Monde

Des suprémacistes blancs récupèrent la mort d'une femme tuée par la police

Temps de lecture : 2 min

Le groupe Identity Evropa a construit un mémorial pour Justine Damond, abattue par un policier à Minneapolis.

Mémorial d'Identity Evropa pour Justine Damond, le 23 décembre 2017 à Minneapolis | Capture d'écran Twitter

Deux jours avant le réveillon de Noël, un petit mémorial a illuminé le trottoir du commissariat de police de Minneapolis, sur la Nicollet Avenue. Douze bougies, quelques roses, le portrait d'une femme et trois petites affiches arborant la maxime «United we stand», surimprimée à l'aigle américain. Et juste en-dessous, la signature: Identity Evropa.

L'installation a été faite en mémoire de Justine Damond, cette femme de quarante ans abattue en juillet dernier par un policier alors qu'elle venait d'appeler le numéro d'urgence pour signaler une possible agression sexuelle près de chez elle. Le 24, le mémorial était vandalisé, le 25, enlevé par la police.

«Je condamne ceux qui ont fait ça et leur tactique dans les termes les plus stricts. Identity Evropa et ceux qui partagent leurs valeur n'ont aucune place dans notre ville. La haine n'a pas sa place à Minneapolis, point», avait alors déclaré Jacob Frey, le maire de la ville.

Les suprémacistes choisissent leurs morts

C'est que le collectif à l'origine de ce mémorial, dont la première maxime est «Vous ne nous remplacerez pas!», est un groupe de suprémacistes et séparatistes blancs, formé l'an dernier, et dont le leader Nathan Damigo avait fièrement participé à la manifestation « Unite the Right » à Charlottesville, lors de laquelle Heather D. Heyer, une manifestante anti-raciste, avait été tuée.

Dans le tweet rapportant la mise en place d'un «sanctuaire» pour Justine Damond et dénonçant l'absence de poursuites judiciaires contre l'officier Mohamed Noor, les activistes désignaient ce dernier comme le «tueur né en Somalie».

Obsession identitaire

Quelques jours plus tard, Identity Evropa publiait sur son site un communiqué plus long, insistant sur les origines du policier mis en cause et les «méfaits» de la diversité.

«En tant qu'organisation identitaire, Identity Evropa s'engage pour créer un monde meilleur pour les gens ayant un héritage européen. Et, malheureusement pour la famille Damond, la mort de leur fille ne colle pas au récit d'une violence des Blancs sur les Noirs privilégié par la gauche.»

Le balayage du mémorial n'est cependant pas lié aux positions de ses auteurs. John Elder, le porte-parole de la police, a expliqué que le département n'autorisait pas les mémoriaux sur les terrains de la police: «Rien ne devrait être sur cette propriété. Si cela s'envole sur la route, à ce moment-là, ce sont simplement des détritus. Et à ce moment-là, ce n'était plus que des trucs s'envolant alentours.»

Une récupération fréquente

Les nationalistes et suprémacistes blancs ont largement fait parler d'eux cette année, relève le Washington Post, et ce notamment depuis l'élection de Donald Trump, que supportent bon nombre des personnes embrassant ces idéologies racistes. Alors que le président dénonçait les «villes sanctuaires» et s'acharne à vouloir empêcher l'immigration, les nationalistes blancs emploient une rhétorique très proche de la sienne.

Ce n'est pas non plus la première fois que ces groupes profitent d'une affaire à large écho médiatique pour installer des mémoriaux de ce type et donner de la voix à leurs revendications. L'an dernier, l'acquittement de Garcia Zarate, le meurtrier de Kate Steinle, par ailleurs immigré illégal, avait donné lieu à des réclamations nationalistes concernant la construction d'un mur à la frontière mexicaine, baptisé «le mur de Kate». Un mémorial avait fleuri près d'un pont de San Francisco.

Rien à voir donc, avec les grandes manifestations et hommages rendus par le mouvement Black Lives Matter, qui mène une lutte antiraciste, pour l'égalité.

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