Sciences / Parents & enfants

Ne pas faire d'enfants, un geste écolo?

Temps de lecture : 5 min

Catastrophes écologiques, surpopulation, consommation excessive… certains couples hésitent désormais à donner la vie dans un monde à l’avenir incertain.

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Est-ce égoïste de vouloir mettre au monde un enfant à l’heure de la surpopulation et de l'épuisement des ressources naturelles? Cet enfant va-t-il devoir se battre pour avoir accès à l’eau potable, ou porter un masque anti-pollution à longueur de journée? Certains couples se posent ces questions au moment où ils ont envie de se lancer dans l’aventure de la parentalité.

En France, la génération en âge d’avoir des enfants a grandi avec la menace du chômage, plus récemment celle du terrorisme. Elle prend aujourd'hui, de plus en plus, conscience des conséquences potentiellement désastreuses du réchauffement climatique. A priori, donner la vie est un signe de confiance et d'optimisme, mais cette décision s'inscrit aujourd’hui dans un contexte obscurci, entre catastrophes écologiques en cascade et mises en garde répétées de la communauté scientifique à propos de notre impact environnemental et de ses effets négatifs pour l'avenir de la Terre et de ses habitants.

Nous serons près de 9,8 milliards sur Terre en 2050. Chaque être humain consomme des énergies fossiles non renouvelables (charbon, pétrole, gaz) . Même les personnes les plus attentives à leur mode de vie émettent ce qu’on appelle une «empreinte carbone». Et d’autres n’ont pas les moyens, les réflexes ou le désir de faire attention à l’environnement. Pour beaucoup d'écolos comme de scientifiques, si on ne fait rien, on court à la catastrophe.

Un choix mûrement réfléchi

Alors, que faire? Doit-on limiter le nombre d’êtres à qui on donnera la vie? Adopter de plus en plus de gestes écologiques au quotidien pour «compenser»? Pour les membres du mouvement américain Ginks («Green Inclination, No Kids»), la solution est radicale: il vaut mieux ne pas procréer. Et si le désir de fonder une famille est irrésistible, choisir l'adoption. L’auteure du manifeste de ce groupe, la britannique Lisa Hymas, cite sur son blog un rapport selon lequel le meilleur moyen de venir à bout du problème du réchauffement climatique serait de réduire la population mondiale de 500 millions de personnes d’ici 2050.

Sans aller jusqu’au malthusianisme, cette solution semble rencontrer de plus en plus d'échos chez certaines personnes. «Depuis toute petite, je n’ai jamais voulu d’enfants», témoigne Emilie Devienne, coach et auteure de Être femme sans être mère, le choix de ne pas avoir d'enfants. «Je me demandais pour quelle raison il fallait rajouter des êtres humains sur cette planète alors qu’il y en a déjà plein qui demandent à être aimés.» La question des ressources finies s’est posée très tôt. «Avec mon regard d’enfant, je me disais que la planète était comme le poulet du dimanche. Si on a un seul poulet, on ne peut pas inviter vingt personnes à table.»

À l’époque, scolarisée dans une école religieuse, Emilie a préféré éviter le sujet. Puis avec les années, en voyant «ce qu’on fait à la planète», elle a été confortée dans sa décision. Aujourd’hui, elle en parle librement. «Mon entourage a appris à me connaître, ils ne sont pas surpris et m’aiment quand même.» Tous les jours, elle se remercie de sa décision.

C’est l’avis que partage Laure Noualhat, journaliste et youtubeuse spécialisée dans l’environnement. Ne pas avoir d’enfants est un choix qu’elle revendique pleinement.

«Lorsqu’on se penche sur le problème de l’espèce humaine et sur les courbes d’évolution de la population, on comprend vite que le système actuel ne peut pas fonctionner à l’infini. Compenser le fait d’avoir un enfant en lui enseignant des gestes écologiques, c’est oublier que ces enfants nous échappent à un moment donné, et qu’ils restent avant tout des êtres humains qui vont consommer», rappelle-t-elle. «Pour moi, c’est plus cohérent de ne pas en faire du tout. Et si vraiment j’en voulais un, je passerais par l’adoption.»

