Culture

Huit bonnes résolutions que le cinéma ferait bien de tenir en 2018

Temps de lecture : 7 min

Début d'année oblige, j'ai consigné mes souhaits pour que l'année ciné à venir soit exceptionnelle, ou du moins plus supportable que la précédente.

Christian Clavier dans «Momo» de Sébastien Thiery et Vincent Lobelle | Via uniFrance Films
Christian Clavier dans «Momo» de Sébastien Thiery et Vincent Lobelle | Via uniFrance Films

Il est peut-être déjà trop tard pour demander à l'année cinéma à venir d'être comme ci ou de ne pas être comme ça, une partie des films qui feront 2018 étant déjà terminés ou en cours de production. Mais faire des vœux ne coûte rien, et l’on peut toujours espérer qu’ils arrivent jusqu’aux oreilles de la fée du septième art.

1. Plus de films africains, asiatiques ou océaniens

Au total, plus de 700 films inédits seraient sortis l’an dernier. Le chiffre est encore difficile à fixer de façon très précise, mais on compte sur le rapport 2017 du CNC pour nous éclairer dans quelques mois.

En 2016, toujours d’après le bilan du CNC, la répartition des sorties par nationalité était la suivante:

Les autres pays ne se partagent donc que des miettes, sur un nombre de copies très réduit. Les films japonais et les films chinois ne représentaient chacun que 0,7% des sorties, et c’est encore pire pour les films africains.

S’il est difficile de blâmer les sociétés de distribution, dont une partie fait déjà beaucoup pour assurer la visibilité de longs métrages pas toujours vendeurs, on peut toutefois regretter que le manque de représentativité soit si criant et que tant de pays, voire de continents, restent quasiment invisibles à l’écran.

De Locarno aux Trois Continents, les festivals de cinéma regorgent de merveilles parfois très accessibles, qui se heurtent hélas de plein fouet à une concurrence très rude, majoritairement constituée de films américains et européens.

I Am Not A Witch, de la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni

2. Moins de films avec Christian Clavier (en tout cas, pas de ce genre)

En 2017, Christian Clavier, ce n'est rien de moins que quatre films: Un sac de billes de Christian Duguay, Si j’étais un homme d’Audrey Dana [jugée comédie française la plus mauvaise dans notre classement annuel, ndlr], À bras ouverts de Philippe de Chauveron, et Momo de Sébastien Thiery et Vincent Lobelle. Depuis le carton de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? en 2014, l’acteur semble de nouveau très demandé, même si ses films de l’année n’ont pas été de gros succès.

Le souci, ce n’est pas tant son omniprésence que la teneur de la plupart des «Christian Clavier movies» (on exclura Un sac de billes de cette catégorie).

Le générateur de films avec Christian Clavier bricolé par Adrien Ménielle est un exemple parfait des valeurs véhiculées par ses films, où les minorités en prennent toujours salement pour leur grade avant d’être vaguement rachetées –généralement peu de temps avant le générique de fin–, sous couvert de fraternité et d’ouverture.

Parmi ses prochains films: 100% bio de Fabien Onteniente, qui s’annonce pas piqué des hannetons («choc des cultures entre un charcutier du pays basque et un bobo parisien», promet lapidairement Allociné), ainsi que Les Plombiers de Pierre-François Martin-Laval (soupir) et la suite de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?.

Nombreuses sont les raisons de regretter que Clavier n’explore pas davantage le registre dramatique, lui qui était par exemple si convaincant en politicien dans La Sainte-Victoire.

3. Plus de films qui banalisent l’homosexualité

L’été dernier est sorti Embrasse-moi!, le premier film réalisé par Océane Rosemarie, comédienne qui s’est notamment fait connaître pour son one-woman-show intitulé La lesbienne invisible.

Il s’agit d’une comédie romantique dans laquelle une kinésithérapeute (Océane Rosemarie elle-même) ayant du mal à se caser finit par rencontrer une photographe (Alice Pol) dont elle tombe follement amoureuse. Résultat: un film sympa mais un peu poussif, qui use et abuse de ressorts vus pas loin de mille fois. Ce qui est presque une bonne nouvelle.

Embrasse-moi! est un film politique car il donne de la visibilité à une relation lesbienne, et en même temps, son ambition première est d’être «juste» une romcom. Sa façon de banaliser l’homosexualité sans pour autant masquer l’existence de l’homophobie constitue forcément un bon point, à l’image de ce que proposait également Seule la Terre, en décembre.

Je crois que mes oncles, mes tantes et mes voisins ont besoin de voir de leurs propres yeux qu’il y a des gays et des lesbiennes dans toutes les villes, dans tous les cercles, et que ce sont des gens normaux, avec des problématiques normales (auxquelles peuvent s’ajouter des problématiques plus spécifiques). S’il est nécessaire que l’homosexualité reste un sujet, il est également indispensable qu’elle ne soit pas que cela.

4. Moins de films de Terrence Malick

Je me souviens de quand Terrence Malick était un cinéaste rare. Trois (excellents) films entre 1973 et 1998. Un quatrième en 2005. Et puis, pouf, quatre longs métrages de fiction sortis depuis 2011 et la Palme d'or Tree of life, auxquels il convient d'ajouter le documentaire Voyage of time, sorti sur une seule journée en mai dernier.

Malick, c'est désormais du film au mètre, entre métaphysique au rabais et romance évaporée. Arriver au bout de ses films nécessite une bonne dose de Nausicalm et une minerve bien serrée: Terrence Malick est désormais bien difficile à suivre, semblant vouloir rejouer indéfiniment la recette de Tree of life –soit des dinosaures et des stars américaines.

