Nucléaire: la guerre secrète entre Israël et l'Iran
Pour retarder le programme nucléaire iranien, Israël mène depuis des années une guerre de l'ombre pour éliminer les savants iraniens.
- Vue par satellite de l'emplacement de l'usine secrète iranienne d'enrichissement d'uranium près de Qom Reuters -
Deux savants iraniens parmi les plus importants impliqués dans le programme nucléaire du pays ont été victimes lundi 29 novembre de deux attentats séparés dans les rues de Téhéran. Majid Shahriari, fondateur de la Société nucléaire d'Iran qui dirigeait un projet lié à la conception du coeur d'un réacteur nucléaire, a été tué et Fereydoon Abbasi, physicien spécialiste des lasers, a été blessé. Ce n'est pas la première fois que des scientifiques iraniens liés au programme nucléaire sont des cibles d'attentats. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a immédiatement accusé «le régime sioniste et les pays occidentaux» d'être derrière les attaques. La guerre secrète contre le programme nucléaire iranien fait rage depuis des mois et s'est aussi traduite dernièrement par l'utilisation du virus informatique Stuxnet. Nous republions un article de notre correspondant en Israël sur le conflit de l'ombre implacable entre le mossad et le régime iranien.
Le Mossad n'a pas pour habitude de claironner le résultat de ses missions. Mais il semble bien que le mode opératoire de l'assassinat du professeur Massoud Mohammadi, savant éminent, professeur de physique nucléaire à l'Université de Téhéran, soit de facture israélienne. Il n'y a pas de confirmation que le Mossad soit directement impliqué. Jusqu'à présent ses agents ont eu beaucoup de mal à s'infiltrer à l'intérieur du pays. Ces lacunes ont d'ailleurs été relevées par les chefs des renseignements eux-mêmes qui répugnent à mêler la communauté juive à ses opérations afin éviter une nouvelle affaire Lavon en Egypte ou Pollard aux Etats-Unis. Mais il est fort probable que les israéliens aient cependant inspiré la main des exécutants qui ont agit en sous-traitants et trouvent un intérêt dans cette coopération avec Israël.
L'Administration Bush s'était appuyée sur «des documents techniques», à l'origine douteuse, comme preuves de la volonté du régime iranien de se doter de l'arme nucléaire. Les services secrets allemands ont identifié la source de ces documents comme étant le MEK Mujahideen el Khalq (MEK), les moudjahidines du peuple, bras armé du Conseil National de la Résistance en Iran. Ces deux organisations, inscrites sur la liste des organisations terroristes du Département d'Etat américain, collaborent paradoxalement avec le Pentagone et la CIA (Agence centrale de renseignement). Le MEK tente depuis deux ans de se faire radier de la liste des organisations terroristes pour bénéficier d'une aide américaine et d'une liberté de circulation aux Etats-Unis. Il a donc recherché les bonnes grâces des dirigeants américains par une action d'éclat dont l'occasion lui a été donnée par le Mossad qui semble être le vrai instigateur de la fourniture «des documents techniques».
Les services secrets américains, comme l'a confirmé Gareth Porter, historien américain spécialiste des problèmes de sécurité, ont découvert et prouvé que ces documents avaient été fournis par un iranien, travaillant sur le programme nucléaire, qui les aurait remis à des agents secrets occidentaux lors d'un voyage en Turquie ou à Chypre, à quelques encablures d'Israël. Le MEK, à la recherche d'un diplôme pro-occidental, aurait donc accepté dans le cadre de l'échange de bons procédés d'aider le Mossad à s'implanter et à agir en Iran grâce à ses réseaux et à ses nombreuses cellules dormantes. Il était déjà à l'origine de nombreux attentats terroristes dont certains n'avaient pas été relayés par les médias et il avait fourni à France 3 une vidéo relatant ce qui semble être un accident nucléaire près d'une centrale. Israël s'est ainsi résigné à collaborer avec une opposition redoutable sous l'argument qu'elle est la seule organisation à prôner la destruction totale du régime des mollahs par les armes. Toutes les autres oppositions intérieures se bornent à réclamer un partage des pouvoirs et plus de démocratie sans remettre en cause les fondements islamiques du régime.
