nécessite un minimum de logistique », rappelle Jean-Jacques Kourliandsky. Selon ce chercheur à l'IRIS (institut de relations internationales et stratégiques), seules les Nations Unies, dont la mission sur place compte 9.000 soldats, pourraient en effet encadrer les secours. Mais le siège de la mission onusienne à Haïti a été détruit, et son représentant, le Tunisien Hedi Annabi, est porté disparu.

Peur des pillages et des émeutes

Dans ces conditions, l'aide envoyée est-elle vraiment utile? Sur place, des témoins relatent des premières scènes de pillage. Face au chaos, les organisations d'aide ne sont pourtant pas totalement dépourvues. S'il est impossible de s'appuyer sur l'Etat, les ONG travaillent en revanche avec les associations locales, les communautés de quartiers, les réseaux familiaux et religieux.  «L'aide ne vient pas seulement de l'internationale, elle existe aussi sur place, entre les Haïtiens», rappelle Jean-Christophe Crespel.

Sans oublier les ressources sur place, des réserves d'eau et de nourriture protégées, disponibles en cas de catastrophe. «On ne s'attendait certes pas à ce séisme, mais c'est le type de pays où l'on est en permanence dans l'optique de la préparation au désastre, pointe Jean-François Lamoureux. Tous les deux ans, il y a une situation de crise à gérer à Haïti».

Elodie Vialle

A lire sur Youphil(1): L'aide internationale s'organise - Six façons de donner

(1) Youphil est un site d'infos sur l'engagement, cofondé par Jean-Marie Colombani, cofondateur de Slate.fr

Image de une: A Port-au-Prince, le 13 janvier 2009. REUTERS

Elodie Vialle
Elodie Vialle (2 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte