FRANCE
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- Par Jean de Kervasdoué
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Jean de Kervasdoué est un économiste spécialiste des hôpitaux. Il est titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et membre de l'Académie des technologies. Il a été directeur général des hôpitaux. Il a publié de nombreux ouvrages sur la situation du système de santé en France notamment.
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Jean de Kervasdoué
Jean de Kervasdoué est un économiste spécialiste des hôpitaux. Il est titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et membre de l'Académie des technologies. Il a été directeur général des hôpitaux. Il a publié de nombreux ouvrages sur la situation du système de santé en France notamment.
Stories from Jean de Kervasdoué
Le monde d'après la crise
Préserver le passé à tout prix en prétendant que rien n'a changé nous coûtera cher.
Allons-nous changer d'époque, ou la crise économique actuelle n'est-elle que passagère, une après tant d'autres, seulement un mauvais moment à passer? Le capitalisme, depuis deux siècles, s'est toujours relevé indemne, sinon renforcé, de ses krachs. Il le fit certes au prix de drames, mais apporta des bienfaits tangibles à la partie la plus riche, la plus occidentale de l'humanité. Elle n'a en effet jamais ni aussi bien, ni aussi longtemps vécu. Elle n'imagine pas vivre autrement. Si elle craint le réchauffement de la planète, elle ne pense pas que son système de redistribution puisse être remis en cause, ou que l'Etat, faute de moyens, cesse de porter secours à telles ou telles entreprises ou territoires. La crise de 1929 inspire les politiques du moment. Les erreurs économiques d'hier semblent avoir été évitées. Mais, à juste titre, le Monde hésite car nous ne sommes plus en 1929.
La population mondiale a plus que triplé depuis cette date. Seul un infime pourcentage de l'humanité vit encore en autarcie. Si, dans les années 1930, plus de 80% de l'alimentation de Paris, provenait de la région parisienne, ce chiffre est aujourd'hui inférieur à 15%. Nous ne vivons que grâce au maintien des réseaux d'électricité, de transport, de froid. S'ils s'interrompaient, certaines villes françaises auraient moins d'une semaine de stock. La mondialisation n'est pas que capitaliste, elle est aussi technique. Par ailleurs, en moins de dix ans, Internet a maillé la planète. L'autre, l'étranger d'hier, est le voisin d'aujourd'hui.
Si donc l'on peut examiner à la loupe les politiques économiques de la dernière grande crise, le système socio-technique a changé de nature. Il n'y avait pas à l'époque de sécurité sociale et pas de redistribution massive. Les Européens n'étaient pas encore les Saint-Martin qu'ils sont devenus, puisqu'ils reversent aujourd'hui, par le biais des prélèvements obligatoires, non pas la moitié de leur manteau, mais près de la moitié de leurs revenus. Il est frappant d'ailleurs de constater que cette crise s'accompagne d'un espoir de renouveau des solidarités, ce n'est pas son seul acquis.
La croyance dans les bienfaits systématiques du marché perd de son arrogance. Les yeux s'ouvrent. On découvre que la dette des ménages peut être aussi dangereuse que celle des Etats, que les entreprises sont les premières créatrices de richesse et qu'elles n'auraient jamais dû se transformer en machines à fabriquer du cash pour leurs seuls actionnaires, que les financiers ont détourné à leur profit les plus values des classes défavorisées (vieille histoire), mais aussi (phénomène nouveau) des classes moyennes, que l'absence d'attachement à un territoire est dramatique, que les hommes perdent leur âme quand leurs entreprises perdent leur sens et deviennent juste un objet de commerce, une chose à acheter et à vendre ...
On découvre aussi les turpitudes des Etats, y compris européens, qui favorisaient soit dans la légalité, soit dans l'illégalité plus ou moins généralisée, cette fuite en avant.
Les situations difficiles ne se traversent qu'avec un sens partagé de la justice et de l'effort. Elles reposent donc toujours la question de la solidarité entre pays, entre territoires, entre classes sociales et entre générations. Qui est mon autre moi-même, mon allié ? L'euro va-t-il passer ce moment de vérité, au prix de quelle discipline, maintenue comment ? Jusqu'où, par l'intermédiaire de la monnaie unique, serai-je, moi, Français ou Allemand, solidaire de ceux qui ont organisé un paradis fiscal ou laissent perdurer un Etat, sinon maffieux, du moins très corrompu ?
En attendant, la France, comme d'autres pays, s'endette et, ce faisant, estime de facto que la situation économique sera un jour suffisamment bonne pour que ses dettes soient remboursées. Certains pays européens, à l'instar de nombreux pays du Sud, sont déjà en quasi-cessation de paiement, y compris dans l'Eurogroupe. Ce n'est pas encore le cas de la France, mais sera-t-elle assez productive pour rembourser ses dettes, alors que la situation démographique n'a pas changé ? On peut en douter.
Rappelons en effet que les premières cohortes de la génération du baby-boom prennent leur retraite et que leur financement n'était déjà pas acquis en période de croissance. L'assurance maladie est en déficit structurel, même avec un taux de croissance de plus de 2% par an. De surcroît, ces derniers mois, le droit du travail, et pas seulement aux Antilles, ne s'est guère simplifié et risque encore de peser sur la compétitivité française. Comment pourra-t-on demain être rigoureux, alors que tous les critères de saine gestion publique ont, du jour au lendemain, volé en éclat et qu'il paraît si facile de s'endetter ? Aucun pays ne semble plus être à vingt milliards près (1% du PIB français).
La méfiance s'est installée. Je ne vois pas les Français se discipliner et les égoïsmes corporatistes se taire. Je ne vois que les barrières, les ruptures, les isolements et l'inflation pour effacer les dettes. A quel prix préserve-t-on le Monde d'aujourd'hui ? N'hypothèque-t-on pas déjà le Monde de demain, en prétendant que rien n'a changé et en alourdissant encore la lourde charge qui pesait déjà sur les moins de cinquante ans ?
Jean de Kervasdoué
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Comments
ruineux plans de relance
Mais oui, monsieur Kervasdoué, vous avez mille fois raison. La succession des "plans de relance" - qui ne relancent pas l'activité économique - se paiera d'une éffroyable inflation, par laquelle les Etats achèveront de ruiner épargnants et retraités - déjà mis à mal par la crise boursière. Ce n'est pas de l'eau qu'on s'acharne à projeter sur l'incendie, mais de l'huile.
Quand il va fallor payer toutes ces folies, les corporatismes vont se mobiliser pour détourner la rigueur sur les autres. Et ce seront les chômeurs, les précaires, les jeunes, les exclus qui souffriront plus encore.
bricecout
Sûrement pas préserver le passé
Si pour reprendre une expression à la mode, la crise actuelle (mais est-ce une crise où une montée de fièvre pour nous signaler l'urgence) va impliquer une rupture, ce sera sûrement de mettre fin à la préservation du passé ou à la restauration d'un ordre ante.( C'est d'ailleurs la nature du sarkozysme et sans doute la cause de l' échec à venir de cette expérience populiste)
Mais le passé à gommer, ce sera celui du laisser faire, de l'enrichissez-vous et jouissez sans mesure
Ne nous trompons pas , les égoïsmes corporatistes à étouffer ce ne seront pas ceux que le modèle de hier condamnait, "celui des peu lotis au nom des moins bien servis", mais justement celui qui était érigé en devanture du monde à venir: la jouissance du fric ruisselant et accumulé,la liberté d'user des ressources naturelles sans retenue,le mépris des inégalités salariales,sanitaires et culturelles
j'ai lu ailleurs que la crise avait couté 26000 miliards de capitalisation boursière. Peut-être mais je me dis que l'avant crise avait généré la même somme de plus value boursière donc de richesses à partager
et si l'on commençait par là .
arlaten
Critères de saine gestion publique
Si je comprends bien l'article (ce qui n'est pas sûr) ceux qui prétendent que rien n'a changé sont ceux qui abandonnent les critères de saine gestion publique ? Est-ce bien cela ? C'est une vraie question, d'ailleurs les auteurs des articles pourraient-ils de temps en temps répondre aux questions (les polémiques c'est autre chose) ?
