Sciences / Histoire

Nabilla ne connaît sûrement pas l'origine du mot «allô» (et vous non plus)

Temps de lecture : 3 min

Pionnier méconnu du téléphone ayant travaillé avec Edison et Graham Bell, l’ingénieur Tivadar Puskás introduit et popularisa la formule lorsqu’il importa les combinés en Europe à la fin du XIXe siècle.

«Allô? Allô? Vous me recevez?»
Capture d'écran via Youtube
«Allô? Allô? Vous me recevez?» Capture d'écran via Youtube

Nabilla ne connaît sans doute pas Tivadar Puskás. Pourtant, sans cet inventeur magyar émigré à Boston à la fin du XIXe, elle n'aurait pas pu lancer son légendaire (oui, légendaire) «non mais allô quoi?», lui ouvrant les portes de la gloire et de la célébrité.

L’explication trouve sa source en 1879. Après avoir conçu les premiers centraux téléphoniques avec Alexander Graham Bell et Thomas Edison, Puskás importe la trouvaille dans l’Autriche-Hongrie vierge de tout combiné et imagine avec son frère un dispositif reliant Paris, Marseille, Budapest et Timisoara.

Les frères Puskás multiplient les tests en hongrois afin de vérifier que la machine balbutiante tient la distance. Résultat? Les «Hallod?» (Tu m’entends?), «Hallom!» (Je t’entends!) et «Halló...» (J’écoute...) se succèdent devant des observateurs étrangers qui, à force de l'entendre, finiront par propager l’onomatopée qui révélera Nabilla.

Non mais «Hallow», quoi!

Malgré la thèse magyare largement partagée, les théories sont légion sur l’origine de l’exclamation. Selon le Wikipédia turc, «Allô» rappellerait les initiales d’une maîtresse de Graham Bell (Allessandra Lolita Oswaldo, ALO). Le thésaurus de l'UNESCO créé en 1977 soutient quant à lui qu’il s’agirait d’un dérivé de l’anglais «hallow» (sanctifier) utilisé par les marins british au Moyen Âge et issu de l’anglo-normand «halloer» (poursuivre une personne en criant).

Autre piste, «allô» s’inspirerait en fait du cri de ralliement «hallóo» via lequel les bergers normands installés en Angleterre rameutaient leurs troupeaux, indique le Figaro.

Ainsi naquit le «hello» anglo-saxon moderne sorti du bois dans un article de 1833 sur Davy Crockett. Mark Twain l’égrena ensuite au gré des pages d’un célèbre récit de voyage semi-autobiographique intitulé À la dure paru en 1872, soit quatre ans avant la découverte de la technologie téléphonique.

Mais les utilisateurs magyars majoritairement mâles des débuts préférèrent peu à peu le suave «hallo» des opératrices au puissant «hello» hurlé à tire-larigot par ces messieurs.

Merci Puskás donc. Ce fils de nobles transylvaniens peut aussi s’enorgueillir d’avoir loué son fameux réseau à l’État hongrois en 1886. Ou breveté en 1892 le «journal téléphonique», ancêtre de la radio, diffusant bulletins d’actualité, musique et pièces de théâtre à destination d’un demi-million de personnes, qui pouvaient s'y «abonner» pour le prix... de dix kilos de sucre par an. Mais aussi engendré la première transmission stéréo de l’histoire entre l’Opéra et la Redoute de Pest.

Il faut lui dire: «Maman, c'est quelqu'un pour toi»

Ingénieur touche-à-tout lorsqu’il ne reliait pas ses contemporains, Tivadar Puskás travailla dans une mine d’or, développa la recherche pétrolière, créa la première agence de voyages d’Europe Centrale ou encore expérimenta des dirigeables et des automobiles électriques... Il mourut brutalement le 16 mars 1893, peu après avoir perdu gros à la suite d'un placement bancaire malchanceux.

Le pionnier méconnu du téléphone appartient au dense panthéon des génies magyars à l’instar des pères du Rubik’s Cube (Ernő Rubik), de la vitamine C (Álbert Szent-Györgyi) de Word et d’Excel (Károly Simonyi), du stylo-bille (László Bíró), de l’hélicoptère (Oszkár Absóth), de l’holographie (Dénes Gábor), et de la télé en couleur (Péter Károly Goldmark).

Une statue de Puskás trône depuis 2006 à Budapest devant le QG de l’opérateur mobile hongrois Telekom et la Banque Nationale frappa en 2008 une pièce de 1.000 forints (3,30 euros) commémorant le 115e anniversaire du «journal téléphonique».

Seules l’Italie (Pronto!), l’Angola (Olá), le Portugal (Estou?), Israël (Shalom), la Chine (Wèi), le Mexique (Bueno), le Mozambique (Olá), la Pologne (Tak), la Corée du Sud (Wosobéio) et le Japon (Moshi Moshi) ne répondent pas au téléphone en disant «allô» ou l’un de ses dérivés. Mais la fillette du «Téléphone Pleure» répondant à Cloclo serait surprise de savoir qu’elle doit une partie de sa gloire à un scientifique magyar.

Joël Le Pavous Journaliste

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