Récemment, Voyage of time ressemblait à un film co-réalisé par Yann Arthus-Bertrand et Bernard Werber, tandis que Song to song avait tout de la pub pour parfum. L'argument est cliché, mais le film l'est tellement aussi...

5. Plus de réalisatrices en compétition pour la Palme

En 2015, je dressais un bilan chiffré sur la présence des réalisatrices dans les différentes sélections cannoises. La conclusion n’était guère reluisante, en particulier du côté de la sélection officielle et de la compétition pour la Palme d’or.

Ça ne s’est guère arrangé depuis, puisqu’en 2016, il n’y avait que trois femmes sur vingt-et-un cinéastes (Nicole Garcia, Maren Ade et Andrea Arnold), et trois sur vingt en 2017 (Sofia Coppola, Naomi Kawase et Lynne Ramsay). Signalons que sur les six réalisatrices citées, quatre sont reparties avec des récompenses.

J’aimerais pouvoir dire que l’on compte sur Thierry Frémaux pour faire grimper ce chiffre et donner plus de visibilité aux films de femmes en mai prochain, mais j’ai comme un doute. Interrogé en 2015 par Le Figaro sur le sexisme de la sélection, Frémaux répondait en toute décontraction: «Nous avons l’habitude de ces reproches, c’est quelque chose qu’il ne faut pas regarder.»

Voilà un type qui reste donc intimement persuadé qu’il y a moins de films intéressants chez les réalisatrices que chez les réalisateurs, ou que le déséquilibre est uniquement inhérent au nombre insuffisant de films de femmes produits. Frémaux oublie qu’il participe à un système, et que si chaque membre de ce système défend son immobilisme en ignorant les problèmes ou en rejetant leur responsabilité sur d’autres, l’immobilisme ne peut que perdurer. Un peu de clito, que diable.

American Honey, d'Andrea Arnold

6. Moins de collaborations qui font grincer des dents

C'est une question qui, si elle n'est pas neuve, est revenue hanter pas mal de cinéphiles depuis quelques temps: faut-il continuer à regarder les films réalisés ou interprétés par des artistes qui ont fait parler d'eux dans les médias pour de très mauvaises raisons (suspicions de viols, d'agressions sexuelles, de propos déplacés)?

Si l'auteur de ces lignes penche pour une réponse négative, il reste tout de même difficile de se priver des prestations d'acteurs et d'actrices qu'on aime chez des cinéastes soupçonnés du pire.

Il serait donc plus simple pour tout le monde que Mathieu Amalric ne joue pas chez Roman Polanski ou que Kate Winsklet refuse le rôle principal proposé par Woody Allen (qu'elle a copieusement défendu ces derniers mois)...

Plus sérieusement, si nos problématiques de spectateurs et de spectatrices sont assez dérisoires et peuvent être réglées individuellement en notre âme et conscience, il serait bon qu'à Hollywood et ailleurs (la France n'a pas de leçon à donner sur le sujet), des grands noms prennent la parole pour expliquer pourquoi telle ou telle collaboration ne va pas être possible.

Dans le milieu du cinéma tout particulièrement, il faudrait que les hommes prennent un peu leurs responsabilités, car c'est pour l'instant Matt Damon que l'on entend le plus sur le sujet, et c'est assez gênant. Et que Dustin Hoffman, Kevin Spacey aillent tourner avec Brett Ratner si ça leur chante.

Wonder Wheel, de Woody Allen

7. Plus de Rose McGowan, de Mira Sorvino et d'Ashley Judd

Et si, au contraire, des réalisateurs et des réalisatrices permettaient à ces trois actrices de rattraper le temps perdu en leur attribuant de grands rôles?

Blacklistées pendant des années à cause d'Harvey Weinstein, elles ont vu leur carrière s'étioler alors qu'elles étaient sur le devant de la scène. Il n'est pas trop tard pour offrir à Rose McGowan, Mira Sorvino et Ashley Judd les rôles qu'elles méritent.

Pas pour les consoler de quoi que ce soit, mais parce que ce sont vraiment des actrices de choix, qui auraient sans doute eu une carrière de premier plan si le boss de Miramax n'avait pas tout fait pour les châtier.

Ashley Judd

8. Moins de stars du PAF qui font des films nuls

Ils ont beau affirmer que leur film a (ouvrez les guillemets avec des pincettes) «une portée sociologique, et même politique», Éric et Quentin se sont bien plantés avec Bad Buzz, sorti en 2017.

Avec ce film (mal) réalisé par Stéphane Kazandjian, les deux compères de Yann Barthès –pour lequel ils ont pourtant réussi un grand nombre de séquences très drôles au sein du «Petit Journal» puis de «Quotidien»– ont tenté de devenir les frères Farrelly français, multipliant les séquences jusqu’au-boutistes à base de trisomiques à grosse teub ou de camps de réfugiés. Le résultat est proprement consternant, mais moins que le fait qu’ils se soient obstinés à jouer les artistes incompris après le bide du film (environ 50.000 entrées sur 272 salles).

On le répète depuis Foon, on l’a redit après Le Baltringue: cessez de permettre à des gens de la télé de faire des films juste parce que ce sont des gens de la télé. C’est gênant et ça n’est même pas un gage de succès.

Producteurs, productrices, si Jean-Michel Maire et Gilles Verdez viennent vous proposer un scénario de buddy movie, ou si Cyril Hanouna vous suggère d’adapter à l’écran sa fameuse bande dessinée, claquez-leur la porte au nez et passez à autre chose.

En savoir plus:

Thomas Messias Prof de maths et journaliste

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