Sincèrement je ne vois pas bien comment, lors d'une secousse aussi violente de notre système économique et financier, on pourrait ne pas commencer par parer au plus pressé. Personnellement cela m'aurait ennuyé que ma banque (Société Générale) fasse faillite, et il me semble normal qu'on donne du temps à l'industrie automobile (par exemple) pour s'adapter, plutôt que de laisser Renault et PSA mettre la clé sous la porte. Que propose donc Jean de Kervasdoué, dont je ne pense pas qu'il prenne les dirigeants de nos entreprises pour de parfaits imbéciles qui ne songent qu'à se goinfrer (j'adore cette expression à la mode dans les commentaires de lecteurs qui ne semblent pas imaginer un instant à quel point eux-mêmes se goinfrent vus du Zimbabwe) ?
Epoque de chocs de contradictions.
Il me semble que ce qui différencie entre autres choses, cette crise de celles d'avant, c'est qu'un certain nombre de consommateurs a pris conscience que la vie avait d'autres buts que la consommation à outrance.
N'est-il pas difficile de concilier des informations aux effets contraires et de définir alors un mode de consommation adapté - quand on se sent concerné et un tant soit peu responsable ?
Le réchauffement climatique est un fait qui interpelle de plus en plus de consommateurs. Le pétrole est devenu une future denrée rare dont les prix vont exploser ; nous l'avons vu l'an passé. Comment continuer à acheter – aveuglément - des voitures connaissant ces données là ? Manifestement, les constructeurs n'ont pas vu ou su ou voulu voir et anticiper. Pourquoi nous consommateurs devrions nous supporter les conséquences de leur incurie ? Pourquoi faciliter un retour aux situations d'avant dont ils ont profité à nos détriments ?
Idem pour les disques, CD et autres DVD. A quoi cela sert-il d'acheter des vinyles, puis de les remplacer par des CD, puis d'autres supports à venir, ou passer des K7 aux DVD et actuel Blue Ray, etc. C'est sans fin, tout ça. . Alors que d'une part, on ne se sert pas de tout ce stock en permanence mais juste de temps en temps et d'autre part, les appartements sont de plus en plus petits, nous manquons de place, etc.. Certains n'achètent déjà plus de livres, de CD, DVD mais les louent. N'y a-t-il pas un changement de mode de consommation qui se fait jour ? Pourquoi acheter quand la location gère les soucis (manque de place, déplacements, encombrement, obsolescence, etc…) et donne la même satisfaction dans l'utilisation ?
Nous pouvons profiter de cette crise pour définir nos aspirations et priorités et inventer un autre futur ou justement trouver toutes les astuces pour revenir à la situation d'avant, celle de l'insouciance et de la fuite en avant.
La profusion de magazines et de livres sur le développement personnel, la recherche du soi, le savoir être au lieu du paraître, n'annonçait-elle pas ce changement de mentalités ?
On prête à André Malraux cette sentence : Le 21eme siècle sera spirituel, ou ne sera pas.
Et s'il y avait dans ces mots, un fonds de vérité et une amorce de solution ?
Soliste
Avec quel argent?
Le problème des chiffres (dettes publiques, valeurs boursières, etc...) ne font pas toutes référence au même argent. L'effacement de la valeur boursière n'a rien à voir avec un effacement de valeur réelle, car les entreprises dont la valeur boursière diminue n'en sont pas moins présentes. On peut même parler d'un retour à des valeurs boursières plus réalistes.
L'augmentation de la dette est un autre problème, mais qui pose la question de la nature de l'argent ainsi emprunté. Les banques créent de l'argent à partir de rien d'autre que le droit de le faire, il n'y a pas de contrepartie. Cet argent est créé contre un prêt (dette et monnaie étant les deux face d'une même pièce). Si l'Etat restait propriétaire de sa monnaie, il pourrait simplement se faire un prêt à lui-même, sans intérêt, avec augmentation équivalente de sa masse monétaire, sans que cela ne pèse sur les finances publiques - dans la mesure ou il arrive dans le même temps à garder le contrôle de l'inflation, sinon la dévaluation de la monnaie annule l'augmentation précédemment créée.
Pour que cette crise génère une salutaire rupture, il faudrait avant tout revoir tout e système de création monétaire, car le système actuel est fait par et pour les acteurs financiers: ceux-ci génèrent de l'argent à partir de rien, dont ils tirent un intérêt bien réel. C'est cette insouciance (on gagne à tous les coups) qui fait que le système financier se permet de faire n'importe quoi. Rien ne changera tant que les banquiers auront le droit de battre monnaie sans contrepartie, et pour mission première leur propre enrichissement. J'ai peur que ce soit mal parti...
=Vincent Verschoore=