France

Finkielkraut et les «non-souchiens», c'est triste, l'égarement d'un homme

Claude Askolovitch, mis à jour le 12.12.2017 à 16 h 03

En reliant l'hommage des Français à Johnny à la question de l'identité, le philosophe a révélé au grand jour la bêtise que sous-tend une obsession malsaine. De par son histoire, la radio communautaire RCJ sur laquelle il s'exprimait méritait mieux que ça.

Alain Finkielkraut I Eric FEFERBERG / AFP

Alain Finkielkraut I Eric FEFERBERG / AFP

Mon père, de son nom de plume Roger Ascot, était un journaliste juif et un Français aimant. Je n’ai pas d’autre titre à me désespérer d’Alain Finkielkraut, qui était venu à son enterrement, à l’automne il y a six ans. Jamais mon père n'aurait voulu blesser quiconque, dans l’exercice de son magistère, et il n’aurait jamais alimenté la moindre haine, dans cette société infectée. Roger Ascot dirigeait des journaux de la communauté juive, et fut un fondateur de Radio communauté, désormais RCJ, où Alain Finkielkraut, dimanche dernier, vaticinait sur les petits blancs et les «non-souchiens», ces Français moins nets qui n'auraient pas pris le deuil de Johnny Hallyday.

Je suis journaliste, et juif en privé, et mon père avant moi, qui, lui, en fit son engagement. Je n’ai pas d’autre titre à m’attrister d’Alain Finkielkraut. Je pourrais, sans passion personnelle, enrager d’un philosophe qui enrobe de belles lettres les préjugés grégaires et l’aversion ethnique. Mais l’homme me blesse comme un familier égaré. La tristesse s’autorise d’une proximité des origines: il fut un temps où nous parlions de la même chose.

L'apaisement ou la peur

 

Nous eûmes en partage une manière d’aimer notre pays, ses lettres et ses paysages, Balzac et Renoir, Chartres pour la cathédrale et pour Jean Moulin, Anquetil ou Kopa, ou le Racing, et n’en être pas moins juif, d’un judaïsme de culture plus que de rites, et qui n’abdiquerait jamais son lien à Israël. Nous venions d’un monde qu’on jugera naïf, où l’on espérait la paix qui devrait bien venir, là-bas, et ici, un idéal qu’il fallait préserver: une France où nous, Juifs, par l’évidence même, campions près des opprimés, ceux que l’on regardait comme moins français que d'autres –nous avions été étrangers en Égypte disaient ces prières que nous psalmodions parfois.

J’ai été élevé ainsi, et Finkielkraut, n’est pas différent. Il dit parfois qu’il a redécouvert une France fragile, qu’il avait, jeune, négligée. Il en a, désormais, des abandons touchants:

«Je me suis retrouvé, par hasard, entre Sarlat et Brive, dans le Périgord. Je suis tombé en pâmoison devant un petit village, Saint-Amand-de-Coly, avec une église merveilleuse.»

Saint-Amand-de-Coly, via Wikimedia

Mon père, lui, aimait un vieux poète juif et sioniste, Joseph Milbauer, qui avait chanté les campagnes de France, et citait ses vers: «Dans le village où nul ne prie, l’église a froid de toutes ses pierres.» Nous n’étions pas des Français imaginaires, ni des juifs d’invention. Qu’en a-t-il fait? Mon père, qu’il s’agisse des juifs ou de la France ne savait qu’aimer. Il racontait et apaisait, à longueur de livres et de chroniques, le petit monde fragile des juifs de ce pays: ceux-là même que Finkielkraut étouffe de ses peurs et offre en excuse au racisme. Je n’ai pas d’autre titre à le regretter.

L'égarement d'un homme

 

On doit revenir sur le vertige réactionnaire d’un autrefois joyeux drille des désordres amoureux, désormais confit en refus. Son compère Bruckner ne vieillit pas mieux, mais que serai-je, demain? On sait tout cela. Finkielkraut de l'identité assiégée, du droit supérieur à ce pays dont auraient hérité les «Français de souche», Finkielkraut des ironies hostiles contre l’équipe de France «black-black-black», Finkielkraut de l’estime courtoise accordée à Renaud Camus, contempteur du «grand remplacement» de notre peuple. Il devient cela.

