France

Notre-Dame des ZAD

Temps de lecture : 8 min

Née en 1963, l’idée d’un aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame des Landes a été mise en sommeil durant plus de trente ans puis soudain réactivée en 2008. Après des années de tergiversations et d’affrontements, le projet a été définitivement abandonné. Courage ou capitulation, réalisme ou idéologie, les réactions sur Twitter illustrent les oppositions radicales et passionnées autour de cette ZAD (Zone d’Aménagement Différé).

Notre-Dame des Landes. Campement zadiste. Wikimedia Commons
Notre-Dame des Landes. Campement zadiste. Wikimedia Commons

Contenu Partenaire - «Il y a eu un vote, mon souhait est de le faire respecter». Telles étaient les paroles du futur président en avril 2017. Ainsi, «Emmanuel Macron disait oui à l’aéroport Notre-Dame des Landes, moins d’un an avant de l’abandonner». Depuis le mercredi 17 janvier, le gouvernement a décidé que «le projet de Notre-Dame des Landes sera abandonné #NDDL». Lors de cette annonce, le premier Ministre Édouard Philippe a expliqué: «nous aurions pu faire comme les autres: laisser le soin à nos successeurs de trancher le nœud gordien. Il est temps désormais que l’état soit clair dans ses choix et ferme dans leur mise en œuvre #NDDL».

Comme le rappelle le médecin Axel Kahn, «depuis cinquante ans, la droite était aux affaires trente ans, la gauche vingt ans. NDDL (Notre-Dame des Landes) n’a pas été construit, il n’a pas commencé de l’être. Cela m’amuse que tous ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu l’édifier crient aujourd’hui très fort qu’il devrait l’être, qu’il aurait dû l’être». Le dossier NDDL n’est pas nouveau. Mais après avoir été envisagé dans les années 1960 et 1970, il n’est réapparu dans le calendrier gouvernemental qu’en 2008 lors de sa déclaration d’utilité publique. Ce que souligne le twittos Marcelino: «les journalistes en racontant 24h/24 que tous les gouvernements successifs depuis cinquante ans ont reculé concernant l’aéroport à #NDDL a fait que beaucoup de personnes croient à ce bobard. Avant 2003, ce n’était qu’un projet. Et en 2010 signature définitive pour démarrer les travaux en 2014».

La droite et la gauche éparpillées façon puzzle

Depuis l’annonce de l’abandon du projet, les réactions souvent passionnelles ont fusé de tous côtés et les lignes de fracture ne suivent pas forcément les clivages politiques. Emmanuel Macron est passé par là.

Ainsi, à droite Alain Juppé, le mentor d’Édouard Philippe en politique, assure que «gouverner c’est choisir. C’est ce qu’après des années de tergiversations vient de faire courageusement @EPhilippePM. #NDDL». Son ancienne conseillère Virginie Calmels, passée depuis auprès de Laurent Wauquiez, y voit elle un «renoncement du gouvernement sur #NDDL: triple peine pour les Français: démission terrible de l’autorité de l’État face aux zadistes, gabegie d’argent public pour ce non-projet (études, pré-travaux, consultations, accord avec Vinci), non-respect d’un référendum». Tout comme Thierry Mariani qui a tweeté: «triste journée pour la démocratie. Les nombreuses décisions de justice favorables et un référendum populaire n’ont pas fait le poids face au chantage à la violence de minorités extrémistes. En France, le rapport de force pèse plus que l’État de droit #NotreDameDesLandes».

Ou encore Nadine Morano qui enfonce le clou en pointant que «Macron et Philippe disaient l’inverse de ce qu’ils font. En fait ils ont eu peur de faire face aux zadistes (des hors la loi) et d’imposer l’autorité de l’État. Ils ont capitulé en rase campagne. Manque de courage manifeste. #NDDL». Des arguments utilisés aussi par Bruno Retailleau, élu du Grand Ouest, qui a été l’un des premiers à réagir, scandalisé que «l’État donne raison aux voyous et désavoue les citoyens».

Plus à droite, «#NotreDameDesLandes Philippe de Villiers salue une décision courageuse et juste #AFP», tandis que Louis Aliot du Front National nuance sa satisfaction: «nous étions contre cet aéroport de #NotreDameDesLandes. Mais ne pas tenir compte du référendum pose un problème démocratique @radioclassique».

