Sports

L'arbitrage vidéo autorisé, la glorieuse certitude du fric et du football magnifiés

Temps de lecture : 3 min

[BLOG] La Ligue de football ne fait qu'entériner une vérité partout admise: le football, en tant qu'art, a vécu. Place au triomphe de l'argent et à ses corollaires.

FRANCK FIFE / AFP
FRANCK FIFE / AFP

Jusqu'à jeudi le football pouvait encore prétendre être un art, une réplique si exacte de la vie dans toute sa démesure et dans toute sa folie qu'il en était même devenu universel. Le football était la vie; la vie était le football. La vie dans toute sa splendide injustice, la vie avec ses vices et ses coups du sort, la vie avec son lot d'injustice et d'arbitraire, la vie qui d'un coup d'un seul peut vous abattre comme elle peut surseoir à votre exécution.

Depuis jeudi, depuis la décision de la Ligue d'autoriser l'année prochaine l'arbitrage vidéo, le football a cessé d'être cette métaphore de la vie pour devenir un vulgaire produit régi par les lois du commerce, régi par les marchés, régi par les flux financiers, régi par toutes ces grandes personnes qui ont assassiné en eux leur part d'enfance afin de s'assurer que leurs putains de dividendes ne dévisseront plus par la faute d'une décision arbitrale contraire à leurs intérêts.

Le football envisagé comme un spectacle, un simple spectacle, une industrie, un divertissement, un investissement surtout où l'on s'assurera à toutes fins utiles que le vainqueur sera toujours celui qui a aligné le plus de billets pour l'être; vainqueur à coup sûr. C'est la dernière victoire du capitalisme. La plus grande peut-être. La plus symbolique. La plus triste aussi.

Il fallait à tout prix abolir le hasard du football.

Les sommes engagées étaient devenues bien trop importantes, les enjeux financiers trop conséquents pour que perdure ce sport par trop populaire où sur une décision malheureuse de l'arbitre, sur un hors-jeu litigieux, sur une faute inexistante, sur une erreur d'appréciation ou d'interprétation, le cours d'une rencontre pouvait tourner à rebours de la logique sportive.

Insupportables aléas que nos grands argentiers qui ont accaparé le football pour mieux le saigner ne pouvaient endurer plus longtemps. Il fallait chasser à tout prix l'injustice des pelouses, il fallait que la victoire revienne à coup sûr à celui qui aurait investi le plus d'oseille, il fallait que cessent ces incongruités d'un autre temps où, sur un malentendu, sur un penalty oublié d'être signalé, sur un un penalty sifflé à tort, une défaite, en tout point imméritée, pouvait advenir.

Tuons la poésie, tuons le romantisme, établissons la glorieuse certitude du fric et du sport afin que triomphe la loi du plus fort, afin que le fort demeure le plus fort, afin que plus jamais le faible n'humilie le fort, afin que les forts se disputent entre eux le trophée suprême.

C'est la mort d'une certaine idée du football, d'une idée vieillotte, d'une idée désuète qui prétendait que le sort d'une rencontre n'était jamais connu avant le coup de sifflet final, qu'il suffisait d'un rien pour que les cartes soient à nouveau redistribuées, qu'un coup du sort susceptible de changer la donne pouvait toujours survenir.

Le football était merveilleux en cela. Et pour cela.

Parce qu'il imitait la vie. Parce qu'il était la vie. La vie dans toute son exubérance et sa démesure. Parce qu'il échappait parfois à la raison économique, à la raison tout court. Parce qu'il permettait de penser que si, n'était-ce ce fils de p... d'arbitre, la partie était pliée. Parce qu'il entretenait la rage d'avoir été battu alors qu'on ne le méritait pas. Parce qu'il permettait que même vingt ans plus tard, on continuait à revisiter une rencontre afin d'examiner quelle tournure elle aurait pu prendre si seulement ce bâtard d'arbitre...

Les mauvaises décisions arbitrales étaient comme ces pots de fleur qui, par mégarde, au sortir d'une réunion où vous veniez de signer l'affaire du siècle, dégringolaient sur votre crâne et vous ramenaient à la case départ de vos espoirs déchus.

Maintenant, tout ceci est définitivement perdu.

Le football est entré dans l'âge de raison.

Bientôt, dans cinq ans, dans dix ans, les mi-temps disparaîtront pour être remplacées par des tiers-temps; publicité oblige. On aura le droit à des temps morts; publicité oblige. Les rencontres s'étaleront sur trois heures; publicité oblige, et à chaque interruption, des majorettes viendront lever leurs gambettes pour la plus grande joie des spectateurs qui entre deux actions iront se goinfrer de nourritures indigestes et de boissons sucrées.

Plus rien ne résistera au football. On n'arrête pas le pouvoir de l'argent.

Ceux qui prétendent le contraire sont soit des imbéciles, soit des cyniques, soit les deux à la fois.

Le football tel qu'on l'a connu, aimé, admiré, tel qu'il nous a fait vibré, est vraiment mort. Mort comme le père de Michel Platini jeudi.

Il faut être absolument moderne, prétendait Rimbaud.

En poésie, très certainement.

En football, assurément pas.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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