Égalités

La pression sociale force (aussi) des hommes à avoir des rapports sexuels non désirés

Temps de lecture : 3 min

Honte, crainte du qu'en dira-t-on, peur de paraître gay. Les hommes ne sont pas épargnés par les rapports non consentis. 

 | Olichel via Pixabay
| Olichel via Pixabay

En 2017, les femmes ont brisé le silence. Celui autour des violences sexuelles dont nombre d'entre elles ont été victimes et risquent d'être victimes au cours de leur vie. Mais aussi, plus largement, le silence autour du harcèlement sexuel –parfois explicite, parfois plus insidieux– découlant des rapports de force d'une société aux moeurs encore largement patriarcales.

Parmi les houleux débats suscités par l'affaire Weinstein, les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc et les révélations en cascade dans diverses industries, un sujet s'est révélé particulièrement sensible: la place des hommes dans ce mouvement de libération de la parole.

Si beaucoup se sont vus, à tort plus qu'à raison, menacés dans leur «masculinité» et ont affirmé craindre la mort du jeu de «séduction», d'autres ont bien plus fructueusement contribué à cette introspection sociétale en faisant part, eux aussi, des pressions qui incombent à leur sexualité. Et qui ne sont en fait que le reflet logique des injonctions régissant celles de la gent féminine.

Ils ont donc, eux-aussi, un silence à briser. Non, les hommes ne sont pas épargnés par les rapports sexuels non consentis. Pourtant évidente, cette vérité challenge l'idée, bien ancrée dans les mentalités, selon laquelle les hommes (hétérosexuels et cis) sont toujours partants pour une partie de jambes en l'air et raffolent tous du sexe. Par conséquent, un homme qui refuserait un rapport sexuel avec une femmes qui lui fait des avances s'exposerait généralement au regard inquisiteur de cette dernière... et au jugement de ses pairs.

L'incapacité à dire «non»

C'est ce qu'a voulu questionner Jessie Ford, doctorante en sociologie à la New York University, en menant une enquête auprès d'hommes ayant expérimenté le «sexe non-consensuel», et qui se sont forcés à avoir un rapport sexuel qu'ils ne désiraient pas vraiment. Dans The Converstion, elle explique le but de sa démarche: comprendre l'origine de ce mécanisme, son déroulé, ses circonstances, et surtout leur incapacité à tout simplement dire «non». Il ne s'agit pas, précise Jessie Forde, d'hommes ayant été agressés sexuellement. Mais d'individus qui ont choisi, quelle qu'en soit la raison, de se soumettre à une relation sexuelle qu'ils auraient, théoriquement, pu refuser.

Premier constat important: sur les trente-neuf hommes interrogés par la sociologue, seuls huit affirment qu'ils étaient soûls au moment des faits. Nombre d'entre eux ont décrit des scénarios tout à fait ordinaires dans lesquels ils ne ressentaient tout simplement pas de connexion avec leur partenaire. Étaient juste fatigués. Ou n'avaient pas de préservatif à leur disposition. Certains ont aussi expliqué avoir voulu se cantonner à d'autres actes physiques, distincts de la pénétration. Tous avaient en tout cas une chose en commun: il leur est alors paru plus simple de s'engager dans cette relation sexuelle non souhaitée plutôt que de dire non.

«Ça ne fait pas viril»

Les attentes de la société sur la sexualité masculine font peser sur eux un poids qui les contraint à prouver constamment leur virilité. Tout en nourrissant leurs insécurités. Un étudiant témoigne:

«Je ne voulais pas me retrouver dans cette situation, car le sexe était alors, pour moi, assez lié aux sentiments. Mais je n'ai rien dit car j'ai pensé que ce serait juste bizarre. J'imaginais que cette fille irait raconter à ses copines des trucs genre "Ce mec est louche, on n'a pas couché ensemble".»

La «pièce manquante du puzzle» sur le débat du harcèlement sexuel

Honte, crainte du qu'en dira-t-on, peur du ridicule, pression sociale. Autant d'arguments mis en avant par les hommes sondés. Dans l'opinion commune, «les hommes veulent forcément du sexe, et c'est aux femmes de dire oui ou non», déplore l'un d'entre eux. «Ça ne fait pas donc pas viril de dire non.» Il est par ailleurs encore relativement rare que la fille entreprenne le rapport physique, ce qui rend le refus, assurent-ils, encore plus délicat. «Je l'ai même remerciée, après coup, pour rester dans mon rôle de mec qui avait voulu ça», témoigne l'un des hommes de l'étude. Par ailleurs, la peur d'être perçus comme gays –surtout si la femme en question est attirante– les hante.

«Loin de moi l'idée placer ces expériences masculines de sexe non désiré au même plan que les sévices sexuels dont sont victimes les femmes, précise Jessie Ford. Mais je pense qu'il est important de comprendre ce phénomène et d'où il vient. Il me semble qu'il constitue la pièce manquante du puzzle de la grande réflection que nous menons actuellement sur notre culture du sexe.»

Pour que s'équilibrent les rapports de force et que s'instaurent des relations plus saines entre femmes et hommes, ces derniers doivent pouvoir, eux-aussi, se sentir libres dans l'expression de leurs désirs. Ou de leur non-désirs, justement. Les femmes auraient tout à y gagner.

Slate.fr

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