Israël, très inquiet de l'état d'avancement du programme nucléaire de l'Iran, n'a pas encore reçu le feu vert des Etats-Unis pour lancer une opération militaire afin de détruire ou de réduire les capacités nucléaires iraniennes. Il a donc confié au Mossad la mission d'en retarder l'évolution par des actions violentes dissuasives. La technique de l'engin piégé, fixé à une motocyclette, commandé à distance est suffisamment élaborée pour nécessiter une intervention de haut niveau d'expertise qui n'est pas à la portée de tout vulgaire terroriste. Le professeur Massoud Mohammadi n'est pas le premier savant atomiste à disparaitre dans des circonstances mystérieuses puisqu'un autre expert, Sharam Amiri, a disparu après un voyage à la Mecque. Il semblerait qu'il ait déserté et qu'il vit actuellement quelque part en Occident. D'autres insinuent qu'il a été mis hors d'état de nuire par les israéliens.
Cette volonté de s'en prendre aux acteurs du programme nucléaire n'est pas nouvelle. Le Mossad a toujours prévenu les savants scientifiques impliqués dans ces travaux spéciaux au moyen de lettres personnelles précisant ses intentions. Il passe ensuite à l'action lorsque l'avertissement n'a pas été suivi d'effet. Le Département d'Etat américain a confirmé l'assassinat de plus de 350 savants atomistes et professeurs d'université irakiens qui étaient mêles dans le projet Osirak réalisé conjointement avec les experts français. Dans cette affaire, à l'instar du MEK, le Mossad s'était servi de sous-traitants kurdes qu'il avait formés dans le but de renverser de l'intérieur le gouvernement irakien. Il n'avait pas hésité non plus à agir en Europe puisque la police belge disposait en effet de preuves impliquant directement le Mossad dans l'assassinat de l'ingénieur canadien Gérard Bull qui travaillait avec les irakiens dans le projet Babylone de super canon. Ce canon braqué sur Tel-Aviv depuis les monts Jabal Makhal devait être capable d'envoyer des projectiles de 10 tonnes à plus de 1.000 kms.
Paris fut aussi le lieu de cette guerre des services secrets et certains médias n'ont pas hésité à impliquer la chef de l'opposition actuelle Tsipi Livni, une ancienne du Mossad, pour son rôle direct dans cette mission. Le savant atomiste irakien Yahya el-Meshad avait été égorgé dans la nuit du 14 juin 1980 à l'hôtel Méridien, à Paris, victime d'une prostituée française payée par le Mossad. Très rapidement identifiée par la DST, elle ne se présenta jamais au Quai des Orfèvres pour interrogatoire car les israéliens l'avaient empêché définitivement de parler.
Ces procédures d'élimination entrent dans le cadre d'une procédure spéciale «démocratique» dont la décision n'est pas du ressort du Mossad, pur exécutant sans initiative. Les dirigeants politiques israéliens sont les seuls à orchestrer le programme de leurs services secrets pour éviter tout débordement et toute action contraire à la stratégie du gouvernement. Une commission secrète, dirigée par le premier ministre et composée des patrons des services secrets, de militaires, et de fonctionnaires du ministère de la justice faisant fonction d'avocats pour la cible, ordonne ou non l'exécution. Ce fut le cas pour le meilleur scientifique iranien, Ardeshir Hassanpour, qui aurait été éliminé en 2007 dans le cadre de la campagne menée contre Téhéran pour empêcher les mollahs d'avoir les moyens de détruire Israël. Il travaillait dans l'usine de conversion d'uranium à Ispahan.
L'assassinat du professeur Massoud Mohammadi va raviver la guerre des services secrets. L'Iran sera-t-il en état de s'opposer à l'élimination de ses meilleurs experts nucléaires? Les israéliens ont pris le parti depuis plusieurs années d'agir contre ceux qui développent l'armement nucléaire de l'Iran destiné à les rayer de la carte selon les propres propos d'Ahmadinejad. Il est difficile de savoir de combien ses actions ont retardé le programme nucléaire de la République Islamique et si elles sont de nature à empêcher un bombardement par l'aviation israélienne des installations iraniennes.
