Culture

Quand Homère inventait les premiers super-héros

Temps de lecture : 2 min

Tous les personnages qui hantent l’Iliade sont des super-héros, aussi braves qu'audacieux, condamnés à se battre entre eux dans des batailles arbitrées par des dieux susceptibles.

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Flickr/Eselsmann™-2012-09-30 Lego Super Hero

Autant le dire d'emblée je n'ai jamais joué aux jeux vidéos. J'attends d'être définitivement sénile pour m'adonner à pareille pratique. Pas plus que je n'ai vu un de ces films où des super-héros tiennent la vedette. Pour ces derniers, j'attends d'être tout à fait mort pour m'infliger un tel supplice. Je suis totalement insensible à cette fantasmagorie de l'imaginaire où des êtres dotés de super-pouvoirs s'affranchissent des limites du réel pour accomplir moult exploits. Comme si vivre, simplement vivre, n'était déjà pas assez compliqué en soi.

Bref, les super-héros et moi, c'est tout sauf une histoire d'amour.

Ils sont une insulte à mon intelligence qui n'est pas bien grande, je suis une insulte à leur créativité qui n'a pas de limites.

Or voilà que ces derniers jours m'ont vu relire l’Iliade d'Homère – le poète grec hein pas le mari de Marge Simpson – ce grand et merveilleux poème de la guerre où Achille, Agamemnon, Ajax, Patrocle, Hector, Ulysse, Ménélas, Priam et tant d'autres encore s'affrontent dans le plus sanglant des combats sous le regard goguenard de quelques dieux qui s'emmerdent ferme dans l'éternité de l'Olympe et cherchent par tous les moyens à influencer le cours des événements.

Grandiose tragédie: on se bat devant Troie où la belle Hélène est retenue prisonnière par Pâris/Alexandre. Les Grecs ont accouru pour la délivrer. Les Troyens, planqués derrière leurs remparts, s'autorisent quelques sorties afin de les rejeter à la mer. On s'affronte à coups de lances, de pierres, de flèches. A pieds. Juché sur un char. Au corps à corps. Vêtu de boucliers, de casques, de cnémides, de pavois. Dans la sanglante fureur de batailles où les hommes se disputent les faveurs des Dieux.

Furie de la guerre, triomphe du courage et de l'audace, cacophonie des combats quand le sort de la bataille dépend tout autant de la vaillance des bellicistes que de l'humeur des divinités qui regardent tantôt détachées le spectacle offert, tantôt concernées au point de s'en mêler personnellement.

Ainsi se joue la guerre de Troie.

Entre Hector, fils de Priam et de Hécube et Achille, demi-dieu, fils de Pelée et de Thétis.

C'est la beauté tour à tour grandiose puis dérisoire de la guerre qui est convoquée dans ces pages où retentit à chaque strophe le chant glorieux de l'homme, à la fois jouet des dieux et objet de leurs rivalités personnelles, l'homme dans toute sa splendide et terrifiante solitude, l'homme face à son destin et à cette mort qui est comme un mauvais songe.

Tous les personnages qui hantent l’Iliade sont des super-héros. Ils ne grimpent pas en haut de gratte-ciel à la seule force de leur poignet, ils ne volent pas dans l'immensité des cieux, ils ne parcourent pas la galaxie à bord de navettes spatiales, ils ne se travestissent pas; non ils sont des hommes que la guerre oblige a donner le meilleur d'eux-mêmes, à aller chercher en eux le courage nécessaire pour taire cette peur capable de les terrasser à chaque seconde, à défier son adversaire dans une lutte invincible où seule la mort, la mort triomphante, la mort rebelle, la mort vengeresse, parviendra à les séparer.

Et qui reçoivent si nécessaire l'aide de divinités tout à la fois protectrices et nourricière, provocatrices et sournoises, rusées et perfides, faiseuses de miracles comme de malheurs.

La grande épopée humaine.

Où les super-héros ne sont pas des créatures fantasques mais des êtres de chair et d'os, remplis de contradictions et de doutes, dont l'ardeur au combat magnifié jamais ne faiblit, combats décrits avec force détails quand l'on meurt transpercé par une lance assez retorse pour se jouer du bouclier protecteur, le crâne embouti ou les viscères retournées, les genoux fracassés ou le coeur percé, dans cette soudaine agonie d'une mort aussi brutale que cruelle.

Franchement, c'est autre chose que Spidermachintruc, tonnerre de Zeus !

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Laurent Sagalovitsch romancier

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