France

Qui espère encore en France le rétablissement de la monarchie?

Temps de lecture : 4 min

Les partisans du retour de la monarchie couvrent un large éventail d’options philosophiques et politiques, allant de l’extrême droite maurrassienne et contre-révolutionnaire à une sensibilité favorable à 1789 et à la gauche.


Fleur de lys | James Stencilowsky via Flickr CC License by
Fleur de lys | James Stencilowsky via Flickr CC License by

Oui, il existe encore, en France, des partisans de la monarchie. Certes, relativement peu nombreux et très divisés, mais ils éclairent néanmoins sur le rapport ambigu que notre pays entretient avec l’idée monarchique, dont les fantasmes passés de restauration ont été les manifestations les plus spectaculaires.

Les réflexions d’Emmanuel Macron sur l’absence de roi en France ont ravivé sinon l’hypothèse monarchique du moins un songe que son exercice du pouvoir entretient: «Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif: le roi n'est plus là!»

Jean d'Orléans ou Louis XX

Pour la plupart, les royalistes français sont favorables au retour des Orléans, c’est-à-dire à dire à la branche des Bourbon descendant du dernier roi des Français, Louis-Philippe, et héritiers du Comte de Paris, grand-père du prince Jean, actuel prétendant au trône de France.

Au-delà de la question dynastique, qui laisse place à des partisans de Louis XX (descendant espagnol de Louis XIV, sacré cathodiquement par Thierry Ardisson) –témoins persistants d’une tradition légitimiste quasi-éteinte–, l’existence des royalistes est donc ce murmure qui, à l’oreille d’une France en apparence républicaine, pourrait un jour tenter de tirer parti du désarroi des citoyens devant le régime de la Ve République.

L’Action française et la veine maurrassienne

L’Action française (AF) a dominé la famille royaliste durant des décennies. Mouvement fondé par Maurice Pujo et Henri Vaujois en 1898, dont l’armature idéologique doit directement à Charles Maurras, l’AF est aujourd’hui représentée par son journal L'Action française 2000 (ex-Aspects de la France). Elle entretient la flamme du «nationalisme intégral», en bénéficiant de l’investissement de générations successives de jeunes activistes aux flirts constants avec l’extrême droite partisane.

Longtemps, c’est chez Sixte de Bourbon-Parme, prétendant carliste au trône d’Espagne, dans sa propriété de Lignières, que les séjours de formation de l'Action française, les camps Maxime Real del Sarte –du nom d’un sculpteur fondateur du mouvement des Camelots du roi–, se sont tenus.

Aujourd’hui encore, ces camps drainent un public militant jeune et souvent empreint d’une radicalité les classant davantage à l’extrême droite que parmi les simples partisans de la monarchie.

Certaines personnalités politiques actuelles sont même passées par les camps Maxime Real del Sarte, qui demeurent une institution importante pour une partie de la France: celle qui n’a rien appris, rien oublié depuis 1789 ou 1934.

Pour les cent ans de l’Action Française, l’Action Française 2000 avait titré «100 ans qui nous donnent raison», ne reniant aucun combat de l’organisation maurrassienne et épousant alors la cause «souveraniste» du combat contre les traités de Maastricht, d’Amsterdam et bientôt de Nice. Quelque temps auparavant, l’AF avait déjà formé ses militants à contrer le bicentenaire de la Révolution française en 1989, puis à préparer les 1.500 ans du baptême de Clovis en 1996 (la France accueillit alors Jean-Paul II).

L’AF participe ainsi à l’univers de la droite catholique (voire extrême droite) marquée par la contre-révolution autant que par l’esprit et la lettre du maurrassisme.

L’Action Française et les camps Maxime Real del Sarte subissent régulièrement des scissions, donnant lieu à l’émergence de revues ou de mouvements; ainsi en est-il du groupe Dextra, par la suite actif dans La Manif pour tous. Au fil des ans, différents groupes issus de l’AF ont créé leurs propres camps de formation. La revue Immédiatement fut l’une des tentatives les plus abouties d’un point de vue littéraire. Ses animateurs ont été, par la suite, également très impliqués dans La Manif pour tous.

La Nouvelle action royaliste, des royalistes républicains?

En 1971, une frange de jeunes militants d’AF, dirigés par Bertrand Renouvin, Gérard Leclerc et Yvan Aumont, rompt avec l’AF et crée ce qui va devenir la Nouvelle action royaliste –d’abord appelée Nouvelle action française–, dont l’évolution lui fit progressivement rompre avec les racines maurrassiennes de l’AF.

Le prétendant au trône de France, le Comte de Paris, reconnaitra par la suite à la NAR le grand mérite, selon lui, d’avoir expurgé le royalisme et le soutien à la Maison de France de ses travers idéologiques maurrassiens.

Le cas de la Nouvelle action royaliste (NAR) permet de comprendre la complexité du royalisme actuel. Voilà un royalisme compatible avec l’esprit de 1789, l’état de droit et l’idée du bien commun, qui revendique d’être le continuateur du «parti des politiques» vieux de plusieurs siècles.

À quelques égards, la NAR emprunte des références et hérite de La Nation Française, le journal de Pierre Boutang. Sa création est consécutive à Mai-68 et bénéficie de la bienveillance de l’écrivain Maurice Clavel.

Parmi les fondateurs de la NAR et figure charismatique de celle-ci, Bertrand Renouvin n’est autre que le fils du grand Résistant Jacques Renouvin, issu des rangs royalistes et mort en déportation à Mauthausen, l’effroyable camp de concentration situé en Autriche.

En mai 1974, Bertrand Renouvin est candidat à l’élection présidentielle au nom de la NAF. Il réalise un score de 0,17%.

Au fil des années 1970, plusieurs membres de la NAR sont élus (à Épinal, Angers) sur des listes d’Union de la Gauche lors d’élections municipales.

Connue pour son soutien à François Mitterrand, sa lutte contre la Nouvelle droite et son action aux côtés de SOS Racisme, la NAR incarne un royalisme aux accents gaullistes qui l’amène, en 2002, à participer à la campagne de Jean-Pierre Chevènement.

La NAR mène une intense activité intellectuelle dont ses «mercredis» sont emblématiques. Elle dispose également d’un journal, Royaliste –son organe officiel paraissant régulièrement– et a longtemps édité, sous la direction d’Ivan Aumont, un bulletin de réflexion de ses membres intitulé Le Lys Rouge.

Ainsi, les royalistes sont encore bel et bien présents en France. Certains d’entre eux, au cœur d’une crise de légitimité du régime, pourraient être tentés de tirer parti de la situation pour poser la question de la forme républicaine ou monarchique de la démocratie française.

En savoir plus:

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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