France

Johnny, la fin d’une France

Temps de lecture : 2 min

On s’attendait à sa mort. On s’attendait à la folie Johnny Hallyday. Mais à ce point?

L'église parisienne de la Madeleine, où se déroulait l'office religieux pour les funérailles de Johnny Hallyday, le 10 décembre 2017. | Bertrand Guay / AFP
L'église parisienne de la Madeleine, où se déroulait l'office religieux pour les funérailles de Johnny Hallyday, le 10 décembre 2017. | Bertrand Guay / AFP

Des fans en pleurs capables d’attendre dans le froid des heures entières pour être au plus près du cercueil, pour entrevoir sa famille, lui rendre hommage, parfois épier le chagrin des proches ou tout simplement palper l’Histoire.

C’est un moment d’histoire que nous semblions vivre ce samedi et ce n’était même pas Victor Hugo qu’on enterrait. Juste un chanteur… Un immense chanteur, c’est vrai, qu’on l’aime ou pas. De lui sortait cette voix puissante, cette corde caverneuse, violente mais juste. Cette énergie comme une rage de vivre et d’être aimé. C’était l’enfant abandonné qui chantait et toujours hurlait sur scène.

Le jour de sa mort, Emmanuel Macron l’avait qualifié de « héros français ». Le président aime voir de l’héroïsme là où il y aurait plutôt de la transcendance. Johnny l’enfant abandonné par son père a su s’inventer une destinée, une «identité narrative» comme dirait le philosophe Paul Ricoeur dont Emmanuel Macon a été l’assistant pendant ses études et dont il s’inspire dans l’exercice du pouvoir.

Héros ou pas héros. Qu’importe. Ils étaient des milliers à Paris, déambulant dans les rues tôt samedi matin, emmitouflés, pour se faire une place au plus près de lui. Il fallait l’aimer à ce point ou être simplement curieux pour voir cette foule s’agglutiner par un tel froid. Certains auront noté que le ciel, lui aussi, aura mis son grain de sel; un soleil improbable brillait sur Paris. Lorsque le cortège funèbre s’en est allé de la Madeleine, les nuages sont réapparus comme de funestes compagnons.

Enfant des Trente Glorieuses

Qu’inspirent cet hommage et cette tristesse nationale? Autre chose que la simple mort d’une idole. Les Français pleurent aussi la fin d’un temps. Johnny Hallyday aura connu de Gaulle, Giscard, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. Les Trente Glorieuses l’ont enfanté, il aura connu leur déclin, la crise, le chômage et cette France toujours en recherche de la prospérité disparue.

En 2017, aux portes de l’hiver, Johnny meurt alors que l’on change d’ère. Le monde dans lequel nous sommes entrés chante la violence la plus atroce, le terrorisme, le djihad, l’agonie de la démocratie libérale de l’après-guerre, Trump et la lutte d’une certaine culture occidentale blanche.

Johnny, avait pour modèle Elvis Presley, le rockeur blanc que les maisons de disques américaines avaient propulsé pour concurrencer la musique noire au succès explosif. Il symbolisait aussi une certaine France blanche qui disparaît… Ce samedi les stars, les politiques ou la foule : presque que du blanc.

Les Français pleurent en Johnny chacun sa jeunesse, il a su séduire trois ou quatre générations. Mais à Paris, ce samedi, ils pleuraient aussi, sans s’en rendre compte, sur un monde perdu. Le siècle qui vient peut faire peur. Johnny l’éternel rassurait. Lui aura tout traversé, il a survécu, il représentait la France joyeuse, ouverte et combattive, il a su se transformer sous celle qui souffrait pour chanter la différence, le blues et le rêve d’ailleurs.

Comme a fait tenté de le faire Emmanuel Macron. Le jeune président a saisi à la minute où Johnny a disparu que cette séquence serait un de "ces moments français », de ceux où l'émotion embrasse tout le monde. Une émotion populaire et partagée qui unit les puissants et les autres, les uns aux autres, les semblables aux différents. L’occasion pour le jeune président de lancer un message politique, sur le parvis de l’église, pour dire à un peuple à quel point il est précieux lorsqu'il se rassemble et lorsqu'il est optimiste.

Roselyne Febvre Journaliste

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