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L'Allemagne songe à rendre obligatoire la visite de camps de concentration pour les nouveaux migrants

Repéré par Léa Marie, mis à jour le 12.01.2018 à 12 h 50

Repéré sur New York Times

Une mesure contestée ayant pour but d'endiguer l'antisémitisme. 

Jeunes survivants d'un camp de concentration d'Auschwitz libéré par l'Armée Rouge en 1945. Via Wikimedia

Jeunes survivants d'un camp de concentration d'Auschwitz libéré par l'Armée Rouge en 1945. Via Wikimedia

Convaincue que l'antisémitisme gagne du terrain en Allemagne –et plus particulièrement parmi les migrants musulmans– une élue allemande propose de rendre obligatoire la visite de camps de concentration pour les nouveaux demandeurs d'asile. 

L'idée, proposée par Sawsan Chebli, secrétaire d'État du Sénat de Berlin et membre du SPD (le Parti social-démocrate d'Allemagne), a été acclamée par le Conseil central des Juifs en Allemagne, la plus grande organisation fédérant les communautés et associations juives outre-Rhin. Interrogé par la radio allemande Deutschlandfunk, son dirigeant explique: 

«Les gens que nous accueillons, et qui ont eux-mêmes dû fuir leur pays, pourront développer de l'empathie en découvrant ces mémoriaux

À plus grande échelle, la suggestion bénéficie également du soutien du Congrès Juif mondial,  dont le siège est situé à New-York, aux États-Unis. Pour son président, Ronald S. Lauder, elle serait «un moyen efficace d'éduquer les individus de toutes origines concernant la tentative nazie d'anéantir la totalité de la population juive en Europe, et les dangers qu'entraîne une telle haine». La mesure relève, pour lui, du devoir de mémoire: 

«L'Allemagne a su regarder en face et avec honnêteté les crimes de son passé, et ses instances gouvernementales se sont engagées à tout faire pour que la mémoire de l'Holocauste ne soit jamais oubliée ou remise en cause.»

Un projet critiqué

Sans surprise, le projet ne fait pas l'unanimité. Selon le New York Times, plusieurs historiens allemands estiment qu'il ne constitue qu'une réponse simpliste à un phénomène insidieux extrêmement complexe. Pour Sabine von Mering, directrice du Centre d'études allemandes et européennes de la Brandeis University, dans le Massachusetts:

«On n'empêche pas quelqu'un d'être raciste ou xénophobe en l'emmenant visiter un ancien camp de concentration. Je ne pense pas que rendre cela obligatoire résoudrait ce problème comme par magie. Il faudrait avant tout mettre l'accent sur l'éducation.»

À l'heure actuelle, le gouvernement allemand offre aux migrants des cours de langue, de culture et d'histoire. Les voyages scolaires dans les camps de concentration et d'extermination sont quant à eux très nombreux dans les collèges et lycées du pays.

Le débat initié par Sawsan Chebli traduit en tout cas l'inquiétude croissante –rationnelle ou non– d'une partie de la population face à l'ampleur des récents mouvements migratoires. En 2015, l'Allemagne a accueilli près d'1,5 million de migrants, faisant d'elle le premier pays d'accueil en Europe

Des citoyens disent redouter, d'après le New York Times, que certaines communautés de réfugiés, arabes en particulier, ne deviennent de potentiels «incubateurs à antisémitisme». En septembre dernier, l'extrême droite allemande faisait une percée historique au Bundestag. Le parti anti-réfugiés et anti-euro Alternative für Deutschland (AfD) est aujourd'hui la troisième force politique du pays. 

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