Alain Finkielkraut nous suggère, hélas, qu’il n’est pas de bonne réaction. On commence par regretter les facilités de son temps et déplorer les cahots de la transmission? On finit par vitupérer l’hommage rendu à un chanteur comme l’absolu de la décadence, et, parce qu’on ne peut plus s’en empêcher, saupoudrer sa diatribe d’ethnicisme canaille, c’est devenu une obsession.

Il faut bien entendre le propos de Finkielkraut, sur RCJ, dimanche 10 novembre. On y ressent intimement l’égarement d’un homme. Face à sa complice, la journaliste Elisabeth Lévy (enjouée, pas un instant pousse-au-crime), Finkielkraut nous réjouit, au début de sa chronique, tant on l’espère encore capable de nos joies communes. Il évoque à propos de Johnny un texte de Proust en défense de la «mauvaise musique».

«Finkie» n’a pas renoncé aux livres, et c’est un plaisir. «Telle fâcheuse ritournelle que toute oreille bien née et bien élevée refuse à l'instant d'écouter, a reçu le trésor de milliers d'âmes, garde le secret de milliers de vies, dont elle fut l'inspiration vivante, la consolation toujours prête, toujours entrouverte sur le pupitre du piano, la grâce rêveuse et l'idéal.»

On sourit alors du Finkie indulgent, et dimanche sera doux? Mais on se trompe. Le philosophe ne s’habille que de malheur, et s’il a cité Proust, c’est parce que son temps est passé.

Opprobre méritée

 

Résumons la suite. Aujourd’hui la mauvaise musique règne en maîtresse et «a fomenté un coup d’État», elle impose son empire dans un «penchant dictatorial» nourri de «dictature émotionnelle». Comparer la fin de Johnny à la mort de Victor Hugo, comme l’a fait une député macronienne, c’est «tourner la page de l’identité nationale»: «La France s’oublie, la France se nie», la bienséance n’a plus court et l’indistinction règne…

Tout est mûr pour la scorie fatale. À ce stade du raisonnement, le philosophe veut exprimer que la trahison ne paye pas, et même la dictature de la mauvaise musique échoue à rassembler le pays. Il dit ceci, alors: «Le petit peuple des petits blancs est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux et il était seul. Les non-souchiens brillaient par leur absence.»

Le scandale peut naître. Rarement opprobre fut plus méritée.

Lundi 11 décembre, Alain Finkielkraut et ses amis ont plaidé comme à l’habitude, invoquant le réel que le philosophe observerait, et l’ironie qu’il manierait, car enfin! Comment nier que «les banlieues» n’étaient pas venues au rendez-vous de Johnny! Comment ne pas comprendre que Finkielkraut, évoquant les «non-souchiens», avait simplement retourné une méchante expression d’une femme méchante, Houria Bouteldja, représentante du groupuscule «anticolonial» des Indigènes de la République, qui, sur un plateau télé, avait un jour qualifié de «souchiens» les Français d’origine… Finkie, en somme, avait répondu, du berger à la bergère, en chevalier de France qui n’oublie pas une injure.

Tout ceci est poisseux.

«On dit» et amalgames

 

L’ironie? Elle s’entend moins que la vengeance. Bouteldja avait insulté les «nôtres», Finkielkraut insultait les «siens», et dans son vocabulaire. C’était son ardente passion, qui envahissait même sa péroraison sur Johnny et nos décadences.

Le réel? Qui a su recenser les origines du peuple de Johnny, dans une foule compacte, et qui a compté les téléspectateurs, dans leurs cultures, leur peau plus ou moins bistre ou rose, leur plat du dimanche, après l’hommage? D’une approximation, on tire une imbécilité mauvaise. Finkielkraut se retranchait derrière une banalité improuvable, anonnée dans la paresse des media. «On» disait, «chacun» savait, que «les banlieues», «le peuple de la Seine Saint-Denis», avait brillé par son absence. Si on ne pouvait le prouver, c’était au moins logique: on enfonçait des portes ouvertes.

