Monde

Le calvaire des coptes

Henri Tincq, mis à jour le 13.01.2010 à 6 h 58

Un massacre antichrétien a fait sept morts en Egypte à la sortie de la messe du Noël copte fêté le 6 janvier.

Ce fut un massacre. Mercredi 6 janvier, jour de Noël pour les 8 millions de coptes d'Egypte (10% de la population) comme pour la plupart des chrétiens orientaux, à la sortie de la messe de minuit, trois inconnus, à bord d´une voiture, ont mitraillé les fidèles qui quittaient la principale église de Nagaa Hammadi. Cette ville de Haute-Egypte se trouve à une soixantaine de kilomètres de Louxor. Six chrétiens ont été tués, ainsi qu'un policier. Les tirs ont fait des dizaines de blessés, dont deux passants musulmans. Le lendemain, plusieurs milliers de manifestants coptes se sont affrontés avec la police devant l´hôpital où avaient été déposés les corps des victimes.

Le prétexte invoqué pour expliquer l'attaque sanglante du soir de Noël serait une vengeance après des accusations de viol qui aurait été commis, en novembre 2009, sur une jeune musulmane de 12 ans par un chrétien habitant près de Nagaa Hammadi. Cet incident avait provoqué la colère des musulmans et la ville avait connu cinq jours d´émeutes. Des maisons, des magasins et des pharmacies, appartenant à la minorité copte avaient été attaqués et incendiés. Des menaces avaient été proférées contre la minorité chrétienne dans les jours précédant la fête de Noël, ce qui avait conduit Mgr Kirillos, évêque copte du lieu, à demander des renforts de police.

Situation oppressante

La minorité copte - la plus importante communauté chrétienne de tout le Proche-Orient - est sous le choc. Elle pleure ses victimes et fait grief à la justice de toutes les discrimination subies. Les précédentes agressions visant des chrétiens sont restées impunies ou les agresseurs s´en sont sortis avec des peines légères. La situation devient oppressante. Après les incidents de novembre à Nagaa Hammadi, Athanasios Henein, un prêtre qui dessert la communauté copte de Grèce, avait lancé un cri d'alarme lors d´une conférence à Vienne: «Nous nous sommes presque habitués à voir nos églises brûler, nos femmes être kidnappées et forcées à se convertir à l´islam, nos possessions être confisquées et les jeunes générations de coptes n´avoir pas les mêmes chances de formation». Selon ce prêtre, la situation des coptes en Egypte peut-être comparée à un "génocide culturel".»

Les 8 millions de chrétiens forment la principale minorité du pays, surtout présente en Haute-Egypte (Minya, Assiout, Qena, Louxor). Une partie appartient à l'élite urbaine, fortunée et libérale, tandis que la grande majorité se répartit entre les classes moyennes et pauvres. Mais ils sont victimes de discriminations dans les emplois publics et à l'Université et toute construction de nouvelle église se trouve, de fait, interdite. Ces chrétiens ont été l'une des cibles, dans les années 1980 et 1990, des groupes djihadistes égyptiens. En réaction à la montée de l'islamisme, les coptes sont devenus eux-mêmes plus démonstratifs dans leur pratique religieuse, se faisant tatouer le bras de petites croix coptes ou créant de nouvelles chaînes de télévision religieuses. Mais depuis 2000, les affrontements intercommunautaires ont le plus souvent lieu en milieu rural et sont liés à des rivalités familiales, concernant les terres ou un mariage mixte.

Persécution et exode

Avant l´arrivée de l´islam au VIIème siècle, le christianisme était la religion dominante en Egypte. Avec les Arméniens (3 millions) et les Syriaques (800.000), les chrétiens coptes d'Egypte font partie de ces Eglises qui n'ont pas approuvé les conclusions du concile de Chalcédoine (451) sur la double nature, divine et humaine, du Christ. C'est pourquoi on les appelle Eglises «mono-physites» ou «pré-chalcédoniennes», mais leurs divergences doctrinales avec les autres Eglises, y compris celle de Rome, se sont estompées à la faveur des rapprochements œcuméniques du XXème siècle.