Jacques Benillouche
LIRE EGALEMENT SUR LE PROGRAMME NUCLEAIRE IRANIEN: Les risques d'une attaque israélienne contre l'Iran, Pourquoi Israël attaquera l'Iran et L'Iran, le doigt sur la détente.
Image de Une: Vue par satellite de l'emplacement de l'usine secrète iranienne d'enrichissement d'uranium près de Qom Reuters
Mis à jour le 30/11/2010 à 10h13













































Jamais je n'aurais pensé qu'un jour il me serait donné de lire, noir sur blanc, des horreurs pareilles attribuées sans la moindre hésitation à un service officiel israëlien.
On comprend dans ces conditions que "l'Iran, (a) le doigt sur la détente". On l'aurait à moins !
Mais c'est vous aussi, monsieur Benillouche, qui me posez un problème.
Où vous situez-vous dans cette histoire de meurtres des savants iraniens par le Mossad ?
Approuvez-vous ? Désapprouvez-vous ? Mystère !
Quelle partie jouez-vous en révélant ainsi les dessous sordides des services secrets de votre pays ?
Je ne comprends pas. Mais ne suis-je pas la naïve du site ?
Qu'est-ce que cela change ce que pense Mr Benillouche ?
Le journaliste est (doit-être) par définition objectif, se contentant de rapporter des faits. Ses convictions ou positions ne devraient pas entrer en ligne de compte.
Finalement qu'est-ce qui vous pose problème, l'article de Mr Benillouche ou bien les crimes du mossad ?
Jamais je n'aurais pensé qu'un jour il me serait donné de lire, noir sur blanc, des horreurs pareilles attribuées sans la moindre hésitation à un service officiel israëlien.
On comprend dans ces conditions que "l'Iran, (a) le doigt sur la détente". On l'aurait à moins !
Mais c'est vous aussi, monsieur Benillouche, qui me posez un problème.
Où vous situez-vous dans cette histoire de meurtres des savants iraniens par le Mossad ?
Approuvez-vous ? Désapprouvez-vous ? Mystère !
Quelle partie jouez-vous en révélant ainsi les dessous sordides des services secrets de votre pays ?
Je ne comprends pas. Mais ne suis-je pas la naïve du site ?
Si la moitié de ce que vous écrivez est vrai, la réalité dépasse déjà la fiction (on oublie souvent qu'Israël est un pays en état de guerre permanent...).
Bon, j'vous en veut de ne pas avoir répondu à ma réaction dans l'article sur les boursiers, mais en tout cas, merci pour ce mini-roman d'espionnage :)
je n'aurai qu'une chose à dire : contre un pays qui développe une arme aussi puissante qu'une bombe nucléaire, et dont le président affirme haut et fort vouloir rayer tel pays de la carte, alors ce pays a moralement tous les droits (assassinats de scientifiques impliqués, enlèvements, etc.) pour mettre des bâtons dans les roues de son ennemi.
Et le fait que le MOSSAD les prévienne par courrier auparavant est un geste à remarquer !
argumentation inacceptable! Israël n' a pas un statut particulier qui l'autorise à ignorer systématiquement les résolutions des Nations Unies, à utiliser des armes prohibées (bombes à fragmentation ou au phosphore) contre les Palestiniens ou à assassiner des scientifiques qui leur posent problème!
Cher Madame Arnaud,
Mon rôle est de fournir des informations aux lecteurs, de préférence à l’état brut. Les rapporter est le rôle d’un journaliste, les dissimuler serait à mon avis une erreur sinon une faute.
Suis-je un problème pour vous parce que je vous informe ? Vous serez naïve seulement si vous croyez que ces « horreurs » n’existent que dans les services secrets israéliens. Même la France a connu cela, en pire parfois, mais les informations ne sont pas parvenues jusqu’à vous.
