Monde

Le séisme d'Haïti n'a rien d'étonnant

Marion Solletty, mis à jour le 19.01.2010 à 15 h 12

La zone de Port-au-Prince est juste au dessus d'une faille sismique

Le séisme qui s'est produit à Haïti dans la nuit de mardi à mercredi n'a rien d'étonnant pour les experts. La zone de Port-au-Prince, plus particulièrement au niveau de la ville de Leogane, est traversée en surface par une immense fissure, la faille d'Enriquillo, qui va de la République dominicaine à la Jamaique. Celle-ci est entrée en mouvement au niveau de la capitale haïtienne. Il ne s'agit pas ici d'un séisme de subduction (qui se produit à la jointure de deux plaques tectoniques) mais d'un séisme dit «intraplaque», qui s'est produit à l'intérieur de la plaque caribéenne, représentée ci-dessous sur cette carte.

Ce qui rend les dégâts si considérables, c'est la faible profondeur à laquelle s'est produit le séisme, entre 8 et 10km. Les secousses liées aux séismes superficiels s'étendent moins géographiquement que celles des séismes profonds, mais sont beaucoup plus fortes sur leur zone. Du concentré, en quelque sorte.

Le scenario probable du séisme d'Haiti, d'une magnitude de 7 sur l'échelle de Richter, est le suivant: les deux bords de la faille coulissent sur près de 50 kilomètres, se déplaçant d'environ un mètre l'une par rapport à l'autre, durant toute la minute pendant laquelle se produisent les secousses. Un immense glissement, juste sous les pieds de la population de Port-au-Prince.

La capitale haïtienne n'en est pas à son premier séisme. Si le grand public est plus sensibilisé aux tremblements qui peuvent se produire sous l'archipel du Japon ou sur la côte Ouest des Etats-Unis, Haïti est connue pour avoir une sismologie très importante. Sept tremblements de terre d'une magnitude similaire se sont produits dans cette zone durant les deux derniers siècles, comme en 1701 ou en 1784.

Et les voisins des Caraïbes ne sont pas à l'abri... Les Antilles françaises ont elles aussi connu des séismes importants, comme en 2004 dans l'archipel des Saintes ou en 2005 au nord de la Martinique. Ces derniers, dits de subduction, se sont produits à des profondeurs plus grandes (40 km); leur magnitude était aussi légèrement plus faible, 6,2 à 6,3 (un séisme de magnitude 7, seulement supérieur d'un échelon, dégage une énergie 30 fois plus importante). Mais en théorie rien n'empêche qu'un tremblement de terre comparable se produise en Martinique ou en Guadeloupe.

En réalité, il n'existe aucune zone ayant un risque sismique nul. Certains endroits (comme le bassin parisien ou l'Aquitaine), n'ont aucune chance de se trouver à la verticale de l'épicentre, mais des secousses nées beaucoup plus loins peuvent être ressenties.

Marion Solletty

Remerciements à Jérôme Lambert, du service "Aménagements et Risques Naturels" du Bureau de Recherches Géologiques et Minières.

Images: US Geological Survey

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