France / Culture

France Gall: la mort des artistes baby boomers est aussi un peu la mort de mon enfance

Temps de lecture : 3 min

Je ne pensais pas que la mort de France Gall m’atteindrait à ce point… À chaque mort de «personnalité», la machine médiatique s’emballe et j’aimerais bien chanter «Débranche!» à la machine à nostalgie.

Salut France Gall... |
AFP
Salut France Gall... | AFP

Ça devient une routine. Un check sur le téléphone. Trois notifications en même temps. Bzz, bzz, bzz. Une seule info: «France Gall est morte à l’âge de 70 ans». «Ho mince, je ne savais pas qu’elle/il était malade». Et un petit pincement au cœur, un voile qui passe sur mon visage. Cela n’a rien à voir avec la perte d’un «vrai» proche mais la mort de ces artistes me laisse avec un truc poisseux, un sentiment lancinant… Jean Rochefort, Jean-Claude Bouillon, Mireille Darc, Jean d’Ormesson, Jean-Marc Thibaut, Jeanne Moreau, Victor Lanoux. 2017 n'a pas été «sympa» de ce point de vue-là… Et les médias sont bien rôdés sur ces infos.

AFP PHOTO / Patrick Kovarik / AFP

Une tristesse et une routine. Éviter vite les réseaux sociaux et limiter le temps passé sur les chaînes d’info en continu dont l’emballement semble croissant à chaque décès. Un petit tour quand même sur France Info pour écouter une histoire que l’on connait déjà et des extraits de «Résiste», «Babacar» ou «Évidemment». Comme souvent, je me rends compte que ces titres, je les connais par cœur. À mon corps défendant. Je n’ai jamais été fan, jamais acheté un disque ou une place de concert pour France Gall mais ses chansons ont tellement été ressassées sur les radios ou à la télé pendant mon enfance qu’elles sont gravées en moi. Que je les aime ou non n’a finalement pas d’importance. La nostalgie fait son travail.

Je repense à cette époque où les artistes passaient au 13h ou au 20h pour délivrer un message sans forcément qu’on leur passe la brosse à reluire… Et puis, déjà, tout petit, les chansons de France Gall me foutaient les boules. Comme celles de son mari. Ces accords mineurs me donnaient irrésistiblement envie de pleurer. Alors vous pouvez être sûr que me coller «Évidemment » en boucle un dimanche blafard de janvier, veille de rentrée des classes, ça ne va pas arranger mes affaires.

Dans les années 1980, voire 1990, la musique dominante –à savoir la musique populaire– était la même pour tout le monde. Mon grand-père, mes parents, mes copains d’école… tout le monde connaissait «Babacar» et autres «We are the world». Impossible d’échapper à France Gall, Daniel Balavoine, Eddy Mitchell ni à tous les Michel (Sardou, Fugain, Delpech, Jonasz…). Ensuite, on se positionnait, pour ou contre (mais c’est une autre histoire).

France Gall était une baby boomeuse. Une enfant star des Trente Glorieuses, insouciante dans les sixties, euphorique dans les seventies et politique dans les années 1980, où elle remplissait les Zénith. Une femme forte dont l’image de la jeunesse, puis de la maturité était placardée dans tous les journaux (à l’époque où on les lisait) et sur toutes les radios (à l’époque où l’on ne choisissait pas ses canaux sur Youtube ou Deezer).

Bertrand Guay/ AFP

L’image de cette génération s’est figée en VHS dans nos mémoires. Cette génération d’artistes qui a eu la chance de naître et de vivre dans un âge d’or du divertissement de masse… Tout le monde connaît aujourd’hui les chansons de France Gall ou de Johnny Hallyday. Qu’en sera-t-il de Booba, Benjamin Biolay ou Dominique A? Aujourd’hui, je suis en mesure de ne pas écouter Beyoncé si je n’en ai pas envie. En septembre, je suis même allé écouter ce «Despacito» dont tout le monde parlait parce que je n’avais pas eu l’occasion de l’écouter dans les endroits où j’avais passé mon été (ne me jugez pas).

En 1997, tout le monde connaissait «My Heart Will Go On» de Céline Dion. Aujourd’hui, on peut ne pas savoir quel est son dernier single…

Tout ça pour dire que, même si je n’aime pas précisément telle ou telle personnalité qui vient de mourir, j’y laisse toujours un peu de moi.

Et si les gros médias pouvaient éviter de nous coller un «breaking news» à chaque fois qu’une pop star meurt, j’en serais super heureux. Parce que là, je commence à flipper sur l’état de santé de tous les chanteurs qui s’appellent Michel…

Eric Nahon Journaliste

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