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Donald Trump: génie ou folie?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 16.01.2018 à 17 h 11

Un livre et deux tweets relancent la polémique: le président des États-Unis est-il un malade mental?

Genius
Andrew Caballero-Reynolds / AFP

Genius Andrew Caballero-Reynolds / AFP

Tout, ou presque, a déjà été dit, écrit, commenté, sur Donald Trump, 71 ans, président des États-Unis depuis un an. Et beaucoup l’a été par l'intéressé lui-même, addict aux tweets assurant le succès planétaire de sa propre mise en scène. Cette étrange dynamique prend aujourd’hui une nouvelle dimension avec un ouvrage détonant, signé de Michael WolffFire and the Fury, Inside the Trump White House. Le livre relance le débat sur la potentielle psychopathologie du dirigeant de la première puissance mondiale –ainsi que ses possibles conséquences politiques et diplomatiques, si elle était avérée.

#DiagnoseTrump

Avant même l’élection américaine, la question fut publiquement soulevée: le candidat républicain souffrait-il ou non d’un trouble de nature psychiatrique? Au mois d’août 2016 la députée (démocrate) de Californie, Karen Bass, lance une pétition pour demander qu’une évaluation sur ce thème soit pratiquée, intitulée #DiagnoseTrump. Des professionnels de la psychiatrie avancent des termes comme «trouble de personnalité narcissique» et «sociopathe».

Cinquante Républicains ayant exercé d’importantes fonctions au sein de l’appareil de sécurité nationale de leur pays dénoncent alors l’ignorance et l’incompétence du candidat de leur propre parti et évoquent «l’instabilité de son caractère», son absence de discipline et de maîtrise de lui-même ou encore son incapacité à «tolérer les critiques personnelles».

«Donald Trump est-il carrément fou?»

Le Washington Post

«Donald Trump est-il carrément fou?» demande, explicitement, un chroniqueur du Washington Post. Fou ou pas, il est élu président des États-Unis. Pendant la campagne, son étrange médecin personnel (le Dr Harold Bornstein), avait assuré qu'il serait «l'individu en meilleure santé jamais élu à la présidence». Bon.

Un an plus tard la question de la «folie» du président des États-Unis demeure pleinement d’actualité. Elle n’a toujours pas trouvé de réponse claire –en dépit de l’accumulation de symptômes évocateurs et des multiples hypothèses qui continuent à être soulevées. Car comment porter un diagnostic indiscutable sans jamais examiner, cliniquement, le patient? Et comment l’examiner (sauf cas de force majeure) si ce même patient s’y refuse? Le 12 janvier dernier, Donald Trump, président le plus âgé jamais élu à la Maison-Blanche, a finalement accepté de passer une visite médicale. S'il n'avait aucune obligation de se soumettre à un bilan de santé, ni d'en communiquer les résultats, c'est cependant devenu une tradition à laquelle il s'est plié. Son poids, sa pression artérielle et son taux de cholestérol ont été examinés. Verdict: tout va bien. Mais aucun examen psychiatrique n'a été pratiqué... On ne sait toujours pas si Trump a un grain.

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«Débile», «semi-analphabète»...

Le livre de Wolff agite les esprits. Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine, a ainsi dû, le 5 janvier, monter en première ligne pour défendre l’aptitude mentale du président à gouverner le pays: «Je n’ai jamais remis en cause son aptitude mentale, je n’ai aucune raison de douter de son aptitude mentaleIl n’est pas comme les présidents d’avant", a-t-il déclaré lors d’une interview sur CNN. Il n'a par contre pas démenti pas avoir personnellement traité Trump, durant l’été 2017 (et en privé), de «débile».

Via de nombreux témoignages, souvent anonymes, Michael Wolff relate le malaise qui règne autour de l’exécutif américain. Selon lui, tout l’entourage de Donald Trump s’interrogerait sur sa capacité à gouverner. «Ils disent qu’il est comme un enfant. Ce qu’ils veulent dire, c’est qu’il a besoin d’être immédiatement satisfait. Tout tourne autour de lui, a précisé l’auteur dans une interview à NBC. Il est comme une boule de flipper, il part dans tous les sens.» Et de donner comme exemple le fait que le président répète les mêmes histoires «trois fois en dix minutes» –une tendance également observée dans ses interventions publiques.

«Trump ne lit pas, écrit encore Michael Wolff dans Fire and FuryMême pas en diagonale. Si c’est imprimé, ça pourrait aussi bien ne pas exister.» Certains de ses collaborateurs assurent qu’il est «post-lettré, totalement télévision», d’autres qu’il serait  «semi-analphabète»… Certes tout cela ne suffit toujours pas pour oser porter un diagnostic indiscutable. Et cela aurait pu en rester là. Mais c’était sans compter sur les vertiges de la mise en abyme.

Génie

C’est ainsi que l’on vient de voir le président des États-Unis répondre lui-même à la question que la toute planète se pose sur sa stabilté mentale. Et ce via deux tweets postés au petit matin du 6 janvier . Il y affirme modestement être, tout simplement, un «génie très équilibré».

 

 

Puis Donald Trump d’auto-célébrer peu après son parcours universitaire, ses succès répétés dans le monde des affaires et les compétences intellectuelles inhérentes à ces exploits. Cette autoglorification désinhibée et quelque peu vulgaire avait déjà été observée et développée il y a près de trente ans dans Trump par Trump, autobiographie atypique, entre l’hagiographie et le manuel de motivation. Son ghostwriter, Tony Schwartz a depuis changé son fusil d'épaule et décrit son commanditaire comme inculte, narcissique, mythomane, immature et mégalomane.

À noter aussi que l’on ne parle jamais, concernant Trump, d’un hypothétique sens de l’humour –ce qui ne manque pas, non plus d’inquiéter.

Alors, un diagnostic définitif? Les quelques psychiatres français que nous avons contactés s’y refusent. Moins par peur de se tromper que par souci de déontologie: ne pas évoquer le cas d’une personnalité publique sans l’avoir examinée et sans son consentement. Ce qui n’interdit nullement, dans les dîners en ville, d’évoquer le personnage principal de Docteur Folamour ou: comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe de Stanley Kubrick (1964).

 

 

Bande annonce de Docteur Folamour

Un demi-siècle plus tard tout s’est brutalement accéléré. Le président des États-Unis tweete et menace à tout-va, provoque du soir au matin et fait fi du langage diplomatique. Prolongeant cette dynamique il ose la mise en abyme psychiatrique et le voici qui réclame le titre de génie maîtrisant ses équilibres intérieurs. Sans même disposer de diagnostic certifié le concernant il y a là, très raisonnablement, de quoi avoir peur. 

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (813 articles)
Journaliste
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