France

«Dites à mes parents de ne pas venir me voir, je ne le mérite pas. Qu'ils me renient!»

Temps de lecture : 14 min

[ÉPISODE 3] 24 mars 2012, Kevin, Ariégeois de 19 ans, est tué par deux jeunes du coin, Joan et Cindy. Ils ont comparu en appel début novembre. Voici le verdict.

Illustration: Xavier Lissillour pour Slate
Illustration: Xavier Lissillour pour Slate

Début novembre, la cour d'assises de Toulouse jugeait en appel Cindy et Joan, 25 ans tous les deux, pour le meurtre du jeune Kevin Sellier, au printemps 2012, dans les montagnes ariégeoises. Dernier épisode de l'anatomie d'un procès en trois volets, à lire ou à relire: le premier et le deuxième.

Au premier rang de la cour d'assises située rue des Fleurs à Toulouse, la mère de Kevin Sellier tire un peu sur son pull de novembre pour le remettre en place. Elle s'approche à la barre comme ça, presque à pas feutrés. De neuf heures du matin à dix-neuf heures, épaulée par des proches, elle a écouté durant ces quatre derniers jours l'histoire des accusés Cindy Pereira et Joan Gamiochipi en silence. Elle souhaite maintenant dire quelque chose. Sa propre vérité, une vérité universelle qui tient en peu de mots. «Quand Kevin est mort, une partie de moi est morte avec lui.»

Ce procès en appel aura duré cinq jours. Cinq journées moites pour sillonner cinq années de sueur et de sang, de souvenirs flétris et d'existences interrompues. Cent-dix-sept heures au terme desquelles les neufs jurés ont dû souscrire à l'une des vérités exposées devant la cour d'assises pour rendre un verdict. Depuis 1808, «la loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs: "Avez-vous une intime conviction?"». C'est l'article 353 du Code de procédure pénale, qui pourrait se traduire autrement: les jurés, pas plus que les trois magistrats assis à leurs côtés, n'ont à faire part de leurs motivations. Ce qui les aura convaincus, la preuve scientifique ou le témoignage qui les aura entraînés dans une histoire plus que dans une autre, nous ne le saurons jamais. Tout est question de perception.

Joan demande l'acquittement pour l'assassinat. Cindy n'en demande pas tant. Juste que, peut-être, sa peine soit à l'image de ce qu'elle est.

En première instance le jury populaire de la cour d'assises de l'Ariège avait penché vers la thèse dite machiavélique, l'homicide volontaire avec préméditation, et déclaré Cindy Pereira et Joan Gamiochipi co-auteurs de l'assassinat de Kevin Sellier. Devant la cour d'assises de la Haute-Garonne Joan demande l'acquittement pour l'assassinat mais, assumant les actes qu'il a décrits au cours de l'audience, réclame une qualification-relais pour recel et atteinte à l'intégrité du cadavre (qui sont des délits punis d'une peine d'emprisonnement de un à deux ans); Cindy n'en demande pas tant. Juste que, peut-être, sa peine soit à l'image de ce qu'elle est, en plus d'être à la hauteur de la gravité de son acte. Nous sommes vendredi, un vendredi tout bête. Tout de même, a-t-on déjà vu vendredi plus important?

Qu'auront vu les jurés cette fois-ci? Le doute ronge les viscères. L'intime conviction, elle, permet de rester debout. L'intime conviction, comme dans n'importe quel procès d'assises et pas seulement celui de Joan et Cindy, commence aux pieds de la montagne. Au cours de l'ascension, il faudra faire avec son seul vécu, ses lourds préjugés et ses maigres savoirs, pour espérer arriver au pic. C'est une épreuve qui vous transit alors même que vous êtes à la meilleure place dans la salle, celle du simple observateur. La moindre information devient cette brindille dans la forêt. Que penseriez-vous si vous découvriez que Joan avait supplié sa petite amie d'adopter un chaton lorsqu'ils habitaient ensemble? Et si vous saviez que Cindy travaillait à la bibliothèque de la prison pour verser elle-même de l'argent au fond de garantie destiné à la famille de Kevin? Est-ce que cela changerait votre perception des choses? Et, si c'était le cas, à quel moment?