J’ai comme principe de considérer les lecteurs comme des gens intelligents capables de juger par eux-mêmes les éléments qui leur sont communiqués. Il ne m’appartient pas de les guider dans leurs réactions ni de dévoiler mon sentiment qui n’intéresse personne. Je n’ai ni à approuver ni à désapprouver ces meurtres en tant que journaliste mais en tant que démocrate, je respecte les décisions de tout gouvernement, élu légalement, ayant reçu mandat du peuple. Cependant je ne souhaite pas être à la place des dirigeants qui doivent décider des armes à utiliser contre ceux qui prônent leur destruction.
Croyez-vous que mon opinion serait susceptible de faire avancer un quelconque débat et qui suis-je pour la donner et pour guider le lecteur vers la « bonne voie » ?
Je fais mon métier avec passion et j’informe en ne jouant aucun jeu. J’ai la chance de vivre dans un pays démocratique qui permet aux journalistes d’écrire et d’informer en toute liberté même si certaines vérités peuvent troubler les lecteurs ou le gouvernement. Mais il n’y a pas de machiavélisme dans ma démarche. Aucune autre main que la mienne ne guide mon stylo ou plutôt mon clavier, aucun révolver n’est pointé sur ma tempe.
La liberté de la presse est un fait précieux en Israël et personne ne prendrait le risque d’attenter à cette avancée. Cette liberté n’est pas un vain mot puisqu’on m’a demandé d’intervenir en tant que journaliste, régulièrement deux fois par semaine en direct, au journal télévisé en langue française diffusé en Israël, en France et dans le monde à travers le câble.
Ce 14 janvier, au journal de 20h, j’ai abordé le problème du Mossad dans les mêmes termes et avec la même dialectique que dans mon article. Le standard téléphonique n’a pas explosé et nul n’a proposé de me soumettre à un peloton d’exécution pour trahison. Grâce à la culture anglo-saxonne qui règne ici, on estime normal de diffuser toute information en possession des journalistes même si elle peut éventuellement gêner le gouvernement. Trois ministres sont aujourd'hui en prison car certains journalistes ont osé dénoncer leurs dérives. Les israéliens veulent tout savoir pour mieux comprendre afin de mieux voter la fois d’après.
Mon intention n'était nullement de vous froisser, ni de mettre en doute vos qualités de journaliste, et si je l'ai fait je vous demande de m'en excuser.
Je n'ai pas fait d'études de sciences politiques, ni de géopolitique et je ne suis pas philosophe, c'est pourquoi je suis toujours plus à l'aise quand je lis un journal d'opinion, quelle qu'elle soit, mais qui me permet de me situer, plutôt que lorsque je lis des "informations (...) à l'état brut".
Disons les choses autrement : ce n'est pas vous, monsieur Benillouche, qui me posez un problème, mais Israël.
Je ne peux arracher de mon esprit que l'état d'Israël n'est pas un pays comme un autre. Il a été imposé dans cette région par l'ONU au lendemain de procès de Nuremberg. C'était la compensation de la Shoah accordée par la mauvaise conscience de l'Occident, mais jamais acceptée par les peuples de la région.
Mais, si plus de soixante ans après on en est arrivé à "une guerre nucléaire secrète" ou pas, entre Israël et l'Iran - qui peut mettre, un jour ou l'autre, toute la région à feu et à sang - et si Israël est, ainsi que vous le dites, un pays démocratique de culture anglo-saxonne,
c'est-à-dire un pays comme un autre, ne se comportant ni mieux, ni différemment des autres, on peut commencer à se poser la question de la pertinence et même de la légitimité de la décision de l'ONU de 1947, alors que, cependant, sa légalité ne peut pas être mise en cause.
Madame Arnaud,
mon accusation de naiveté n'est pas agressive mais simplement la qualification de votre approche d'une face cachée des relations internationales voire économiques inter-états.
depuis que la puissance publique existe soit plusieurs milliers d'années avant JC, les "espions" existent. En résumé, ils ont toujours été chargés d'être les yeux des dirigeants là où ils n'ont pas le droit ou la possibilité de se trouver ou, d'être leur discret bras armé.
l'histoire fourmille de faits avérés de ces hommes et femmes de l'ombre, d'informations précieuses volées opportunément ou d'assassinats marquants sinon prouvés, au moins consensuels quant à leurs auteurs et commanditaires.
