Parents & enfants / Culture

Vous vous souvenez du temps où il n'y avait qu'un seul ordinateur pour toute la famille (et rien d'autre)?

Temps de lecture : 4 min

Je suis heureuse d’avoir grandi dans un monde où l'on ne pouvait pas être connecté dans son coin partout tout le temps.

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Vieux PC | growdigital via Flickr CC License by

Les ordinateurs sont partout, de nos jours. La majorité d’entre nous en ont un petit dans la poche; certains en ont un autre autour de leur poignet, un troisième au bureau, et un ou deux de plus à la maison. Mais tel n’a pas toujours été le cas. Je me souviens de l’époque –la longue époque– où les envies numériques ne pouvaient être assouvies que par l’intermédiaire de l’unique ordinateur de la maisonnée. L’ordinateur familial était alors –comme son nom l’indique– partagé par toute la famille.

Cette perspective peut faire horreur à une époque où connectivité et praticité sont devenus les maîtres-mots, mais avec le recul, j’estime que cette situation ne manquait pas de charme. Instant nostalgie:

«Je dois regarder mes e-mails!
-Mais je suis en train de jouer à
L’Odyssée des Zoombinis!
-Ça fait des heures que tu joues! Je veux aller sur AIM!
-Tu peux faire une recherche pour moi sur Alta Vista?»

Un usage partagé et négocié

Ces prises de bec incessantes, ces familles qui s’interpellaient à travers la maison: j’avoue éprouver beaucoup d’affection pour ces vieilles habitudes, parce qu’elles font défaut à l’atmosphère domestique d’aujourd’hui. La présence d’un ordinateur familial exigeait une forme de coopération, de respect et de patience. Si l’on n’avait besoin de l’ordinateur que pour quelques minutes, on se contentait de ce temps imparti et l’on laissait sa place à une autre personne une fois la tâche accomplie. Et si l’on voulait rester scotché à l’écran pendant plusieurs heures, il fallait parvenir à un compromis avec les autres membres du foyer; s’adapter aux besoins de chacun.

Les détracteurs de la génération Y aiment à répéter qu'elle est celle du «j’en veux toujours plus»; qu’elle est obsédée par la recherche de la satisfaction immédiate. Mais la tranche la plus âgée de notre génération se souvient parfaitement de l’époque où la technologie était synonyme de patience et de partage; pratiques différentes et sans doute un peu plus collaboratives que celles qu’ont connues nos parents lorsque la télévision a fait son entrée dans les foyers. L’ordinateur était très utile, et nous aimions tirer parti de ses capacités –mais il fallait également l’utiliser avec efficacité; profiter du temps qui nous était imparti (car il était précieux et limité). Nous avons certes piqué quelques crises pour pouvoir l'utiliser plus souvent à l’époque, mais nous avons retenu la leçon.

Utiliser l’ordinateur était un acte en soi, comme le fait de s’installer devant la télévision –une activité clairement distincte des autres occupations quotidiennes. Nous vivons dans un monde bien différent aujourd’hui. Un monde où les technologies de reconnaissance faciale permettent d’entrer et sortir du monde numérique en jetant un simple regard à son iPhone X. Un monde où l’on peut profiter de n’importe quel temps mort pour jouer à un jeu vidéo ou consulter ses messages; où nous sommes tous connectés en permanence à l’aide d’alertes et autres notifications push. Les ordinateurs font entièrement partie de notre vie quotidienne. La technologie a perdu un peu de sa magie, et nous avons moins tendance à l’apprécier à sa juste valeur.

Une aventure collective

Dans ma famille, le fait de posséder un ordinateur commun était un moyen de passer plus de temps ensemble. Si l’on voulait utiliser la machine après maman, il fallait mieux ne pas trop s’éloigner de la «pièce de l’ordinateur» –ce qui impliquait de devoir parler à ses parents et à ses frères et sœurs, aussi incroyable que cela puisse paraître! Et si quelqu’un jouait à un jeu vidéo, il était toujours possible de prendre une seconde chaise et de partager l’expérience, ou de se relayer aux commandes. L’ordinateur était alors un vecteur de cohésion familiale. Aujourd’hui, il est souvent synonyme d’isolement, ce qui est bien dommage.

Il va sans dire que l’ordinateur familial n’avait pas que des bons côtés. Pour l’utiliser loin des yeux indiscrets, il fallait souvent attendre que la maison soit vide; et encore, on ignorait souvent comment effacer l’historique de navigation. Lorsqu’une personne téléchargeait un virus par mégarde, c’est la maisonnée entière qui en subissait les conséquences. J’ai déjà mentionné les prises de bec interminables que pouvait susciter la question du partage de l’appareil. J’imagine que lorsque chacun utilise son téléphone ou sa tablette comme il l’entend, la vie de famille est plus paisible. En outre, l’ordinateur familial serait aujourd’hui vécu comme un handicap de taille pour toute famille comptant plusieurs étudiants; ces derniers travaillent souvent en ligne (pour faire des recherches ou rendre des devoirs). Lorsque plus d’un ou deux enfants bataillent pour avoir accès à l’ordinateur, c’est leur éducation qui s’en trouve affectée.

Reste que je suis heureuse d’avoir connu l’heure de gloire de l’ordinateur familial. Nous sommes seuls face à nos smartphones et autres machines portables désormais; à l’époque, l’apprentissage du fonctionnement de l’appareil était une aventure collective, et nous étions tous sur la même longueur d’onde. J’ai appris la valeur de l’accès instantané à l’information et des conversations en ligne, sans me laisser envahir par ces atouts numériques. Mais puisque la «pièce de l’ordinateur» appartient désormais à une période révolue, et puisqu’il faut vivre avec son temps, j’apprécie aujourd’hui la liberté et la flexibilité qu’offrent les appareils mobiles. Ces derniers me permettent par ailleurs de rejouer à mon jeu PC préféré de l’époque, récemment adapté sur smartphone; la modernité n’est donc pas sans avantages.

Christina Bonnington Journaliste spécialisée en nouvelles technologies

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