Il y a d'abord cette histoire qui fait les gros titres. Puis celle, infiniment plus complexe, qui sort de la bouche des accusés. Viennent ensuite les déclarations rabâchées jusqu'à perdre de leur substance, à la manière de ces mots qui, à être scrutés trop longtemps, finissent par vous faire douter de leur orthographe. Entrent en jeu les attitudes des uns et des autres, qu'ils soient en haut de la machine judiciaire ou témoins de moralité, les intonations ternes et les intonations montantes. Les silences, aussi. Et c'est ici enfin, au creux de ce petit air froid, que se manifeste l'intime conviction. Il est finalement difficile de juger une personne sans se juger soi-même. Questionner l'identité de Joan et Cindy revient à nous interroger sur la nôtre. Qui sommes-nous vraiment?

«Je rappelle toutefois leur jeune âge, et l'absence de casier judiciaire», conclut l'avocat général dans son réquisitoire. À peine majeurs Joan et Cindy quittaient, au moment du drame, l'âge de l'innocence. Cindy venait de claquer la porte du nid familial, avide d'indépendance face à une mère qui était, de son propre aveu, un poil trop envahissante, et avec qui souvent elle se disputait. Son petit ami était à des milliers de kilomètres. Joan venait d'entrer à l'internat pour suivre une classe préparatoire et préparer ses concours aux grandes écoles. Il ne revenait chez lui que les week-ends. Ce que l'avocat général ne dit pas, c'est tout ce que la solitude vous amène à faire.

La mise à nu aura lieu pour tout le monde

Très tôt, Joan arbore un masque abject de prédateur pour éloigner les monstres, sans s'apercevoir que petit à petit il devient celui qu'il craignait enfant. Il perd son meilleur ami Stéphane*, terrorise Gaël* et crée chez d'autres «une tension subjective permanente.», comme le dira l'un des tous premiers experts. Mais il n'est pas le seul à se protéger derrière les faux-semblants. Tous les autres jeunes interrogés à la barre livrent, avec la sincérité du recul, une image dissociée de celle qu'ils ont pu montrer à Joan à l'époque. Puisque la cour d'assises est un jeu d'action-ou-vérité grandeur nature, la mise à nu aura lieu pour tout le monde. L'un précise avoir mis lui-même de l'ironie dans ses commentaires pour cacher son écoeurement face aux fables morbides de Joan. Un autre admet avoir surenchéri à ses blagues de mauvais goût, être parfois entré dans son jeu. Le dernier avoue en avoir eu assez des manipulations de son ami, sans pour autant réussir à expliquer comment il n'a pu couper court à leurs relations.

«Quand Joan racontait qu'il torturait des animaux, ça la faisait rire.»

Laura, meilleur amie de l'accusée

La seule à s'être jamais offusquée ouvertement du comportement de Joan est la colocataire de Cindy, Laura, qui après l'avoir vu deux fois, demande à Cindy de ne plus le voir en sa présence «Je ne comprenais pas. Quand Joan racontait qu'il torturait des animaux, ça la faisait rire alors que si moi je lui avais raconté ça, ça l'aurait choquée.» Ce à quoi Cindy répliquera: «Comment voulez-vous prendre au sérieux quelqu'un qui dit qu'il éventre des chats, et qui la seconde d'après sauve votre chien qui manque de se faire écraser sur la route?» Aux anciens camarades de classe présents, le président de la cour, M. Huyette, pose cette question: «Mais si c'était votre ami, c'est bien que vous lui trouviez des qualités?»

Car il y a ce que Joan dit, et ce que Joan fait. L'un des témoins à charge revient sur le fait que Joan aimait prendre «le contrepied du prof», comme dans ce cours où il cherchait à démontrer combien il était facile de manipuler la police et de ne pas être incriminé. Le sujet de philo était alors la justice. Il précise, sans avoir à lui tirer les vers du nez, qu'il doit beaucoup à Joan. Ce dernier l'a soutenu et l'a aidé à réviser quand il peinait à bûcher ses cours. Il a réussi ses concours grâce à lui. Ce n'est pas une question rhétorique: peut-on être à la fois amoral et soucieux des autres? Mélusine*, sa petite amie, bien qu'elle ne puisse être impartiale, dit: «Joan m'a remis sur les rails, parce que j'avais de mauvaises habitudes, de sommeil etc. Mes notes d'ingénieur ont remonté.» Il avait de bons conseils, explique-t-elle, lui disait «qu'il fallait profiter de la vie et ne pas être frustré de ce que l'on ne pouvait avoir».