de même, la littérature romancée ou près de nous le cinéma proposent une offre extraordinairement riche et l'emblématique James Bond, si tombeur de belles femmes qu'il est n'en est pas moins un assassin mandaté par sa très gracieuse Majesté.
qu'aujourd'hui vous vous choquiez qu'un pays en guerre et sous menace d'être éradiqué par une puissance voisine emploi ce type de méthodes est, oui je le redis, naif.
l'action physique des services secrets du monde entier est un moyen de guerre non déclarée et non officielle car il est beaucoup plus économique en vies d'aller tuer quelques personnes pour montrer à l'autre qu'on ne se laisse pas intimider qu'entrer directement dans un processus guerrier officiel. Beaucoup plus commode aussi car cela évite de passer par la case opinion publique et réactions politiques internationales.
je sais, tout ceci est d'un cynisme absolu mais c'est une réalité quotidienne et la plupart des nations emploient ce type de personnes et organisent leurs actions au plus hauts degré des états.
tout récement (voir le billet sur Slate), la Chine "aurait" réussit à casser les codes d'accès de Google pour y espionner ses opposants internes, sans doute pour les féliciter de leur action et leur proposer de longs séjours de vacances dans de sympathiques camps. Ce n'est pas le premier fait d'arme de cette cyber armée.
depuis quelques années déjà, les experts pensent que les Chinois entretiennent une véritable cyber armée prête à porter via les réseau des attaques destinées à paralyser l'ennemi ou plus simplement, à faire tomber son économie, son énergie, ses réseaux de communication ou que sais-je encore, je ne suis pas expert.
toutes les grandes nations ont d'ailleurs mis en oeuvre des cyber armées, soit pour protéger ce qui doit l'être en cas de conflit pour ne pas être paralysé, soit pour porter des attaques électroniques sur le territoire ennemi ou ses intérêts vitaux.
espionnage, recueil d'informations, surveillance via satellites, meurtres ciblés ... tout ceci fait partie de la guerre "de l'ombre" que se livre les états au quotidien sur notre belle planète.
vous serez d'accord ou pas, horrifiée, choquée, scandalisée mais une chose est sûre, personne ne le dénonce ni ne le remet en cause, les budgets sont noyés dans d'autres et allègrement votés chaque années, les gouvernements de gauche comme de droite en ont besoin.
maintenant, je pense qu'il faudrait très certainement féliciter Jacques BENILLOUCHE de nous avoir informé des actions du Mossad car je pense que c'est l'addition de ces billets, enquêtes et reportages qui demain, poussera peut être nos dirigeants à modérer l'emploi des services action ou en tous cas, à réfléchir plus avant dans l'emploi qu'ils en ont. Je suis peut être naif moi aussi ...
Cordialement
Je vous remercie pour ce long et très intéressant commentaire.
Je n'ai nullement considéré que vous ayez fait allusion à ma naïveté était une accusation et encore moins qu'elle était agressive. Je l'ai plutôt pris comme le constat d'un fait qui est apparu depuis longtemps aux yeux de tous sur ce site
Si vous lisez ma réponse à monsieur Benillouche peut-être comprendrez-vous la nature des questions que je commence à me poser à la veille de ce conflit nucléaire qu'on semble vouloir nous préparer.
Une de celles-ci, certainement très naïve aussi, étant : n'aurait-il pas fallu, au lendemain de la guerre, installer Israël en plein milieu de l'Allemagne - la Shoah c'était l'Allemagne qui en était la principale responsable - plutôt qu'en Palestine d'où il avait disparu depuis 1 878 ans, d'après monsieur Attali ?
Mais si je suis votre raisonnement sur "l'action des services secrets économiques en vies", monsieur Benillouche a joué un sale tour au Mossad et à Israël compte tenu de toutes ces vies qui, à l'avenir, ne seront plus "économisées".
Très cordialement.
En tant que journaliste vous exposez des faits. Sauf que votre deuxième phrase est : Mais il semble bien que le mode opératoire de l'assassinat du professeur … soit de facture israélienne.
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Il semble … donc ce n'est pas certain donc ce n'est pas un fait, juste une opinion.