La politique de l'enfant unique?

Cette décision correspond à «un cheminement individuel», explique Edith Vallée, psychologue, pionnière de ce «combat», et auteure de Pas d'enfant, dit-elle... Le refus de la maternité. «Je suis très heureuse avec ce que j’ai fait de ma vie. À presque 70 ans, j’entends encore des reproches, mais j’ai pris beaucoup de distance avec ce genre de questions.» Elle tempère tout de même: «La cause écologique vaut la peine d’être prise en compte, mais si on a vraiment envie d’enfants, je comprends très bien qu’on choisisse d’en avoir. Le juste milieu consiste à se limiter et ne pas faire trois, ni deux, mais un.»

L’association dénataliste (mais pas anti-enfants) Démographie responsable, qui milite pour placer la démographie au cœur de la réflexion écologique depuis sa fondation fin 2008, renchérit. Le secret serait d’avoir des enfants, mais pas trop. «Il faut que nos enfants puissent évoluer dans un monde vivable et il faut qu’eux aussi, demain, aient le droit d’avoir des enfants», déclare le porte-parole Didier Barthès.

Une tendance que suivrait déjà naturellement l’ensemble de la population mondiale. Le 27 novembre sur France Culture, le démographe Hervé Le Bras expliquait:

«La dynamique est au tassement de la croissance de la population mondiale. En 1970 son taux croissance était de 2 % par an, aujourd’hui on est à un peu moins de 1 % […] Dans la plupart des pays la fécondité est devenue faible voire très faible : au Brésil, 1,7 enfant par femme (contre 5 il y a 20 ans) même chose pour l’Iran et la Chine. En Inde c’est 2,4. […] Deux déterminants importants dans cette évolution: l’éducation des femmes –dès qu'elles accèdent aux études secondaires, la fécondité devient de l'ordre de deux enfants– et le fait qu’elles prennent plus en charge le désir de la réalisation des enfants. Pour les hommes pendant longtemps c’était la théorie du billet de loterie qui prévalait: plus on a d’enfants, plus on a de probabilités que l’un d’entre eux réussisse et subvienne aux besoins de la famille.»

Les citoyens de demain

Mais l’avenir de la planète ne se joue peut-être pas tant au niveau du nombre d'enfants conçus que de la façon de les éduquer. C’est d’ailleurs le défi quotidien de certaines familles. Justine, militante écologiste et maman de deux enfants, essaye de donner l’exemple. «Nous faisons attention aux produits ménagers, nous utilisons des couches lavables, je fais à manger moi-même, je prépare la crème pour les changes… Ce ne sont pas des efforts extraordinaires car je ne voulais pas me rajouter trop de travail, mais mon but est d’élever mes enfants dans le respect de l’environnement, sans rien leur imposer.» Dès que son aîné a commencé à parler, elle a lui a expliqué pourquoi il ne faut pas gaspiller l’eau, l’électricité ou la nourriture. «Nous parlons beaucoup des pesticides aussi, parce que nous vivons dans une région viticole.»

Lauranne, également mère de deux enfants et co-auteure du blog Alternatives en marche, insiste sur l’importance de donner les clés nécessaires pour former les citoyens de demain. «Ce n’est pas toujours facile d’appliquer nos convictions face aux tout petits, d’expliquer chacun de nos gestes, mais il est important de s’investir dans cette démarche assez tôt, car à 10 ans il risque d'être trop tard pour favoriser de bonnes habitudes.»

La solution idéale est-elle à portée de main ? La communauté scientifique elle-même est partagée. D’après Jacques Véron, chercheur à l'Ined (Institut national d'études démographiques), «il existe un courant en faveur de la décroissance, tandis que d'autres pensent qu'une stabilisation de la population mondiale est à la fois souhaitable et réaliste. D'autres enfin estiment qu'il n'y a pas vraiment de problème de population, les dégradations environnementales étant essentiellement liées à la façon dont les individus produisent et consomment sur Terre.» Sans consensus et sans vérité absolue, c'est à chacun de faire son choix.

Elena Bizzotto

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