À gauche, le paysage est le même. Les anciens frondeurs du PS comme Benoît Hamon se félicitent de cette décision: «je salue la décision d’abandonner le projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes. La raison l’emporte. Je souhaite qu’une sagesse semblable inspire le gouvernement au moment d’envisager le futur de la #Zad. #dialogue #médiation #écologie #biodiversité #NDDL». Idem à la gauche de la gauche avec le jeune député de la France Insoumise Adrien Quatennens: «Victoire! L’abandon de l’inutile, coûteux et anti-écologique projet d’aéroport #NDDL est une sage décision. Il s’agit maintenant pour le gouvernement de faire la démonstration de cette sagesse concernant les suites sur place afin que l’issue soit positive en tout point».

Au Parti Communiste, c’est plus compliqué… le twittos Stanislas–Rouen synthétise ainsi sa position: «pas de réaction de Pierre Laurent, Olivier Dartigolles en prend juste acte, Fabien Roussel déplore, Elsa Faucillon se réjouit… Le PCF répète vouloir le rassemblement de la gauche, mais doit d’abord faire son propre rassemblement sur des questions essentielles #NDDL». Quant au PS non ex-frondeur, il déplore ce choix, à l’image de l’ancien premier Ministre Jean-Marc Ayrault: «je prends acte de la décision du gouvernement et je la regrette, c’est un déni de démocratie et une faille dans le développement du Grand Ouest, je prends date #Nddl». Les frictions à gauche n’ont rien de nouveau et étaient très explicites dès 2013 comme le rappelle le journaliste Antonio Rodriguez: «#NDDL quand @montebourg disait à Jean-Marc Ayrault « tu fais chier la Terre entière avec ton aéroport de merde».

Les divisions à droite comme à gauche sont à la fois le reflet de stratégies politiques et d’une opposition idéologique entre les tenants d’un développement économique et d’un productivisme classiques et ceux qui au nom de la défense de l’environnement prônent un changement de paradigme. Une analyse que l’on retrouve sur le compte Arrêt sur Images qui titre «NDDL le concert unanime (de l’audiovisuel) par @d_schneidermann».

La parole du peuple

Parmi les arguments souvent avancés contre l’abandon du projet, on trouve le résultat du vote local favorable à la construction de l’aéroport de juin 2016. Il avait approuvé le projet à plus de 55%. Le non-respect de ce scrutin est mis en parallèle avec un autre «déni de démocratie», le référendum de mai 2005 quand les Français avaient rejeté le traité constitutionnel européen à 54,7%. Il avait été finalement adopté sous une forme différente par voie parlementaire en 2008.

Certains parlent de mépris de la démocratie à l’image de la porte-parole des Républicains Lydia Guirous: «300 zadistes hors-la-loi ont gagné à NDDL et l’État a encore reculé. Ceux qui se sont exprimés par voie démocratique sont méprisés et devront se résigner à payer la note de plus de 300 millions d’euros de dédommagement pour Vinci #NDDL #Macron».

Mais cette lecture est contestée. Pour le twittos Sébastien Olivro, «va falloir quand même rétablir certaines vérités sur le «référendum» de 2016 sur #NotreDameDesLandes. 1. Ce n’était pas un référendum mais une consultation». Alors pourquoi interroger la population? Plus pertinent, à l’époque de nombreuses critiques avaient été faites sur l’organisation même de la consultation. «Et pour info, le référendum a été fait pour que le oui gagne, faut pas se leurrer. J’habite à moins d’une heure de là et on n’a pas eu le droit de voter car on n’est pas dans le 44! #NotreDameDesLandes». Seuls les habitants du 44 (département de Loire-Atlantique) s’étaient exprimés alors que le projet visait à dynamiser un espace nettement plus large (le Grand Ouest).

Non seulement la consultation n’aura donc servi à rien, si ce n’est à rendre l’affrontement encore plus passionnel, mais la multitude de textes votés et de décisions de justice favorables au projet en dépit des recours ont également été effacés d’un trait de plume. «#NDDL Ce président en plus de mentir a piétiné 179 textes de lois qui approuvaient la construction de Notre-Dame des Landes».

Pour ou contre les zadistes

On trouve ainsi d’un côté le droit (consultation, recours en justice) et de l’autre des opposants prêts à tout et occupant l’espace public pour empêcher physiquement la construction de l’aéroport. Les zadistes (protecteurs de la ZAD, Zone d’Aménagement Différé devenue Zone à Défendre) issus des milieux écologistes radicaux ou/et anticapitalistes se sont ainsi installés sur l’emplacement du futur ex-aéroport et y ont développé un mode de vie dit alternatif («#NotreDamedesLandes à quoi ressemble la ZAD de Notre-Dame des Landes ? Maraîchage, boulangeries, entraide et autonomie politique»).