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Je vous fais donc part de mon opinion, qui n'est étayée par aucun fait (faits auxquels ne j'ai pas accès), mais inspirée par votre : il semble !
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J'aurais aimé savoir à qui profite le crime ? Hypothèse ! Et si l'exécution de cet homme avait été ordonnée par le pouvoir iranien lui-même ? Qui nous dit que cet homme n'était pas un sympathisant des opposants actuels au régime ? Qui nous dit que l'éliminer ne serait pas un rappel à l'ordre destiné à quiconque aurait des velléités d'opposition au sein du développement du programme nucléaire ?
Avons-nous la certitude que tous ces savants soient tous volontaires ? Face à la crise actuelle que connait le pouvoir iranien, n'est-il pas envisageable d'éliminer un homme – dont on ne sait pas s'il était un sympathisant ou non des opposants actuels – et faire porter la responsabilité à l'étranger ? Cela n'a-t-il jamais été fait, nulle part ? Et ainsi faire d'une pierre plusieurs coups : se poser en victime d'Israël, souder une partie du peuple derrière lui, occuper les esprits par un artifice, etc.… De plus, vous mentionnez qu'un savant atomisme a disparu et vivrait en Occident. Ne serait-pas pour Israël plus simple, plus discret et surtout plus rentable d'exfiltrer ces savants iraniens.
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J'aurais donc apprécié une analyse qui offre une approche plus vaste du sujet au lieu d'une approche, à mon sens, univoque.
Bonjour mr Benillouche,
Une recherche rapide sur le web tempère les propos fréquemment retrouvés dans la presse tels que "Mais il semble bien que le mode opératoire de l'assassinat du professeur Massoud Mohammadi, savant éminent, professeur de physique nucléaire à l'Université de Téhéran, soit de facture israélienne."
En effet, mr Mohammadi n'est pas un spécialiste en "physique nucléaire" mais en "physique théorique". Voir sa liste de publication à l'adresse : http://physics.ut.ac.ir/~alimohmd/publics.htm
La "physique nucléaire" est une science à part entière qui n'a nul besoin de connaissances dans le domaine de la théorie des cordes, des équations de Klein-Gordon qui sont deux exemples de thème classique en "physique théorique", et réciproquement.
Ceci dit, un chercheur tel que Mr Mohammadi avec son bagage intellectuel et son réseau au sein de la communauté scientifique irannienne peut très bien faire parti de commissions pouvant conseiller *avec des chercheurs en "physique nucléaire"* le gouvernement iranien ; ce type de poste est classique (cf. Feynman aux USA par exemple ou, en France, un mathématicien tel que Lions, père ou fils). Donc, soyez certains qu'un fin connaisseur des équations de Klein-Gordon comme Mr. Mohammadi pourra ne rien connaître en métallurgie du plutonium ou en physique de l'enrichissement qui sont deux exemples très particuliers de la "physique nucléaire".
Bref, je pense qu'il serait utile de rappeler aux lecteurs ces éléments sans pour autant négliger la possibilité que Mr Mohammadi intervienne dans des instances décisionnaires liées au programme nucléaire iranien civil (ou militaire ?). Utile car dès lors que ce point est identifié, on comprendra que la disparition d'un chercheur en "physique théorique" ne peut réduire les compétences en physique nucléaire de l'Iran ; mais utile aussi car l'hypothèse qu'Israël n'ait rien à voir avec l'assassinat de Mr Mohammadi peut être tout à fait crédible contrairement à ce que peut laisser penser le titre de votre article et, en fait, une grande partie des articles liés à la disparition de Mr Mohammadi.
Bien cordialement.
En complément à cet article et pour étayer la thèse qui a été présentée, un article d’Al-Ahram a été publié au Caire le vendredi 15 janvier avec le titre révélateur : « Le directeur du Mossad est le superman d’Israël ». Cet article est d’autant plus étonnant qu’il vient d’un pays qui n’est pas spécialement tendre avec Israël.
