Sciences / Santé

Les psys ont eux-aussi besoin d'aller voir un psy

Temps de lecture : 2 min

Les thérapeutes souffrant de troubles mentaux sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit. Et ce n'est pas une mauvaise chose. 

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| Wonderlane via Flickr CC by

Les psys sont-ils des patients comme les autres? Autant briser le mythe d'emblée: oui. Aussi expérimentés, rationnels, intuitifs, calmes ou encore diplomates soient-ils –ou paraissent-ils...–, ils n'en demeurent pas moins des être humains qui, comme nous, ont leurs états d'âme et leurs névroses. Et il n'est pas rare qu'eux aussi éprouvent le besoin de consulter.

L'éminent médecin-psychiatre Carl Jung, dont le mentor n'était autre que Sigmund Freud, affirmait que tout bon analyste devrait d'abord «s'examiner lui-même» et savoir se soigner pour espérer pouvoir ensuite soigner l'autre. Mieux encore, théorisait-il, la capacité d'un thérapeute à aider ses patients naît justement de ses propres expériences douloureuses. C'est le concept, explique Tonic, du «guérisseur blessé».

Il existe pourtant un certain tabou autour de la question, et rares sont les psychiatres ou psychothérapeutes qui parlent sans complexes de leurs propres souffrances émotionnelles. De quoi nuire, selon Mariana Plata, elle-même psychologue, aux professionnels comme aux patients. «Cette stigmatisation dissuade certains cliniciens d'entreprendre des psychothérapies par peur de répercussions professionnelles», déplore-t-elle. Ce qui ne va pas sans conséquences.

Burn-out et «fatigue de compassion»

Selon une récente étude de l'Antioch University of Seattle, les psychologues seraient particulièrement exposés au burn-out et à ce que les chercheurs appellent la «fatigue de compassion», un phénomène d'épuisement et de stress développé en écho à la souffrance des personnes qu'ils prennent en charge. Lorsqu'elles ne sont pas traitées, ces formes de détresse peuvent entacher la qualité du traitement qu'ils prodiguent à leurs patients. Alors même que 81% des psychologues ayant pris part à cette étude ont montré des signes de «troubles psychiatriques diagnostiqués» telles l'anxiété, la dépression, les troubles de l'humeur ou de l'alimentation, entre autres.

De leur côté, les chercheurs Rubén Díaz and Carlos Rodríguez se sont penchés sur la propension des praticiens à traverser des périodes de burn-out. Résultat: au Panama, près de 36% d'entre eux auraient souffert de burn-out à un moment ou un autre de leur carrière. Une conséquence, là-encore, de la grande empathie dont font preuve ces professionnels de santé envers leurs patients.

«La nature de notre profession et notre usage excessif de notre énergie mentale afin de prendre soin des autres peut avoir des répercussions sur notre santé émotionnelle», assure Mariana Plata.

Il est donc essentiel, poursuit-elle, que les thérapeutes entreprennent eux aussi des thérapies. «Faute de quoi, ils ne pourront pas aider les autres à atteindre leurs objectifs».

La seule chose inquiétante, dans cette histoire, souligne Tonic, n'est pas la quantité de psychiatres ou psychologues qui souffrent de certains problèmes mentaux, mais leur réticence à solliciter de l'aide. Mariana Plata s'interroge:

«Quel message envoyons-nous? Comment nous, thérapeutes, espérons traiter les autres, les aider à mûrir émotionnellement, si nous-mêmes craignons de parler de nos névroses?»

«C'est, pourtant absolument nécessaire», estime l'experte. Elle invite donc ses collègues à mettre fin à cette omerta en ouvrant la voix à un dialogue continu qui permettra aux psychothérapeutes en souffrance de faire de leurs faiblesses une «force guérisseuse».

Slate.fr

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