Joan est devenu son propre ennemi

Le personnage maléfique que Joan s'était construit ne lui servait plus à rien. Il n'aboutissait à rien d'autre que l'illusion d'être important, et c'est là qu'il est devenu son propre ennemi. Joan pensait que ses défauts et ses faiblesses, exposées à la vue de tous, seraient à l'origine de sa perte. C'est l'inverse qui s'est produit. La création du personnage de Joan est, à elle seule, plus dangereuse que ne le sera jamais la persona de Cindy puisqu'elle le fait apparaître plus dérangé qu'elle. Est-ce à dire qu'être capable de penser et déclamer de telles noirceurs reflète une réelle dangerosité? D'autres hommes, tel que le chanteur Marilyn Manson pour ne citer que lui, ont fait commerce de leur personnage malfaisant et de leurs fantasmes lugubres sans qu'ils n'aient jamais commis l'irréparable. Même s'il a dû, c'est vrai, essuyer les condamnations morales d'adultes respectables qui l'accusaient de pervertir une partie de la jeunesse et d'être à l'origine de bien des maux.

Noyés dans cette logorrhée macabre et face au poids de l'institution judiciaire, ses amis n'ont plus su qui il était. Si la préméditation a pu être retenue en première instance à Foix, c'est parce que les témoins ont affirmé que Joan leur avait parlé de la préparation du meurtre avant qu'il ne se produise le samedi 24 mars 2012. Ils ont été interrogés par les gendarmes entre sept et dix mois après les faits. Ensemble, ils ont parlé du fameux «plan Dexter» évoqué par Joan par SMS avant les faits ainsi qu' «en vrai» devant deux autres témoins, «des cordes, de l'outillage et du chloroforme» qu'il avait achetés avant les faits. Si après les faits il n'y a aucun doute quant à la réalité des propos déments de Joan, enregistrés pour la plupart via divers moyens de communication (les téléphones portables ont été exploités de fond en comble et les échanges sur Facebook soigneusement retranscrits), aucun SMS expédié avant le 24 mars 2012 n'a pu être retrouvé. Les deux autres témoins désignés affirment ne pas se souvenir d'annonce de Joan avant les faits. Lors d'une audition, les enquêteurs demandent à l'un des ex-amis et futur témoin au procès ce qu'il entend par «avant son anniversaire». Il répond: «Avant sa fête d'anniversaire. Sa date d'anniversaire, je ne la connais pas.» La fête d'anniversaire de Joan a lieu le 31 mars 2012, une semaine après le meurtre de Kevin.

Le «conformisme des souvenirs», ou «phénomène des co-témoins»

Il existe, en psychologie, un phénomène un peu particulier appelé «le conformisme des souvenirs» ou dit, dans le jargon judiciaire, «phénomène de co-témoins.»

«Avec le temps, écrit le docteur en psychologie sociale et cognitive Olivier Dodier, la mémoire se dégrade. Le premier à l'avoir observé expérimentalement est Ebbinghaus, en 1885, avec sa célèbre «courbe de l’oubli». En gros, lorsqu’on expérimente un événement, on oublie très rapidement un gros, gros, gros, gros paquet d’informations, jusqu’à atteindre un seuil de quantité d’informations qui s’inscrivent dans la mémoire à long terme. Le souci avec l’oubli, c’est que, parfois, on a besoin de se souvenir des choses de façon exhaustive. (…) Sauf que c’est impossible, on a oublié la majorité des informations. Mais avant même de se rendre compte de tout cela, notre mémoire va réussir à reconstruire l’événement afin de garantir un sens général, et surtout, une cohérence afin qu’il nous paraisse authentique. Et c’est là que l’on va commencer à parler de faux souvenirs. Tous nos souvenirs des événements les plus marquants de notre vie comportent des faux souvenirs. Ça peut faire peur, dit comme ça, mais c’est ainsi. C’est simplement le fonctionnement normal de notre mémoire.»

Le phénomène de co-témoignage est largement étudié et documenté depuis ces vingt dernières années.

Cela ne signifie pas qu'il y ait eu, derrière les témoignages des anciens copains de Joan, une intention de nuire, sinon qu'il s'agit plutôt d'une piste pour comprendre pourquoi aucun élément matériel ne permet d'appuyer leurs souvenirs. Devant la cour d'assises, le président aborde la publication d'un article de La Dépêche de mai 2012, le premier qui fait état d'un corps retrouvé près de Vicdessos. Ce papier en ligne a été diffusé, partagé et commenté par les élèves de prépa sur leur groupe Facebook. «Vous en avez parlé entre vous?», demande M. Huyette à un témoin. «Oui, on en a un peu parlé.» S'il faut se placer du côté de l'homme raisonnable (référence qui permet, en droit, d'établir la conduite sociale moyenne), alors admettre que dans une situation identique n'importe qui en aurait un peu parlé est un euphémisme.