Ce journal gouvernemental est considéré comme le porte-parole de l’Egypte et ses articles, très contrôlés, sont soumis à la censure du Ministère de l’Information. Le journaliste Ashraf Abou Al-Hul précise que sans Meïr Dagan, le directeur de l’agence de renseignements israélienne, « l’Iran aurait la bombe atomique depuis des années. Depuis huit ans, au-delà des déclarations fracassantes et triomphalistes des responsables de Téhéran, le programme nucléaire est en réalité freiné grâce à l’action discrète de cet homme, le Superman israélien qui n’a jamais fait état de ses succès.»
Le gouvernement égyptien a certainement inspiré sinon autorisé cet article en raison de sa crainte de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Les réussites des opérations secrètes du Mossad le confortent dans son espérance de voir Israël contrecarrer les ambitions d’Ahmadinejad.
À qui profite le crime ?
Bien loin du sujet d’un roman policier d’Agatha Christie, c’est pourtant la question-clef à propos de l’assassinat du professeur Massoud Ali Mohammadi, le 12 janvier dernier à 7h30, devant son domicile dans la banlieue de Téhéran.
Dans un premier temps, l’AFP s’est empressée de relayer les allégations du gouvernement iranien : « Les médias iraniens ont immédiatement accusé des "contre-révolutionnaires" et Israël d'être à l'origine de cet attentat.
Citant des "responsables bien informés", la chaîne de télévision officielle en arabe Al-Alam a estimé que, "compte tenu du type de l'explosion, l'attentat pourrait avoir été commis par les +hypocrites+ (les Moudjahidine du peuple, ndlr) ou avoir été planifié par le régime sioniste", à savoir Israël. »
Mais si Israël cherche à ralentir le programme nucléaire iranien, qu’il juge menaçant et à orientation militaire, dans ce cas pourquoi aurait-il choisi un professeur, plus connu pour ses recherches en physique et ses publications, plutôt qu’un ingénieur activement impliqué dans le programme nucléaire iranien ?
Contrairement aux agences de renseignement occidentales, pour lesquelles il ne représente aucun intérêt primordial, il existe en revanche plusieurs raisons pour lesquelles Massoud Ali Mohammadi pourrait avoir été choisi pour cible par le régime des mollahs.
Hypothèse d’autant plus plausible depuis que l’équipe au pouvoir menée par le tandem Khamenei – Ahmadinejad craint que le vent de la révolte verte ne les renverse s’ils ne frappaient pas un grand coup pour reprendre le contrôle.
Le profil de Massoud Ali Mohammadi convenait parfaitement à leurs desseins. En commanditant son assassinat, ils se débarrassaient d’un homme qui avait manifesté son soutien en faveur de l’opposant Mousavi, tout en désignant les « Satans » comme les organisateurs de l’attentat. Cela leur permettait de :
1- pointer un doigt accusateur vers les Occidentaux au moment où ceux-ci cherchent péniblement le moyen de mettre en place des sanctions contre le régime au pouvoir à Téhéran ;
2- reprendre la main sur la « révolution verte » qui agite le pays et met à mal le pouvoir de Khamenei et Ahmadinejad ;
3- avoir un prétexte pour relancer la répression contre les manifestations, tout en paralysant l’opposition.
Le pouvoir en place à Téhéran jouerait ainsi sur les deux tableaux : briser la révolte à l’intérieur, tout en faisant porter la responsabilité de la situation à l’extérieur.
Hossein Mousavi s’est vu proposer par le pouvoir en place d’être officiellement intégré dans l’arène politique comme leader d’une opposition non-violente, renonçant à remettre en cause la légitimité du régime islamique.
Une stratégie du régime qui tendrait à l’emporter dans une première manche : le changement de cap du « candidat malchanceux » à l’élection présidentielle semble en effet aller, pour l’heure, dans le sens de ce compromis.
Après avoir accusé le « régime tyrannique » d’être à l’origine de la campagne visant à « éliminer l’élite intellectuelle qui soutenait le mouvement réformiste », Mousavi déclarait dimanche 17 janvier que le professeur Massoud Ali Mohammadi avait été victime des « ennemis de l’Iran », acceptant à présent d’accuser implicitement les Etats-Unis et Israël :
"Le douloureux martyre de Massoud Ali Mohammadi, physicien et universitaire renommé auprès de l’Université de Téhéran, montre la dure réalité selon laquelle les ennemis de l’Iran sont prêts à profiter de la situation critique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, afin de poursuivre leur propres intérêts."