Le savez-vous? Il y aurait des frontières culturelles et générationnelles entre les adeptes du rap et les enfants du yéyé! Comme une barrière de classe séparait les mods et les rockers, comme le jazz différait de la java, comme la country serait des campagnes et le hip-hop des villes… La belle affaire, tellement pliée, qui nie l’hybridation et le goût de chacun, et transforme la coutume de l’oreille en une identité assignée!

Admettons, pourtant. Mais enfin? Qui décrète ensuite que la culture induit la race? Orelsan est normand, qui rappe, et Mouloudji était kabyle, mais aussi breton, qui poétisait.

Césure ethnique

 

Admettons qu’un peuple du rap existe, qui ne fut pas Johnny. Mais pourquoi ce peuple serait-il «non-souchien»? Il n’existerait pas de jeunes gaulois rappeurs, ou amateurs d’opéra, au fait, insensibles au rock et à la variétoche? Il faudrait n’avoir pas de sang français dans les veines pour être rétif à Jean-Philippe Smet? Et forcément blanc, «petit blanc», pour l’aimer? Qui pense cela, que la culture est la race?

Alain Finkielkraut le pense.

Son «non-souchien», ses «petits blancs», ne disent rien d’autre. C’est l’ethnie qui induit le goût et le deuil, ou l’abstention, fut-ce dans le kitsch de Johnny. L’ethnie d’abord. Le blanc et le non-blanc. Le «de souche» et le «non-souchien», dont la dialectique serait au coeur du combat français.

Il pense ainsi, Alain Finkielkraut, que le réel n’est qu’une césure ethnique. Ne le penserait-il pas qu’il en serait resté à son antienne sur les valeurs. Il n’aurait été «que» réactionnaire. Mais il fallait que sorte, non pas malgré lui, mais au plus profond de ce qu’il pense, la guerre des races qu’il redoute mais à laquelle il travaille. Il devait le dire. C’est sorti ainsi.

Rarement désespoir fut plus justifié, qu’Alain Finkielkraut soit cela. Le barde des blancs, comme Bouteldja est la prêtresse des «racisés», chacun organisant l’irréductible affrontement des origines. Rarement tristesse fut plus profonde.

Tristesse pour l’homme. Tristesse pour le lieu, donc.

Les amis de la «Paix maintenant»

 

Pourquoi, fallait-il que ce soit sur RCJ, dans la radio de mon père parti, que s’affiche l’obsession ethnique d’un autre juif de France?

Les radios juives sont nées de la libéralisation des ondes, au début des années 1980. Radio Communauté émettait depuis la rue George Berger, dans le XVIIe arrondissement de Paris, où le mensuel juif que dirigeait mon père, l’Arche, avait sa rédaction. On mangeait, le midi, dans un troquet au coin de la rue Legendre, et bien sûr, aussi du jambon. La radio est aujourd’hui installée au centre Rachi, du nom d’un philosophe juif de Champagne, au Moyen Age, rue de Broca dans le Ve arrondissement de Paris.

Rue de Broca Via Google Street View

La cantine est casher, signe des temps. Une femme si gentille travaillait à Rachi, dont le fils, Ilan Halimi, fut en 2006 la première victime d’un antisémitisme de la haine et de l’envie. Cela aussi est un signe des temps.

Dès leurs naissances, les radios juives ont joué un double rôle. Elles organisaient une proximité culturelle, rassemblant leurs publics autour de chansons arabo-andalouses, yiddish, israeliennes évidemment, d’organisation de fêtes, de conférences culturelles ou religieuses. On y parlait politique aussi, et singulièrement du Proche-Orient. En 1982, la guerre du Liban faisait des ondes juives un media de repli, pour les juifs perturbés de ne pas assez entendre, dans les media nationaux, les raisons de l’État hébreu. Le pli serait pris, d’espérance en conflit. Dans ces radios, le soldat de Tsahal sera un cousin, et le passager du bus qui saute, rue Dizengoff à Tel-Aviv, un familier. C’est, d’ailleurs, souvent vrai.