Une semaine après son audition en janvier 2013, Stéphane* –qui avait parlé du chloroforme acheté par Joan– est retourné spontanément à la gendarmerie. Il souhaitait revenir sur sa déposition. «Concernant le chloroforme, je ne suis plus sûr qu'il m'en ait parlé.»

Sur les bancs de la cour d'assises, les anciens amis de Joan écoutent la fin de l'audience, assis les uns à côté des autres.

Le masque de Cindy

Pour autant Cindy, incapable aux yeux de ceux qui la côtoient d'avoir la matrice nécessaire pour planter des coups de couteau dans une chair au point d'en scier les côtes, Cindy empreinte de puissantes valeurs chrétiennes qui ne peut voler un bonbon et prend les plus faibles sur son dos, cette Cindy-là pourrait-elle vivre aujourd'hui avec l'idée d'avoir désigné coupable un homme qu'elle sait innocent? Derrière quel masque se cacherait-elle? Et si, à tendre l'oreille, elle n'avait pas changé d'histoire, mais qu’elle était en réalité restée fidèle à elle-même?

Quand Fredy, le beau-père de Cindy, arrive à l'audience, il pleure avec la dignité de ceux qui s'étaient juré de ne pas le faire.

«Pouvez-vous nous dire quelle relation vous avez avec l’accusée?
- Je suis son papa.»

Après ça, il n’y a plus de question.

«Au premier procès, j'ai entendu des choses horribles... Elle n'a pas eu cinquante petits copains, c'est pas vrai, quand elle en a eu je le savais, on en parlait. J'ai retourné cette histoire cinquante mille fois dans ma tête, et la seule réponse qui me reste c'est: "ce n'est pas concevable." C'est pas elle. (…) Je vais la voir toutes les semaines. Après avec le métier que je fais, je suis commercial, et le samedi est une grosse journée, j'ai posé des heures.»

Il reprend son souffle.

«Ca faisait trois ans que je cherchais la vérité, mais quarante-cinq minutes ça passe très vite, vous vous dites bonjour et hop, on vous dit de sortir. J'ai lutté, lutté, et au bout de trois ans elle a fini par me le dire. Que c'était pas elle.»

C'est inconcevable. Ce n’est pas Cindy. À propos du meurtre, l'élue de Saverdun et mère de sa meilleure amie, a dit plus tôt à la barre: «Je ne la crois pas.» Quand l'avocate de Joan, Me Ferreira-Houdbine, a tenté de corriger: «Ne serait-ce pas plutôt que vous ne voulez pas la croire?», la dame a répondu: «Non. Je ne la crois pas.»

«Vous parlez d'un viol, moi j'ai noté un rêve érotique.»

L'avocat général

Pendant l’une de ses premières gardes-à-vue, ses mots sont pourtant: «J'en avais marre, il fallait que je tape.» Elle assume. Elle est prête à payer pour ce qu'elle a fait, c'est-à-dire tout, excepté préméditer son geste. Dans la voiture qui bat la montagne, Cindy n'a digéré ni le viol, ni le vol des 420 euros chez ses grands-parents, et dans ce contexte d'angoisse muette –elle qui ne parle pas de l'agression sexuelle, Kevin qui n'avoue pas son larcin– cette main sur sa cuisse l'a soudain entraînée à l'extérieur d'elle-même. Seulement voilà, comme dit l'avocat des parties civiles Me Debuisson lors de sa plaidoirie: «Le viol, personne ne vous croit!» Appuyé à la clameur de l’avocat général: «Vous parlez d'un viol, moi j'ai noté un rêve érotique.»

La famille de Kevin Sellier ne la croit pas. La société ne la croit pas. Ceux qui l'aiment ne la croient pas. Qui fait naître la vérité, celui qui l'énonce, ou celui qui l'entend? Au début de sa détention, il y a cinq ans, Cindy supplie son avocat: «Dites à mes parents de ne pas venir me voir, je ne le mérite pas. Qu'ils me renient!» La cellule comme refuge d'expiation des pêchés. Cindy consent aux valeurs d'honnêteté et de responsabilité inculquées dans son enfance. À travers cette vérité initiale elle est, à l’inverse de Joan, en accord avec son identité. Mais cela ne suffit pas. Alors à la première vérité se substitue une autre vérité.