"Cet acte criminel fait partie d’un vaste plan qui nous oblige tous, toutes tendances politiques confondues, à nous efforcer d’en découvrir les autres aspects."
Reste à savoir si Mousavi transformera l’essai : acceptera-t-il de jouer le rôle du leader d’une opposition non-violente et se fondre dans le paysage politique iranien en donnant son aval aux élections qui ont consolidé le pouvoir islamique ? Ou bien prendra-t-il le risque d’une nouvelle campagne de répression sanglante que le pouvoir justifierait par un prétendu « soutien de l’opposition à des puissances étrangères hostiles aux droits inaliénables des Iraniens à l’accession au nucléaire » ?
Si Mousavi donnait suite à ce qui équivaudrait à une soumission au pouvoir dirigé par Khamenei et Ahmadinejad, cette manœuvre leur permettrait de museler leur opposant le plus populaire, briser le mouvement vert, porter des accusations contre les Américains et les Israéliens.
Dans une démocratie, l’opposition aurait déjà vigoureusement réagi en dénonçant une tentative de verrouillage par de pareils procédés d’intimidation. Mais s’agissant d’une dictature, l’assassinat politique fait partie de l’arsenal terrifiant des pressions pour obtenir des compromis…
Un tel retournement de situation serait tragique, car il laisserait les mains libres au « guide suprême » pour exercer sa tyrannie sans contrepartie dans un contexte où l’Amérique d’Obama, en proie à d’autres préoccupations, veut ménager la Chine opposée à des sanctions au Conseil de sécurité et pourrait céder à un marchandage sur le nucléaire iranien. Cela aurait pour autre conséquence d’achever de saper l’espoir d’un renversement de la dictature des mollahs de l’intérieur par le « mouvement vert ».
Une piètre Realpolitik, au moment même où s’ajoute la menace d’une nouvelle confrontation au Proche-orient : entraînés actuellement au maniement des missiles* en Syrie, le Hezbollah et le Hamas multiplient les provocations, armés et encouragés par le régime iranien persuadé d’avoir trouvé la faille lui permettant, une fois de plus, de se tirer d’un mauvais pas en toute impunité.
F.M.
* En violation de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, adoptée le 11 août suivant la seconde guerre du Liban en 2006, l’Iran a reconstitué l’arsenal de roquettes du Hezbollah. De son côté, le Hamas avait décidé de modifier sa stratégie et d’étoffer son arsenal, notamment de se doter de capacités de tir sol-air, avec des missiles destinés à combattre avions et hélicoptères.
http://www.janes.com/defence/news/jdw/jdw060807_1_n.shtml
L’information des autorités officielles sur l’attentat semble incomplète car il s’avère que la mort du professeur Shahriri risque de remettre en cause la lutte contre le virus Stuxnet qui était censée être terminée. En effet, en plus d’être expert du programme nucléaire iranien, il était chargé d’une mission de haut niveau sur les codes informatiques et sur la guerre cybernétique. Il avait en fait la responsabilité de détecter et de cerner les effets du virus.
Téhéran accuse les services de renseignements américains et le Mossad israélien d’être les instigateurs de cet attentat réalisé par deux équipes circulant à moto. Mais le mode opératoire est sujet à caution.
Les autorités précisent qu’il y a eu une explosion alors que les photos diffusées montrent un véhicule Peugeot criblé de balles. Ce détail morbide démontre l’audace des terroristes qui ne reculent devant aucun risque en se présentant au-devant de leurs victimes pour ne pas rater leur cible alors qu’il pouvait utiliser le déclenchement à distance d’une bombe. Cette variante dans la méthode opératoire dénote une évolution importante et une assurance nouvelle parmi les opposants au régime.
Cet attentant vient au lendemain de la divulgation des documents WikiLeaks dans lesquels le chef du Mossad, Meir Dagan, avait suggéré l’organisation d’opérations clandestines pour déstabiliser l’Iran. Le doigt est donc pointé sur celui qui est encore en service pour quelques jours encore avant son départ à la retraite et qui avait reçu de la part des égyptiens le sobriquet de « Superman de l’Etat juif ».