Si les zadistes sont parfois considérés comme les représentants d’une nouvelle forme de lutte sociale et d’utopie, ils sont également dénoncés par beaucoup sur Twitter comme des anarchistes enclins à la violence. Pour le député Les Républicains Sébastien Huyghe, «#NDDL Les anarchistes de tout poil savent désormais qu’ils sont en capacité de faire reculer l’État, les collectivités locales, les élus, la justice sur tout projet d’aménagement du territoire #pertedautoritedelÉtat». Le professeur d’économie Jean Messiha estime quant à lui que «l’autorité de Macron ressemble à une paille déguisée en barre de fer dont le vernis vient à nouveau de craqueler lamentablement à #NotreDamedesLandes. Une poignée de gauchistes hirsutes et crasseux a mis l’État en échec. Camouflet politique, juridique et financier. Une honte!».

Maintenant que le projet est enterré, que vont devenir les zadistes? Le premier Ministre a répondu à la question: «j’ai laissé aux zadistes jusqu’au printemps, fin de la trêve hivernale, pour libérer la zone. Si tel n’est pas le cas, nous commencerons à procéder aux expulsions @EPhilippePM #LE20H #NDDL». Et Luc Ferry de bondir face à ce délai accordé aux occupants: «après la reculade honteuse du #gouvernement sur #NotreDamedesLandes, les zadistes, qui viennent de remporter une victoire par KO contre la république et la démocratie sans même avoir été évacués par les autorités, vont pouvoir s’en donner à cœur joie!».

La victoire de l’écologie?

«Le gouvernement a tranché: le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes est abandonné au profit d’une modernisation de l’aéroport existant #NDDL #AFP». Un nouveau chapitre s’ouvre mais l’affrontement entre deux logiques et la victoire des défenseurs de l’environnement ne sera pas sans conséquences qui vont bien au-delà de Notre-Dames des Landes. C’est en tout cas, la conclusion qu’en tire certains écologistes. Ils entendent aujourd’hui amplifier leur succès.

Pour eux, «l’abandon de #NDDL n’est pas une défaite de l’État de droit face à des extrémistes. C’est une décision logique face à la gravissime crise écologique et de biodiversité qui touche tous les territoires à toutes les échelles». En conséquence, les infrastructures du futur doivent tenir compte des réalités du réchauffement climatique comme l’affirme Éric Coquerel, député de la France Insoumise: «on ne peut pas reconnaître la nécessité du combat climatique et de l’autre côté continuer des grands projets polluants et inutiles #NDDL».

Pour Greenpeace, Notre-Dame des Landes est non seulement un symbole mais doit devenir un modèle et une terre d’expérimentation: «dans un monde miné par l’individualisme, le gaspillage des ressources naturelles, les crises sociales et environnementales, le bocage de #NotreDamedesLandes doit rester une terre d’inspiration et d’espoir #NDDL».

Les zadistes considèrent que leur mode d’action a porté ces fruits et doit servir de leçon. «Comme quoi, malgré les postures et autoritaires et les belles certitudes de certains, il ne faut jamais se résigner: la lutte paie #NDDL». Selon Philippe Subra, professeur à l’Institut français de géopolitique, «les questions de défense des terres agricoles ont pris un poids qu’elles n’avaient pas jusqu’à présent #28min #NDDL».

Reste maintenant à payer l’addition. Ce ne sont pas les zadistes qui vont le faire et le chèque que les contribuables s’apprêtent à signer à Vinci, pour dédommager le groupe après l’abandon du projet, inquiète Twitter. On imagine bien qu’«une discussion sera menée avec le concessionnaire, avec le souci de respecter le droit et de préserver les intérêts de l’État @EPhilippePM #LE20H #NDD ». Le souvenir des portiques de l’écotaxe et ses quelques 800 millions d’euros partis en fumée est encore frais et certains doutent de la capacité de l’Etat à réduire la note finale. «Vinci va toucher des centaines de millions d’euros de dédommagement concernant #NDDL. Eurovia, filiale de Vinci, pourrait récupérer le marché du changement des panneaux 80, augmentation des tarifs autoroutiers. Bref #Vinci est le grand gagnant des dernières semaines».

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