Culture

«Lac noir», balade inspirée avec l'amour et la mort

Temps de lecture : 2 min

Sur les chemins du Sud de la France, le premier long métrage de Jean-Baptiste Germain est une troublante quête, violente et spirituelle.

Bruno Dauphin et Clémentine Billy
Bruno Dauphin et Clémentine Billy

Il est rare de rencontrer un film, a fortiori un film français, en n’ayant pas la moindre idée de ce qu’on va voir. Il est beaucoup plus rare encore, et en l’occurrence tout à fait réjouissant, de découvrir ensuite ce film, séquence après séquence, en gardant le même sentiment d’imprévisible et de singularité.


Lac noir est le premier long métrage d’un réalisateur, Jean-Baptiste Germain, dont on confesse n’avoir jamais entendu parler avant, bien qu’il ait signé des courts et des documentaires. Les autres noms à l’affiche n’en disent pas davantage. Mais surtout…

Surtout il y a la séquence d’ouverture, avec cet homme parlant, face caméra. L’image est en noir et blanc, le format est celui, ancien, du 1,33.

Promenade amoureuse

Cet homme est prêtre, il parle de son frère malade, mourant. Il parle de miracle et de prière. Ce pourrait être ridicule, ou indifférent, c’est bouleversant de justesse, de présence humaine. Présence humaine: le visage, la parole. C’est tout, ça suffit.

Cet homme dont on ne sait rien disparaît, il reviendra bien plus tard. Nous voici ailleurs, dans la campagne, le long d’une rivière. Un garçon et une fille, ils marchent, c'est une promenade amoureuse, mais pas seulement.

À nouveau ailleurs, à nouveau plein cadre, elle raconte sa rencontre avec lui.

Lui, Bruno, est impressionnant, inquiétant, émouvant. Une force physique, une fragilité, un côté très sombre. Elle, elle l’aime, voilà. Le film suivra leur chemin, vers une destination, peut-être imaginaire, qu’il s’est assigné: le lac noir de son enfance.

Du côté des mythes

Par facilité peut-être, on songe à Robert Bresson, à Au hasard Balthazar surtout. Il y a cette urgence de chaque plan, ce côté intraitable et inquiet, à la fois très physique et très spirituel.

Spirituel? Chrétien, oui, baptême, confession, charité, et même la fraicheur et la pénombre d'une église de village. Mais chrétien du côté des mythes et des mystiques, sûrement pas des appareils de pouvoir.

Lac noir est un road-movie émaillé de stations, un chemin de croix dans la campagne méridionale, l’errance d’un chevalier condamné, une marche implacable vers un sommet où se trouve un gouffre. On croise une mémoire d’utopie activiste, l’ombre de nazillons, un ange mutique, un péché inavouable. On avance.

La beauté et la souffrance

Raconter les péripéties ne dirait pratiquement rien. L’important, qui entraîne dans le sillage de Bruno, dépend de cette tension permanente entre la beauté et la souffrance, tension qui irrigue le film.

Lac noir est un film violent, bien qu’on n’assiste à aucune scène de brutalité. La violence est en lui, Bruno, elle est dans son passé auquel il ne peut échapper, elle est dans le destin mortel des vivants.

Qu’on le sache très bien n’y change rien, dès lors que la caméra sait redonner tout son poids, silencieux et omniprésent, à cette évidence.

Sous le soleil des montagnes du Languedoc, la rudesse des pierres et la caresse des peaux conspirent à creuser un abime troublant. Un souffle passe, du cinéma se fait.

Lac noir

de Jean-Baptiste Germain,

avec Bruno Dauphin, Clémentine Billy, Madanie Boussaïd, Philippe Chompret

Durée: 1h06

Sortie le 20 décembre 2017

Séances

Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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