Tel-Aviv via Google Street View

En même temps, les radios de la communauté restaient au diapason de la France, singulièrement antiraciste et de bonne volonté pacifiste, ces années-là. Je n’ai pas souvenir d’une chronique de mon père qui ne fut bienveillante. Roger Ascot était, en France, des amis de «la Paix maintenant», l’organisation progressiste israelienne. On savait que la colonisation était un piège. On ne laissait pas, sur les antennes, se répandre la rage, ni la haine envers les Palestiniens, ni l’idée que les arabes nous seraient étrangers. On échangeait avec d’autres radios communautaires, telle Radio Beur, qui deviendra Beur FM, entre cousins. L’esprit de SOS Racisme imprégnait les ondes. Les radio juives -celle de mon père en premier lieu- étaient sionistes, mais pour la paix et en France antiracistes, forcément.

Le «nouvel antisémitisme»

 

Il y a dix-sept ans, quelque chose s’est cassé.

L’histoire a été racontée. L’espoir d’Oslo se brise en 2000 et l’Intifada renaît et l’enchaînement des attentats, de la répression, des roquettes, de Gaza bombardée.

La Cisjordanie en 2000 I HOSSAM ABU ALLAN / AFP

En France, l’antisémitisme redevient physique; non plus les préjugés et les médisances mais des agressions, dans des rues, dans des écoles, qui prennent au dépourvu la France et ses juifs. On parle très tôt d’un «nouvel antisémitisme», venu des quartiers populaires, grandissant chez les enfants de l’immigration, abrité par la détestation d’Israël, et qui supplante, dans l’exaspération, l’antisémitisme bruyant qu’un Le Pen entretient au fil de ses vulgarités. Une nouvelle figure de l’ennemi s’installe.

Leïla Shahid, alors représentante de la Palestine en France, n’est plus invitée au dîner du Crif, la célébration annuelle du judaïsme républicain, et on s’oublie, chez les notables communautaires, à considérer que le vote Le Pen n’est pas une mauvaise chose, s’il impressionne les arabes qui vont désormais «se tenir tranquille». Tout cela va si vite. À l’antisémitisme des cités répond une droitisation du judaïsme, qui parle, sans s’en rendre compte, bientôt en l’acceptant, à l’unisson des gardiens de l’identité nationale, pour qui l’immigré est la menace.

La figure du voyou islamisé

 

Alain Finkielkraut est de cette histoire. Cela même le rend d’abord estimable. On ne sait rien de la tristesse si l’on néglige ceci. Intellectuel venu du gauchisme, oracle de la transmission et de la décadence et enseignant à Polytechnique, producteur sur France Culture d’une émission respectée, rien ne le forçait à s’exposer, en plus, au nom des juifs...

En 1981, il s’interrogeait dans son Juif imaginaire sur une identité que ne nourrissaient plus les persécutions. En 1982, il dénonçait dans La Réprobation d’Israël le discours antisémite qui florissait au motif de la guerre du Liban. Vingt ans après, la haine anti-juive revenue dans sa brutalité, il devenait chroniqueur sur RCJ. Il parlerait aux juifs, chez les juifs, pour les juifs. Ils lui en gardent, dans les communautés organisées, une reconnaissance durable.

Le drame vient de cette symbiose légitime. D’année en année, les peurs juives ont rencontré les manies de Finkielkraut. Ce qui était pensée et doutes est devenu harangues et obsessions. Une théorie s’inventait, qui ferait de la France et des juifs les victimes d’un même bourreau: on ne dirait pas l’immigré, mais le voyou de banlieue, le voyou islamisé bientôt, l’islamiste, l’islamisme, l’ennemi de l’école et de la République et de ses meilleurs enfants: nous, les juifs.

Finkielkraut portait cela. On verrait bientôt un étrange ballet autour du judaïsme de France. Identitaires de droite et ultra-républicains de gauche, invitant les juifs à leur ballet national, et des juifs danser alors, éperdus de reconnaissance. Ils avaient cru que la France les laissait souffrir, quand les premiers enfants se faisaient harceler, dans les écoles de la République; ils avaient cru les Français indifférents à leur malheur, quand nul ne venait plus, avec eux, manifester à Toulouse en 2012, au lendemain du massacre de Ozar Hatorah? Un discours politique les invitait à refaire France commune, dans l’union sacrée, contre le terrorisme mais plus encore, contre l’islam inassimilable. Les juifs seraient ainsi une preuve du combat national, la première preuve, et leur sang, un drapeau sacré! Ils se consolèrent alors, d’être avec les autres.