On estime à entre dix et quinze millions le nombre de chrétiens présents au Proche-Orient. L'exactitude de ce chiffre est loin d'être garantie, tant l'exode est massif depuis une ou deux décennies et grande la précarité de ces communautés. Si leur nombre est aujourd'hui modeste, leur importance symbolique et politique est considérable dans cette région d'Orient où sont nés les trois monothéismes, que les conflits, depuis cinquante ans, ne cessent d'éprouver et de déchirer. Les chrétiens sont encouragés par leurs patriarches et évêques à rester, à militer pour la démocratie, la paix, le développement et à cohabiter avec les musulmans. Ils jouent un rôle d'équilibre dans des pays menacés par la montée des violences et des extrémismes religieux, épuisés par la guerre et les désastres économiques.

De ces minorités chrétiennes d'Orient, on a souvent cru qu'elles seraient balayées par le vent de l'histoire. Que leurs divisions ancestrales, les discriminations qu'elles subissent et l'émigration finiraient par avoir raison de leur résistance puisée depuis deux millénaires dans une histoire prestigieuse et une foi radicale. Elles sont toujours vivantes, mais aujourd'hui le chaos de l'Irak, l'isolement de l'Iran, la montée de l'islamisme en Egypte ou dans les territoires palestiniens ont aggravé la marginalisation de ces minorités. Les chrétiens d'Irak, d'Egypte et de Palestine, voire du Liban, se trouvent dans une situation catastrophique. Même si la paix est revenue, les 40% de chrétiens du Liban (maronites, melkites, etc.) qui ont quitté leur pays, depuis le début de la guerre en 1975, ne rentrent pas au pays.

Irak

La population chrétienne d'Irak, présente en Mésopotamie depuis deux mille ans, a diminué de plus d'un tiers depuis les deux guerres contre Saddam Hussein (1991 et 2003). Des églises ont été ou sont encore aujourd'hui attaquées à Bagdad, à Kirkouk, à Mossoul. Des religieux sont agressés, des prêtres tués. Assimilée aux «croisés» américains par les sunnites liés à al-Qaïda, détestée par les extrémistes chiites pour leur passivité d'hier face à Saddam Hussein, la minorité chrétienne d'Irak subit la persécution. Elle continue de fuir au Kurdistan irakien, en Jordanie, en Syrie, au Liban et, pour les plus aisés, en Amérique du Nord ou du Sud.

L'exode se poursuit également dans les territoires occupés de Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Les chrétiens palestiniens ne sont plus qu'entre 50.000 et 80.000. Leur inquiétude est croissante devant l'islamisation de la société, les restrictions à la circulation (le «mur» israélien) et la menace du terrorisme.

En Egypte, l'attaque sanglante de la nuit de Noël à Nagaa Hamadi montre que la menace de la violence est toujours présente. Elle puise à la fois dans les discriminations dont sont victimes les coptes et dans la radicalisation de l'islam. Aux élections de 2005, un seul député copte avait été élu contre ... 88 Frères musulmans. Cinq autres avaient été nommés par le président Moubarak en vertu de son privilège constitutionnel. Les autorités égyptiennes minimisent les affrontements entre communautés musulmane et chrétienne en niant le caractère religieux du conflit. Mais tant qu'elles se borneront à donner une simple réponse sécuritaire, en l'absence de tout débat sur la notion commune de «citoyenneté» et sur la discrimination de type religieux, les violences comme celles du Noël copte ne cesseront pas.

Henri Tincq

Image de Une: Des coptes d'Egypte le 9 janvier 2010 à Qena, REUTERS/Asmaa Waguih

Henri Tincq
Henri Tincq (245 articles)
Journaliste
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