Monde

Les défis de Tsahal en 2018

Temps de lecture : 6 min

Si l'Iran constituera le danger majeur pour l'État hébreu dans les mois à venir, l'armée israélienne ne devra pas pour autant négliger complètement le front de la bande de Gaza.

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Un officier de l'armée israélienne près d'un tank positionné pour surplomber le sud du Liban à Metula, une ville frontalière, le 16 novembre 2017 | Menahem Kahana / AFP.

Si l’année 2017 a été relativement calme sur le plan de la défense, Israël devra faire face en 2018 à de nombreux défis militaires au Moyen-Orient: plusieurs fronts sensibles sont en effet en voie de réchauffement.

Front nord et Iran

La région nord représente le défi le plus important et le plus risqué pour Israël. Les responsables en matière de sécurité peuvent difficilement prévoir comment la situation va évoluer, même s’ils disposent dans leurs cartons de différents scénarios militaires.

Les événements du Liban –avec la démission surprise du Premier ministre Saad Hariri, pourfendeur du Hezbollah et de l’Iran, puis son retour au pays– avaient été l’occasion d’un retrait stratégique temporaire du Hezbollah.

La milice libanaise avait refusé de s’engager dans un bras de fer avec le président Aoun, parce qu’elle n’était pas prête à prendre la responsabilité de la chute du gouvernement libanais. Elle a préféré adopter un profil bas, pour concentrer ses efforts sur la Syrie.

Le Hezbollah a compris qu’en raison des remous internes, il n’était pas dans son intérêt de provoquer Israël et de prendre le risque d’indisposer les chiites libanais, qui craignent une réponse israélienne violente.

En application de sa stratégie progressive d’encerclement d’Israël, l’Iran a fait mouvement pour installer une base militaire permanente. Les Israéliens ne cachent pas leur inquiétude, car ils craignent un coup de folie iranien contre leurs installations nucléaires. Ils constatent que les moyens militaires dont dispose l’Iran en Syrie, à quelques encablures de la frontière du Golan, sont un danger permanent.

La situation risque par ailleurs de s’envenimer avec le déploiement syrien de batteries de défense anti-aérienne et de missiles sol-mer. Le risque est surtout de perturber le trafic aérien, avec comme conséquence immédiate une guerre massive à coups de missiles.

Cependant, Israël ne néglige pas ses efforts diplomatiques pour alerter les Américains, et même les Russes, sur le danger de l’implantation permanente des Iraniens en Syrie, qui menace à la fois Israël et la Jordanie. Le désengagement américain de Syrie risque de pousser Israël à prendre des mesures militaires préventives pour conjurer le danger.

C’est la première fois depuis 1967 qu’Israël sent l’étau se resserrer autour de lui. Son état-major a donc activé toutes ses cellules opérationnelles. On se pose d’ailleurs la question sur le but du voyage discret à Washington du numéro 3 de Tsahal, qui vient de rentrer avec sa délégation.

La Russie, qui ne voit pas d’un bon œil l’implication grandissante des Iraniens en Syrie, contrôle de près la pénétration des structures militaires iraniennes dans l'État syrien. Elle a décidé de bloquer l'influence de l'Iran en participant à la création d’une cinquième division de l'armée arabe syrienne, afin d’absorber sous commandement syrien toutes les forces et ainsi d'éviter qu’elles ne deviennent des pions iraniens dans le désert syrien.

Cependant, le risque reste grand car pour l’instant, l’intérêt de la Russie cadre actuellement avec celui de l’Iran. Les Russes considèrent la présence iranienne en Syrie comme «légitime», selon les propres termes du ministre russe de la Défense, reçu en Israël. Une visite de travail «sympathique et cordiale», mais lors de laquelle Israël a constaté qu’aucune mesure n’avait été annoncée pour bloquer l’expansionnisme iranien.

Israël est convaincu de l’installation permanente et irréversible de l’Iran au Liban. Les hauteurs du Golan sont à présent sensibles et elles pourraient s’échauffer à tout moment, puisque la protection des rebelles anti-Assad, qui servaient de tampon entre les Iraniens et Tsahal, a été levée. Cinq kilomètres séparent dorénavant les belligérants.

Un nouvel élément peut néanmoins changer la donne. Les manifestations sanglantes à Téhéran pourraient détourner temporairement l’Iran de ses objectifs militaires. Les manifestants pointent du doigt le gâchis financier à l’étranger, alors que la population subissait les conséquences de la vie chère.

