Sports

En 2018, le monde du sport doit enfin bien se comporter

Temps de lecture : 5 min

En France et dans le monde, compétiteurs et institutions doivent faire le ménage et changer une image passablement écornée.

Contrôle anti-dopage au stade de biathlon de Hochfilzen en Autriche, le 8 février 2017, lors les championnats du monde de biathlon. |
Barbara Gindl / APA / AFP
Contrôle anti-dopage au stade de biathlon de Hochfilzen en Autriche, le 8 février 2017, lors les championnats du monde de biathlon. | Barbara Gindl / APA / AFP

Le rugby français a tout à craindre, ou à espérer, de l’année 2018. Au-delà des résultats du XV de France que Jacques Brunel, le nouveau sélectionneur fraîchement nommé, devra redresser dès le Tournoi des Six Nations, il lui faudra reconquérir une forme de légitimité. Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR), est lui aussi face à cette exigence de crédibilité. La procédure de licenciement de Guy Novès, l’ancien manager du XV de France, pour «faute grave», ne manquera pas de faire le miel de quelques avocats et d’alimenter la chronique. La justice dira surtout si dans l’affaire de conflits d’intérêts qui l’inquiète, Bernard Laporte est coupable ou non d’avoir usé de son pouvoir d’influence pour venir en aide au club de Montpellier et à son propriétaire, Mohed Altrad. À voir déjà si le parquet, qui a été saisi, décidera, ou non, d’ouvrir une enquête pénale contre Bernard Laporte. Sachant que si c’est le cas, la procédure durera des mois et continuera d’empoisonner une atmosphère déjà nauséabonde.

Jacques Brunel, nouveau sélectionneur du XV de France, au Stade Jean Bouin, à Paris, le 30 décembre 2017.
| Alain Jocard / AFP

Dans l’hypothèse où le patron de la FFR ferait in fine face à une décision défavorable le concernant, il n’aurait pas d’autre solution que de démissionner. Et s’il ne le faisait pas lui-même, ce qui ne paraît pas être son intention, il est vraisemblable que le ministère des Sports le forcerait à cette extrémité. Ledit ministère a lancé un nouveau projet global dans le but de transformer la gouvernance du sport français. Un comité de pilotage a été mis en place en novembre et un premier document a rappelé qu’Edouard Philippe avait notamment fixé pour objectif à Laura Flessel, ministre en charge de ces questions, de «recentrer l'action de l'État sur des missions essentielles de coordination, de réglementation et de contrôle, notamment éthique». À six ans des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, qui seront précédés de la Coupe du monde de rugby en 2023, la France sera observée avec attention sur ces questions de rigueur et de transparence.

Pro ou amateur, un impératif d'exemplarité

Dans le sport, où les règles sont essentielles parce qu’elles sont d’abord éducatives, l’exemplarité est un impératif, en France comme ailleurs. Elle est même devenue une obligation chaque jour plus nécessaire, et réclamée par la société d’aujourd’hui, plus informée et plus exigeante. Hélas, au-delà des clochemerles hexagonaux, 2017 a démontré, avec une étonnante gravité, combien cet objectif pouvait paraître lointain. Dans son prolongement, 2018 sera donc une année peuplée d’interrogations.

Comment sera-t-il possible, par exemple, d’apprécier certaines performances lors des prochains Jeux d’hiver de Pyeongchang en sachant que les derniers, à Sotchi, ont été en partie travestis par un dopage organisé par les Russes avec une facilité déconcertante? De quelle façon regarderons-nous cette année la Coupe du monde de football en Russie, dans ce climat de défiance à l’égard de Moscou qui a sciemment dupé le CIO il y a quatre ans? Chris Froome pourra-t-il viser sereinement un cinquième succès dans le Tour de France après avoir subi un contrôle antidopage «anormal» au salbutamol, médicament utilisé dans le traitement de l'asthme, lors du Tour d'Espagne qu'il a remporté en septembre dernier? Quelle sera l’issue des investigations des juges français, Claire Thépaut et Serge Tournaire, qui, selon Le Canard Enchaîné, enquêtent depuis l’été dernier sur le phénomène du dopage mécanique puisqu’ils soupçonneraient «un pacte de corruption scellé au plus haut niveau international», ayant «profité à de très grands coureurs»? Qu’allons-nous encore apprendre sur le CIO et sur l’affaire de l’attribution, entachée d’irrégularités, des Jeux de Rio et de Tokyo?

La liste des questions et des problèmes est longue et diverse et elle nous renvoie à une réalité qui imprègne, malheureusement, et peut-être de plus en plus, les rangs amateurs. Ainsi, en 2017, le dopage mécanique a fait une incursion avérée lors de courses régionales comme l’a démontré le cycliste confondu au début de l’automne lors d’une course à Saint-Michel-de-Double, en Dordogne. Quant aux manipulations des compétitions, elles ne sont plus seulement l’apanage des clubs ou des sportifs professionnels, mais elles semblent également toucher certains championnats secondaires de province.

Des institutions toujours impuissantes

En réalité, rien de vraiment neuf au cœur d’un univers sportif qui, malgré une volonté affichée et des progrès sensibles, tourne autour de ces dérives depuis très longtemps. Hélas, il est incapable de les repousser avec cette impression que tricherie et corruption ne cessent de prendre des visages différents dans la mondialisation mutante et face à des institutions encore trop impuissantes parce que justement trop inaptes à se repenser elles-mêmes en profondeur, surtout quand il s’agit de combattre leurs propres errements à commencer par leurs conflits d’intérêts. Quel est vraiment leur degré d’exigence, loin de la communication qui envahit et enfume tout jusqu’à la nausée?

Dans quelques jours, le 24 janvier, lors de la session de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), la députée luxembourgeoise Anne Brasseur sera au cœur d’un débat autour de son récent rapport sur la «bonne gouvernance dans le football» introduit par la formule choc: «Trop d’argent nuit au football, trop d’argent tue le football. Il faut éviter que le football ne s’autodétruise» –formule qui, en vérité, collerait à de nombreuses disciplines. Le rapport dit notamment:

«Les instances de l’Union européenne, en concertation avec le CIO, la FIFA, l’UEFA et le Conseil de l’Europe, pourraient examiner la faisabilité et promouvoir la mise en place d’un observatoire indépendant chargé d’évaluer la gouvernance des organismes de football.»

Dans un autre document, parallèle à celui d’Anne Braseur, le juriste danois Mogens Jensen est encore plus radical: «Les manquements à la règle sont systémiques et appellent une transformation majeure de la gouvernance et des pratiques.»

Soyons francs: il est probable qu’il ne se passera rien au niveau européen face à la puissance des lobbys et parce que les grandes fédérations ou institutions n’ont strictement aucune envie d’être surveillées par qui que ce soit. Sur le plan de la crédibilité, le football préfèrera, lui, privilégier, en 2018, la «transparence» du résultat sportif à travers la mise en place progressive de l’arbitrage vidéo, notamment lors de la prochaine Coupe du monde, quitte à s’attirer les foudres de certains passionnés qui savent également que le but recherché de cette révolution est aussi (surtout?) économique. Chaque chose en son temps. Commençons par le plus médiatique ou le plus visible, histoire d’oublier (un peu) tout le reste.

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Yannick Cochennec Journaliste

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