Qu’elle doive protéger sa famille parce que Joan a menacé de les écorcher vifs ou parce que c'est inconcevable pour eux, dans les deux cas Cindy comprend. Sa famille doit survivre à ce qui s'est passé. Elle dira ce qu'il faut dire, s'accusera du crime et sacrifiera sa liberté pour en payer la faute ou réfutera l'avoir commis pour préserver les siens, peu importe. Il lui faut redevenir elle-même, retrouver sa place.

A quel point connaissons-nous nos amis et à quel point les parents connaissent-ils leurs propres enfants?

La mère de Cindy –tout comme son ancienne colocataire Laura– dit que Cindy venait la voir en cas de souci, qu'elle était capable de demander de l'aide, des conseils. «Vous a-t-elle raconté ce qui s'est passé chez son père, lorsqu'elle avait douze ans et que sa grand-mère a dû venir la chercher?» Chacune leur tour, les femmes hocheront la tête pour dire que non. Il y a ce que l'on prétend être et ce que l'on tait, ce que l'on ne remarque pas et ce que l'on sait. Cindy avait un mobile, Joan n'en avait pas. Joan a une histoire constante, Cindy un récit changeant. Cela suffit-il à y voir la culpabilité de l'un et l'innocence de l'autre? Joan était immature et Cindy avait la tête sur les épaules, Joan mentait comme un arracheur de dents sans que ses parents ne soient au courant, Cindy pouvait garder un secret de plomb dans la main sans que ses proches ne le voient. A quel point connaissons-nous nos amis et à quel point les parents connaissent-ils leurs propres enfants? Et, enfin, jusqu’à quel point sommes-nous prêts à nier notre identité pour être acceptés?

Révéler sa vérité

Devant la cour d'assises de Toulouse l'avocat de Cindy, Me Boguet, demandait le deuxième jour au médecin légiste: «Nous avons une accusée d'1m55 et un accusé d'1m93 face à une victime d'1m70. Ne pourrait-on pas dire qu'il y en a un qui est plus apte à porter des coups?» L'expert répondit: «Absolument pas. Tout dépend de la position de chacun.» Il y a malgré tout ces fractures bucco-dentaires infligées après la mort de Kevin. Devaient-elles servir à empêcher son identification? Si c'est le cas, cela dénote une certaine organisation –et par là peut-être une certaine préméditation– des accusés. Or les dents, et elles n'ont pas toutes été déchaussées, ont été retrouvées sur place. Les enquêteurs n'avaient qu'à se baisser, et elles étaient là, certaines à terre et d'autres encore à leur place. Alors qui, et pourquoi? «La question de la force des coups est toujours délicate, poursuivit le médecin, mais pour briser des dents, qui sont une structure osseuse assez solide , ainsi que le nez, n'importe qui qui aura fait du rugby comprendra qu'il faut un coup appuyé.» Le président de la cour demanda: «Quel intérêt de porter des coups après le décès de la victime?» L'expert fit une pause pour réfléchir, avant de soupirer: «Il y en a-t-il un? Je ne peux pas répondre... Je ne suis pas psychiatre.»

L'union fait la force et peut-être que Joan fait sauter le verrou, de par ses propos ou sa seule présence, des dernières barrières de Cindy. Peut-être que Cindy a donné les clés de l'abîme à Joan, qui s'y est enfin engouffré. Quant à la préméditation, comme le dit Me Boguet, «Est-ce l'œuvre de professionnels? Absolument pas. Il aurait fallu s'équiper d'une pelle, descendre la pente dix mètres en contrebas, et les choses eut été différentes.» Dans tous les cas il est très douloureux de révéler sa vérité et d'échouer. Et le plus ignorant de tous reste la personne qui, assise au fond de la salle, ne peut que regarder ce qui se joue devant elle. En quoi mon intime conviction vaut plus que celle des jurés?

Le vendredi 17 novembre, vers 16h30, les jurés de la cour d'assises de la Haute-Garonne ont reconnu en appel Joan Gamiochipi et Cindy Pereira coupables de l'homicide volontaire avec préméditation de Kevin Sellier, les condamnant respectivement à 25 et 22 ans de réclusion criminelle.

En savoir plus:

Elise Costa Chroniqueuse judiciaire

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