France

Et si la vie politique française ralentissait?

Temps de lecture : 4 min

2017 s’annonçait ennuyeuse: elle s’est révélée riche en surprises. Un président inconnu il y a trois ans élu. Le PS balayé, la droite marginalisée… Les choses sont allées très vite. Et si désormais, le rythme de la vie politique se calmait?

Slow down. |
Ludovic Marin / POOL / AFP
Slow down. | Ludovic Marin / POOL / AFP

2017 a été l’année de toutes les surprises. L’élection présidentielle a vu le candidat du Parti socialiste s’effondrer à 6%, celui de la droite parlementaire éliminé au premier tour et deux candidats s’imposer –l’un depuis le centre, l’autre depuis la gauche radicale– comme candidats de forces dynamiques et émergentes. Dans le même temps, le Front national enregistrait un nombre record de suffrages et voyait sa candidate contestée dans son aptitude à gouverner un jour le pays. Tout est allé si vite.

Flashback
Le régime politique de la Ve République était en crise. Emmanuel Macron, depuis son bureau de conseiller à l’Élysée puis de ministre de l’Économie et des Finances, avait saisi l’impasse dans laquelle se trouvaient les partis de gouvernement. Un temps, Jean-Christophe Cambadélis nourrit l’espoir qu’Emmanuel Macron lance un mouvemennt politique supplétif du PS au sein de la «Belle Alliance Populaire».

Las, le système partisan était trop vermoulu pour que le ministre ne voit pas l’extraordinaire fenêtre d’opportunité qui s’ouvrait devant lui. Le PS était plus fragile que jamais. Le cœur de son électorat était en passe de voler en éclats. L’imposante cohorte d’élus territoriaux ne lui garantissait plus que des succès locaux tandis que son éclatement en baronnies rivales devenait d’autant plus imminent que sa dénationalisation se confirmait.

À l’autre bout de la gauche, Jean-Luc Mélenchon entrevit également cette fenêtre d’opportunité et put concevoir une campagne électorale qui, développant le signifiant «Français» et «Insoumis», pourrait rassembler loin au-delà de son camp de 2012.

Tout allait aller très vite.

Deux quinquennat qui ébranlèrent la Ve République

2017 pourrait cependant avoir clos une séquence ouverte avec la crise de 2008 et de deux quinquennats de crise du régime révélée par des présidences perçues comme erratiques. Les livres de deux journalistes du Monde à propos de François Hollande ou d’un proche conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, achevèrent d’ôter à la fonction présidentielle sa qualité de clé de voûte du régime. De plus en plus indifférenciées, les politiques menées étaient de moins en moins légitimées par des responsables politiques précipités dans les limbes de l’immédiateté et d’une frénésie de débats secondaires, voire dangereux, comme ceux sur l’identité.

En quelques mois, dopée par les révélations du Canard enchaîné et des primaires marquées par un entre-soi sociologique paroxystique, la crise du bipartisme gagnait inexorablement. Le système partisan de la Ve République devait s’effondrer sur lui-même. Mis à terre et fracassé.

Plusieurs blocs électoraux devaient émerger au premier tour de l’élection présidentielle. Un quadrige partisan se substituait au traditionnel système bipartisan faisant alterner les héritiers de l’entente gaullistes-Indépendants d’un côté et le PS héritier du PS d’Épinay et ses alliés de l’autre.

La fermeture de la fenêtre d’opportunité: une restauration?

Seulement voilà: ces grandes manœuvres sont derrière nous. La fenêtre d’opportunité s’est refermée. Emmanuel Macron n’a pas bâti un parti centriste. Il semble en passe de conquérir la centralité. La crise de régime n’est pas terminée mais elle est figée. Quiconque s’avance sur ce terrain s’avance dans les «neiges de Russie» politiques qu’est devenu le contexte politique français et européen.

Ailleurs, en Europe, on assiste à une forme de ralentissement quand ce n’est pas de restauration des régimes politiques en place. En Espagne, Podemos semble condamné au surplace. Les fondamentaux du régime (axe gauche droite, centre/périphérie) ont été ravivés. Le mouvement de Pablo Iglesias est crédité de 16%. Le congrès de Vistalegre II a accéléré le plongeon dans une impasse et contribué à restaurer un régime pourtant fragilisé comme jamais après 2011. En Italie, on assiste à un retour de Berlusconi digne de L’automne du patriarche. Préemptant tous les sujets sociaux, le Cavaliere s’apprête à revenir, clopin-clopant, au Palais Chigi. La Seconde République revient en force alors que les populistes du M5S s’apprêtaient à partir à sa conquête. En Autriche, la mue de la conservatrice ÖVP s’est adjointe le FPÖ. Le régime, dopé par l’option danubienne de sa classe politique, semble avoir digéré le FPÖ.

Où en est-on?

Quadrige partisan et tripolarité dessinent le nouveau paysage politique français. Comme l'a montré Pierre Martin, l’un des meilleurs électoralistes français, professeur de science politique à Grenoble, Emmanuel Macron a réussi à rassembler un pôle centriste, libéral et optimiste quant à l’évolution globale de l’écononomie et de la société.

Le bloc de gauche obtient moins de 28%. Le PS est marginalisé tandis que la France Insoumise s’installe de façon spectaculaire dans notre vie politique, parvenant à attirer l’attention depuis les dix-septsièges à la gauche de l’hémicycle du Palais Bourbon.

À droite, FN incapable de gouverner et LR mis en péril à leur gauche et concurrencés sur leur droite par le parti des Le Pen, forment un bloc électoral droitier. Reste à ce pôle «conservateur identitaire », pour reprendre l'expression de Pierre Martin, à s’organiser.

Crise de régime figée ou restauration?

Les fondamentaux du régime de 1958 sont triomphalement réaffirmés: présidence «restaurée», parlementarisme non plus rationalisé mais relégué, élites techniciennes à l’apogée de leur pouvoir, logique issue de l’Acte Unique et Maastricht au cœur de l’action européenne. Les partis classiques, liquidés ou amoindris, tentent de survivre. Des mouvements aux contours flous leur ont succédé.

Cette stabilisation risque de durer. La crise de régime et une configuration électorale plastique ne pourrait voir de nouveau le jour que si une crise économique et financière survenait, ou si la crise politique en germe sur la question de l’euro se faisait jour.

En attendant, l’équilibre des forces garantit une certaine stabilité à la Ve République et, en particulier, à la présidence Macron. Pour un temps au moins, la crise de régime est terminée. Dès lors, les membres de ses oppositions n’ont plus qu’une question à se poser: que faire?

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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