En 2012 à Toulouse I ERIC CABANIS / AFP

Résister à la haine

 

Alain Finkielkraut, admiré enfin, académisé, fait le lien entre le judaïsme, le laïcisme, la réaction et le racisme pur et simple. Il est un Zemmour tourmenté, encore doté d’un surmoi, qui n’ira pas jusqu’à célébrer Pétain dans une synagogue. Mais il est ce philosophe qui s’abstrait des délicatesses de la langue pour valider les pensées les plus crues. Ah, cette détestation des beurs et des banlieusards, on les reconnaît, qui parlent français avec un accent, l’accent de «l’horrible parler banlieue» et qui , jeunes, traitent les bons élèves de «bouffons et de collabos»...

Mon père a pris sa retraite. Il était d’une génération où l’on se reposait, le labeur accompli. Il a pris sa retraite, il a été heureux, il a décliné, il est mort, et il n’a pas eu à subir cela: un philosophe, reconnu comme juif et défenseur des juifs, aidant de son verbe la détestation généralisée de l’étranger, du maghrébin, du musulman, sous les applaudissements d’une France –une part de la France– cadenassée de refus. Comment accepter cela sans honte?

Je n’ai d’autre titre que cette honte à opposer à Alain Finkielkraut. Pas tant la honte, et puis ceci. Mon père, jamais, n’aurait osé s’en prendre aux immigrés ou à leurs enfants. Il n’était pas simplement un tendre et un humaniste. Il avait ses colères, mais ne se perdait pas. J’ai retrouvé dans mes mémoires un texte qu’il avait écrit, dans un beau journal sioniste, La Terre Retrouvée, en 1972, au lendemain de l’attentat de Munich, quand la fête olympique avait tourné au massacre d’athlètes israeliens: 

«Le sang appelle le sang! II faut toute la millénaire sagesse juive, tout son humanisme, pour qu'lsraël, depuis vingt-quatre ans, résiste à la haine, refuse de repondre a la mort par la mort. Jusqu'à quand?»

Munich, 1972 I AFP

Sagesse sélective

 

À cette aune, certaines colères de Finkielkraut me sont intelligibles. Mais, la colère exprimée, Roger Ascot retrouvait ses bases. «ll y a une autre Palestine que celle de la mort, du terrorisme sans issue, c'est celle de Palestiniens vivant dans un État qu'ils seront appelés à déterminer et qui voisinera avec Israël», poursuivait-il, en octobre 1972, et en ce temps-là, la presse juive combattait sa propre rage. Alain Finkielkraut en serait-il capable? 

Je n’imagine pas que RCJ, dans le scandale, chassera le philosophe de son antenne. Je ne suis pas sûr de le souhaiter, et vis avec mon regret, et un doute. Dimanche 10 décembre, ayant assouvi sa colère contre l’enterrement de Johnny Hallyday, Alain Finkielkraut a poursuivi sa harangue dominicale en commentant la décision de Donald trump de transférer l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem. Il était contre. Trump provoquerait un regain de violence et de danger disait-il, et il enchainait ensuite en reprochant au Crif de demander un transfert similaire de l’ambassade française.

«Le Crif ne doit pas devenir une deuxième ambassade, le conseil représentatif des intérêts de Benjamin Netanyaou en France», lâchait le philosophe qui attaquait ensuite le ultras de la droite israelienne, et le gouvernement Netanyaou, «le plus antisioniste de l’histoire d’Israël», qui mettait le pays en danger dans sa poursuite d’une occupation. Les punchline étaient de gauche, soudain, et sur notre vieille histoire, la paix et le sionisme, cet étrange pays d’Israël qui n’est pas le nôtre mais presque, Finkielkraut n’avait pas changé; odieux en parlant de la France, mais mesuré en invoquant Israël, toujours, là, de la maison de mon père. J’en conçus une tristesse plus grande encore, que sa sagesse rémanente n’empêchait pas sa folie. Pourquoi?

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch (146 articles)
Journaliste
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