Allemagne / France

Le quinquennat Macron suspendu à la prochaine coalition en Allemagne

Temps de lecture : 4 min

Ses ambitions pour l'UE sont intimement liées à la situation politique interne de l’Allemagne. Et c'est pas gagné.

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Macron et Angela Merkel se murmurent des secrets à l'oreille... Ι John Thys / AFP

Emmanuel Macron va être confronté à l’évolution du contexte interne de l’Union européenne (UE), hautement lié à la capacité ou non de l’Allemagne à se doter d’une coalition de gouvernement solide pour les prochaines années. De la situation politique interne de l’Allemagne dépendra ainsi la capacité de l’Élysée à faire progresser ses propositions pour l’Europe, et en particulier pour la zone euro. L’enthousiasme européen du président français pourrait être contredit par la montée et l’organisation, au sein de la société allemande, d’une opinion intransigeante quant à la conduite des politiques économiques dans l’UE.

Jamaïque: la fin d’une hypothèque sur les projets français?

L’échec de la coalition Jamaïque (qui aurait rassemblé la CDU-CSU d'Angela Merkel, le Parti libéral-démocrate et les Verts) a ouvert une période d’incertitudes accrues pour les Allemands, en attente d’un gouvernement assis sur une majorité parlementaire stable au Bundestag (le Parlement allemand), mais aussi pour les partenaires de l’Allemagne, privés d’une claire vision de la configuration de la prochaine coalition gouvernementale. Électoralement, si la défaite des sociaux-démocrates SPD a été majeure lors du dernier scrutin, elle ne doit pas éclipser le revers subi par les unions chrétiennes CDU et CSU. La pression croissante du parti de droite dure AfD déstabilise idéologiquement l’Allemagne et coûte à la chancelière Merkel et aux unions chrétiennes CDU/CSU. La montée de la xénophobie ne doit pas éclipser le raidissement d’une partie de la société allemande à l’égard des partenaires européens. Le FDP, c’est-à-dire les libéraux allemands, emmenés par Christian Lindner, ont manifesté à plusieurs reprises leur hostilité à l’égard des souhaits réels ou supposés du partenaire français.

Et si le rêve de Maastricht volait en éclats?

Emmanuel Macron est un fervent partisan de l’intégration européenne, telle que pensée notamment depuis l’Acte Unique signé par douze États en 1986 et le traité de Maastricht entré en vigueur en 1993 et modifié ultérieurement. Il y a une part de «France en grand» et de projection continentale de rêves typiquement français, parfois empreints du songe impérial passé de notre pays. Angela Merkel est prête, semble-t-il, à faire un pas vers des idées défendues par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne.

Principalement, le président Macron entend franchir le pas de l’instauration d’un budget «fédéral», c’est-à-dire un budget pour la zone euro. Certains analystes semblent craindre qu’une nouvelle crise de la zone monétaire de l’euro pointe. Dans ce cas, l’épreuve de vérité serait immédiate pour Emmanuel Macron: si les propositions françaises essuient un «nein», quid de la stratégie de l’Élysée? Les propositions et visions du président Macron s’inscrivent pourtant dans une très orthodoxe continuité par rapport aux projets français depuis le rapport Delors, puis la négociation, la signature et la ratification du traité de Maastricht. Elles sont néanmoins confrontées aux malfaçons de la zone euro et à la tectonique des plaques idéologiques sur le continent.

Une monnaie unique mais une atomisation électorale

Fin de l’hypothèse Jamaïque, renaissance d’une «Grosse Koalition» avec le SPD, évocation d’une chancelière gouvernant avec des majorités changeantes… Le cauchemar (ou le rêve) d’une Allemagne ingouvernable doit néanmoins être relativisé. C’est plutôt la pression politique de «lobbies» électoraux, venus de droite, sur l’action gouvernementale qui peut être à craindre pour les partenaires de l’Allemagne dans la zone euro. Aucun assouplissement des règles en vigueur, aucune concession à un éventuel «saut» fédéral ne sont, dans cette perspective, envisageables. Même très fédéraliste, un chancelier sous pression de partis comme l’AfD, de la CSU dans la Coalition ou du FDP, dans ou en dehors d’une majorité de gouvernement, ne pourrait faire évoluer la situation dans un sens favorable aux visées françaises.

La situation politique n’est donc pas évidente. En Autriche, depuis de longs mois, une partie du patronat basculant en sa faveur, c’est une alliance «noire-bleue» qui s’est imposée. Économiquement, les options de ce petit pays ne laissent pas espérer une convergence des points de vue dans la zone euro.

Pour l’heure, en Allemagne, Christian Lindner, le chef du FDP, a pris un risque –être considéré comme responsable de l’échec de la coalition Jamaïque– et a tenté sa chance en séduisant un électorat Afd potentiellement en sympathie avec le rigorisme économique FDP, en résonnance avec une forme de nationalisme économique en vogue dans certains secteurs de la société allemande. Éclatement électoral et offensives de séduction à droite laissent entrevoir un contexte idéologico-politique peu favorable aux songes élyséens...

Si, outre-Rhin, la radicalisation de différents électorats se poursuivait, elle n’aiderait de toute façon aucunement la chancelière Merkel ou tout autre chancelier désireux d’avancer en direction des propositions formulées par le président français. Qu’Emmanuel Macron ait taillé en pièces en système de partis rongé jusqu’à la corde, c’est un fait désormais avéré. Désormais néanmoins, le président de la République est confronté au «dur» de sa présidence, c’est-à-dire à la possibilité de réforme du processus d’intégration de l’UE et, a fortiori, de la zone euro. Pour l’heure grand vainqueur de ses oppositions, le président Macron pourrait-il être défait sur le plan européen?

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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