Parents & enfants

«Il a cinq enfants et ne souhaite pas en avoir d'autres. Contrairement à moi»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, Lucile conseille Marjorie, dont l'envie de faire des projets et le désir d'être mère sont aux antipodes des aspirations de l'homme qu'elle aime passionnément.

 Jos and Lucie Hessel in the Small Salon par Edouard Vuillard via Wikimedia License by
Jos and Lucie Hessel in the Small Salon par Edouard Vuillard via Wikimedia License by
«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

En mars prochain, j'aurai 31 ans. J'ai la chance incroyable de partager ma vie depuis trois ans avec un homme que j'aime, qui m'aime, et avec qui je me sens pleinement libre d'être moi-même. Le coup de foudre a été immédiat et s'est confirmé. Cette sensation de bien-être, de joie, de partage, je ne l'avais jamais connue. Je n'ai pas de famille et cet homme représente un ancrage, un sourire, le bonheur. J'exprime à tous ma joie de le voir chaque soir pousser la porte de notre appartement, la joie que j'ai à le retrouver, à partager avec lui ma journée et à l'écouter me raconter la sienne. Ce moment est un tel bonheur... Je l'aime.

Stéphane a 46 ans, il ressent les mêmes chose que moi, les exprime également. Il a cinq enfants d'une première union et ne souhaite pas en avoir d'autres.

Contrairement à moi, il n'éprouve pas le besoin de faire de projets d'avenir. La spontanéité est son maitre mot, que ce soit pour les week-ends, les vacances ou notre avenir commun. Ainsi, nous ne pouvons rien construire ensemble. Notre bonheur du quotidien est ponctué chaque année d'une crise existentielle, d'interrogations. Nos pleurs se mêlent. Nous ne cessons de nous répéter que la séparation est inéluctable, que je ne pourrai pas sacrifier l'idée d'avoir des projets, d'avoir un enfant... Il culpabilise. Dans le même temps, vivre l'un sans l'autre nous apparaît insurmontable. Le vide est immense. Irréversible? Allez, pensons-nous, quelques semaines encore, que nous puissions profiter encore un peu l'un de l'autre....

Nous avons essayé de nous séparer deux fois. La première a tenu trois semaines, la seconde cinq mois. Sans succès. Peut-être ne sommes-nous pas assez forts?

Je ne peux m’empêcher de penser ceci : et s'il m'arrivait quelque chose, n'importe quoi, dans quelques mois ou dans un an? C'est avec lui que je voudrais passer chaque instant, c'est lui que je voudrais avoir à mes cotés.

Cette situation perdure.

À la sérénité de notre amour, de nos moments à deux, s'oppose cette épée de Damoclès constamment brandie au dessus de nos têtes.

Nous n'y arrivons pas. Nous n'avançons pas.

Marjorie

Chère Marjorie,

En raison de mes convictions féministes, vous ne me verrez jamais dire qu’il faut tout sacrifier pour un homme –ni ambitions professionnelles, ni rêves, ni désir d’enfant. Je ne crois pas aux âmes soeurs, et donc je suis convaincue qu’il est toujours possible de trouver quelqu’un d’au moins aussi décent mais qui respecterait en plus totalement qui vous êtes. Seulement, voilà... Si la vie permettait toujours parfaitement de suivre ces principes ce serait merveilleux. Mais ce serait aussi un peu ennuyeux. Et j’ai eu l’occasion tout au long de ma vie de remettre en cause maintes et maintes fois mes convictions profondes en terme de couple et de relations amoureuses.

Vous aimez cet homme, vous n’imaginez pas vivre sans lui. Votre relation serait équilibrée s’il n’y avait cette envie de construire quelque chose ensemble. Pourquoi vouloir à tout prix vous encombrer de fantasmes de futur quand votre présent est aussi parfait? Je vous demande juste de réfléchir aux raisons de ces ruptures qui vous coûtent tant et ne sont jamais que des tentatives désespérées: que vaut le fantôme d’un hypothétique enfant face à cet amour? Qu’est ce qui vous rendrait vraiment heureuse? Cet enfant? Cet homme? Vous savez déjà, et j’en suis désolée pour vous, que tous ces désirs ne sont pas compatibles. Mais vous pouvez aussi décider d’en privilégier certains. Vous n’aurez pas tout, alors que préférez vous avoir?

C’est un choix cruel, certes. Mais ce n’est qu’un choix cruel parmi toutes les décisions difficiles que vous aurez à prendre dans votre vie. Pesez le pour et le contre. Serez-vous une bonne mère pour un enfant qui portera sur ses épaules un tel sacrifice? Serez-vous épanouie? Ou au contraire ne risquez vous pas de finir par faire payer à votre amour le prix du ressentiment? Je ne suis pas capable de répondre à ces questions pour vous. Mais ce que je sais c’est que, pour votre équilibre à chacun, vous devez prendre une décision. Une décision ferme et définitive. Sinon, vous vous épuiserez dans cette valse des sentiments où chaque moment est teinté de doute. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision. Je suis mère et je suis amoureuse. Mais je ne peux pas vous dire qu’un enfant vaut tout l’or du monde ou que mes amours comptent plus que ma vie. J’ai choisi une voie pour laquelle je me suis battue et qui est aujourd’hui arrivée à l’équilibre. Mais ce n’est jamais facile. Aimer si fort ses enfants, ses amants, c’est un privilège qui a toujours un prix. Un prix qu’il convient à chacun de fixer.

Vous souffrez parce que rien n’est établi encore. Mais prenez le temps de réfléchir à vos limites, vos désirs profonds et à vos besoins plus profonds encore. Écoutez votre corps vous dicter un chemin. Ce ne sera pas qu'un choix de raison, mais une décision qui vient de l’intérieur, du plus profond de vos entrailles. Aussi forte au moins que le cri de détresse que vous poussez aujourd’hui. La réponse à tout ça, il me semble qu’elle est déjà en vous.

Lucile Bellan Journaliste

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