Le salut pourrait donc venir de l’intérieur: Israël ne croit pas à des mesures fortes contre l’Iran. Il est peu probable que l'accord nucléaire signé entre les superpuissances et l'Iran soit révoqué, malgré les rodomontades de Donald Trump qui, face au danger, maintient sa décision de se désengager totalement de Syrie. Il n’est pas impossible qu’Israël soit alors contraint d’anticiper la menace par une action militaire d’envergure, au moins contre les installations iraniennes en Syrie.

Bande de Gaza

Israël subit à nouveau, depuis quelques semaines, des tirs de roquettes qui semblent provenir davantage des djihadistes que du Hamas. Le réchauffement de la frontière a été encouragé par les Iraniens, qui veulent créer un front au sud de la région.

Ils financent d'ailleurs en permanence le djihad islamique et trouvent le moyen d’acheminer des missiles, via des tunnels ou par quelques bateaux de pêcheurs qui longent la côte et parviennent à échapper à la marine israélienne installée au large.

Le Hamas, qui mesure les risques encourus après les deux guerres désastreuses et destructrices qu’il a subies, n’est pas intéressé pour l’instant par l'ouverture d'un front contre Israël, car il ne mesure pas les dividendes qu’il peut en tirer.

Le nouveau chef du Hamas fait preuve d’une véritable modération et malgré quelques discours enflammés à destination de la population locale, il ne se sent pas prêt à engager le fer contre Israël, sauf s’il y est contraint par un conflit généralisé. Les appels à l’Intifada n’ont d'ailleurs pas été suivis d’effet; le Hamas a tout fait pour éviter la guerre.

Pour l’instant, Tsahal ne craint rien du côté palestinien. Les Israéliens sont très sceptiques quant au résultat concret de l’accord de réconciliation entre le Fatah –qui contrôle la Cisjordanie– et le Hamas –maître de Gaza. Ce n’est pas le premier accord stérile qui a été signé et pour l’instant, rien ne donne à penser qu’il entraînera des résultats concrets autres que le contrôle des postes frontaliers autour de Gaza par l’Autorité palestinienne.

Les Israéliens ne mésestiment pas pour autant l’effort militaire du Hamas, qui a fait de sérieux progrès dans le domaine des drones armés. Ils ne peuvent négliger les risques sur la population du Sud.

La question des tunnels qui pénètrent de la bande de Gaza vers Israël n’est quant à elle pas tout à fait tranchée. Il s’en construit tous les jours, malgré leur destruction par Tsahal. L’argent et le matériel partent en fumée, au lieu de servir à la construction de logements. L’IMOD, la division de recherche et de développement de défense de Tsahal, a trouvé des solutions technologiques, cependant encore incomplètes. Pour obtenir une protection totale, Israël a décidé d’investir des centaines de millions de dollars dans la construction d’un mur souterrain, qui nécessitera des mois de travaux.

Axe sunnite

Israël a vu avec satisfaction l’émergence d’un axe sunnite modéré en capacité de faire face à l’axe chiite –Liban, Syrie, Irak et Iran–, qui a réussi à créer une continuité territoriale dans la région. À l’opposé, l’alliance d’Israël avec la Jordanie, l’Égypte et l’Arabie saoudite est prometteuse dans sa conception anti-iranienne.

Le prince héritier saoudien, Mohammad Bin Salman, a été adoubé par la droite israélienne, qui voit en lui le dirigeant arabe courageux capable de neutraliser la menace iranienne. Les Israéliens comptent également sur lui pour faire pression sur les Palestiniens –en échange de financement–, afin de maintenir la coopération sécuritaire entre Tsahal et les forces de sécurité palestiniennes de Cisjordanie.

Guerre totale

Aucun homme politique en Israël n’est en mesure de faire des prévisions, tant la situation est volatile. Pour 2018, seul Tsahal se sent prêt à toute éventualité, grâce à de nombreux exercices effectués par l’armée et les forces de réserve pour simuler une attaque contre le Hezbollah.

En revanche, le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, est convaincu qu’une guerre éclatera avec le Hezbollah. Il est suivi en cela par l’ancien secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, qui a déclaré le 12 décembre 2017, au Forum stratégique arabe de Dubaï, qu'une guerre totale pourrait éclater entre Israël et le Hezbollah libanais en 2018.

Le Hezbollah a aidé le régime syrien à combattre Daesh, ce qui pourrait lui donner des ailes «pour intensifier ses attaques contre Israël»; l'État hébreu considère de son côté que «le Hezbollah est un problème qu'il faut éliminer».

Robert Gates pense que les tensions pourraient s'accentuer entre l'Iran chiite et les États arabes sunnites –l'Arabie saoudite en tête–, «car l'Iran continue de tenter d'accroître son influence et son ingérence au Moyen-Orient». L’Iran reste incontestablement le danger majeur dans la région.

Jacques Benillouche Journaliste

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