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En Nouvelle-Zélande, les images de manchots morts attrapés dans les filets de pêche pourraient être censurées

Repéré par Léa Polverini, mis à jour le 18.01.2018 à 10 h 17

Repéré sur The Guardian

Les industriels réclament un amendement à la loi sur la pêche du pays, pour que les images tournées sur les chalutiers par les caméras du gouvernement demeurent confidentielles.

Un manchot pygmée sur la plage de Mount Maunganui, à Tauranga, Nouvelle-Zélande, le 8 décembre 2011 | Marty Melville / AFP

Un manchot pygmée sur la plage de Mount Maunganui, à Tauranga, Nouvelle-Zélande, le 8 décembre 2011 | Marty Melville / AFP

On estime les «captures accessoires» –ou, plus crument, les dommages collatéraux–, à 0,2 kilogramme pour chaque kilo pêché d'un animal visé par un chalutier. Cela signifie que dans les filets d'un bateau censé pêcher le hareng peuvent potentiellement se retrouver piégés des manchots, lions de mer, dauphins ou phoques –autant d'animaux protégés ou en danger.

Seulement 25% des chalutiers néozélandais exerçant la pêche en eaux profondes –qui compte pour 80% des prises annuelles– sont pourvus de caméras installées par le gouvernement afin de contrôler ces prises accidentelles et le rejet illégal de poissons.

Aussi maigre que soit le nombre de bateaux concernés par cette mesure, elle déplaît fortement à cinq des leaders de l'industrie de la pêche, qui ont envoyé une lettre au ministère des Industries primaires pour se plaindre de la diffusion des images ainsi récoltées.

Le manchot mort fait mauvais genre à la télé

Avançant l'argument selon lequel les enregistrements nuiraient à l'image propre des poissonneries et de la Nouvelle-Zélande, elles réclament un amendement au Fisheries Act, qui interdirait la communication publique des vidéos prises à bord.

Les demandes, s'appuyant sur la liberté d'information, sont fréquemment employées par les médias, les groupes de campagnes et les partis d'opposition, rapporte The Guardian.

Les industriels de la pêche y opposent le droit à la vie privée de leurs employés et la protection de secrets commerciaux.

«Ce qu'ils disent [les industriels de la pêche], c'est qu'attraper des manchots en danger, jeter à la mer des filets entiers de poissons par-dessus bord et tuer des dauphins d'Hector fait vraiment mauvais genre à la télé. Eh bien, la solution est d'arrêter de le faire, pas de cacher l'évidence. Il est difficile de penser à une activité plus nuisible à la crédibilité que celle d'essayer de changer la loi pour que le reste d'entre nous ne soit pas capable de voir ce qu'il se passe réellement là-bas», a déclaré Kevin Hague, le chef exécutif de Forest & Bird, une organisation environnementale néozélandaise de lutte pour la préservation des plantes et des animaux.

Une transparence qui laisse à désirer

Stuart Anderson, le directeur de la branche concernant l'industrie poissonnière du ministère des Industries primaires, a déclaré qu'aucune décision n'avait encore été prise concernant la diffusion d'images enregistrées sur les bateaux:

«Il y a beaucoup d'éléments à prendre en considération, avec prudence, en équilibrant les responsabilités relatives à la transparence et à l'intérêt public, tout en protégeant la vie privée et autres informations sensibles.»

On ne dispose pas de données concernant le nombre d'animaux dont la pêche est proscrite et qui meurent dans les filets des chalutiers, mais des scientifiques et organisations environnementales considèrent l'industrie du poisson comme première responsable du déclin des populations de certaines espèces, comme les lions de mer et les manchots antipodes.

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