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Et si Oprah et The Rock étaient effectivement les meilleurs candidats démocrates pour 2020?

Temps de lecture : 4 min

Terrorisés à l'idée qu'un politicien «normal» ne puisse pas battre Trump en 2020, les sympathisants démocrates rêvent de personnalités ultra-télégéniques.

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Oprah Winfrey aux Golden Globes à Beverly Hills (États-Unis), le 7 janvier 2018 | Kevin Winter / AFP

Depuis la défaite d'Hillary Clinton en novembre 2016, la gauche américaine cherche son sauveur.

Certains misent sur des anciens de la politique comme Bernie Sanders, Joe Biden ou Elisabeth Warren, d'autres sur de nouvelles têtes comme Cory Booker, Kirsten Gillibrand ou Kamala Harris. Mais beaucoup sont terrorisés à l'idée qu'encore une fois, un candidat qualifié mais trop «normal» ne réussisse pas à s'imposer face à Donald Trump.

Oprah 2020, un phénomène «pas si fou que ça»

C'est pourquoi tant d'observateurs se sont empressés de crier «Oprah Winfrey 2020!» après le discours poignant de l'animatrice aux Golden Globes. Exaltante, électrique, émouvante, Winfrey était tout ce qu'Hillary Clinton n'avait pas (assez) été pendant sa campagne de 2016.

«Oprah est une source de s'inspiration comme Clinton ne pourrait jamais l'être», a titré NBC news. Dans le New York Times, le journaliste Frank Bruni explique qu'Oprah était «l'anti-Clinton», particulièrement douée pour «donner la chair de poule», contrairement à l'ancienne candidate démocrate.

Certains consultants démocrates semblent résignés à l'idée que la capacité à produire un moment télé marquant soit plus important que les qualifications politiques. Dan Pfeiffer, un ancien conseiller de Barack Obama, a tweeté: «Je suis allé me coucher et ce matin, je suis arrivé à la conclusion que ce phénomène Oprah n'est pas si fou que ça».

Jon Favreau, l'ancien rédacteur de discours d'Obama devenu podcasteur, a déclaré:

«Qui que soit le candidat, je privilégierai toujours la capacité à inspirer et à créer du lien par rapport à l'expérience de gouvernement et la longévité à Washington. Toujours. J'ai travaillé pour Obama.»

En effet, lors de sa première campagne présidentielle, Obama était lui-même accusé par le camp adverse de n'être qu'une «célébrité» incapable de gouverner.

Même si Winfrey a démenti toute ambition présidentielle en coulisses des Golden Globes, l'ambiguïté reste forte. Selon CNN, «deux de ses amis» ont dit qu'elle y réfléchissait sérieusement, et son partenaire Stedman Graham a déclaré au Los Angeles Times que «ça dépendait des gens» mais qu'«elle pourrait absolument le faire». Sur Internet, des t-shirts Oprah 2020 sont déjà disponibles à la vente.

Une solution à prendre au sérieux

L'idée que pour battre Trump, il faudrait faire comme Trump –faire passer l'émotion avant la réflexion– a commencé à être prise très au sérieux dès le lendemain de la défaite de Clinton.

En novembre 2016, le documentariste Michael Moore, un des rares qui avaient vu venir la victoire de Trump, avait déclaré sur CNN:

«Les Démocrates s'en sortiraient mieux s'ils nommaient des candidats comme Oprah ou Tom Hanks... Pourquoi ne pas choisir des gens que tout le monde aime? On en a tellement. Les Républicains font ça –ils ont eu Reagan, le Terminator [Arnold Schwarzenegger, ndlr] et d'autres.»

Comme l'expliquait Jeet Heer dans The New Republic en janvier 2017, il faudrait idéalement un Barack Obama ou un Bill Clinton, qui associent charisme, talents oratoires et expérience politique. Mais comme ce genre de candidat est rare, la solution de la célébrité est à prendre au sérieux.

«Il est plus facile d'entourer un bon acteur de conseillers politiques intelligents que de rendre sexy et palpitant quelqu'un qui ne sait pas faire campagne», écrit Heer.

Le journaliste propose ensuite une liste de noms: Meryl Streep, Leonardo DiCpario, Matt Damon. Petit problème: aucun n'a exprimé le désir de se présenter.

Mais ce genre de spéculations encouragées par les médias fait partie de la nouvelle réalité post-Trump. Dès qu'une célébrité exprime des opinions politiques à peu près cohérentes, tout le monde commence à fantasmer sur son destin présidentiel.

Mark Zuckerberg a été considéré un temps comme candidat possible, mais contrairement à Oprah Winfrey, il n'apporterait pas grand-chose en termes de charisme.

Par contre, lorsque l'acteur Dwayne Johnson, dit The Rock –un ancien catcheur devenu acteur, qui a notamment joué dans le film Alerte à Malibu, a déclaré en 2016 dans GQ qu'il s'intéressait à une carrière politique, et pourquoi pas à la présidentielle, une fièvre s'est saisie des journalistes et commentateurs.

En juin 2016, le Washington Post a publié un article intitulé «Dwayne Johnson dit qu'il va peut être se présenter à la présidentielle. Il pourrait gagner», et en mai 2017, un autre article de GQ était titré «Dwayne Johnson président!».

En décembre 2017, l'acteur clarifiait qu'il songeait «sérieusement» à se présenter, mais que l'idée n'était pas vraiment venue de lui, plutôt de l'excitation des médias et des réseaux sociaux. Comme pour Oprah, des t-shirts The Rock 2020 sont déjà disponibles à la vente.

Une obsession cohérente de la personnalité sympa

Il en faut parfois très peu pour que les rumeurs enflent. C'est ce qui s'est passé avec George Clooney cet automne. En septembre, lors d'une conférence de presse sur son film Bienvenue à Suburbicon, un journaliste lui a demandé s'il voudrait être président, et l'acteur a répondu: «Oui, ça serait sympa!».

En novembre, il a dit que les Démocrates n'avaient pas encore de bons candidats pour 2020. Peu de temps après, le Guardian publiait un édito intitulé «Une présidence George Clooney pourrait-elle sauver l'Amérique?». Les gens aiment bien Clooney, il est anti-Trump, il est séduisant, il est riche, alors pourquoi pas? Des fantasmes ont également émergé sur des candidatures de Katy Perry et Will Smith.

Cette obsession de la personnalité sympa est cohérente; elle vient du traumatisme de la défaite de Clinton. Mais on ne peut pas nier qu'il existe aussi une tristesse de cette remise en cause de la compétence et de l'intellect comme qualifications principales à la présidence. Cela souligne à quel point le trumpisme, c'est-à-dire «la fétichisation de la célébrité et de l'audimat, la répudiation de l'expérience et de l'expertise, a infecté notre vie civique», écrit Thomas Chatterton Williams dans le New York Times.

L'autre voie –une personnalité qui émeut, enflamme et plaît se fait élire facilement et est ensuite entourée d'experts compétents qui l'aident à gouverner– n'est pas absurde pour autant. La campagne et la présidence de Trump (qui a fait plus 1.600 déclarations erronnées en près d'un an) ont tellement modifié le paysage politique américain que beaucoup sont prêts à tout: même si c'est probablement mauvais pour la démocratie, c'est peut-être aussi la meilleure façon de répondre à Trump.

Claire Levenson Journaliste

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