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Pour devenir maître d'internet, Facebook vole les concepts de ses concurrents

Aaron Mak, traduit par Adélaïde Blot, mis à jour le 09.12.2017 à 16 h 11

Facebook est aujourd’hui bien plus qu’un simple réseau social. Et il peut dire merci à Kickstarter, LinkedIn, Snapchat et à une flopée d'autres sites et applications.

Hégémonie | Geralt via Pixabay CC0 License by

Hégémonie | Geralt via Pixabay CC0 License by

Cette année, Facebook s’est donné beaucoup de mal pour proposer à ses utilisateurs une plateforme unique pour tous leurs besoins en ligne. En effet, le site a lancé de nombreuses fonctionnalités qui ressemblent beaucoup à des clones à peine voilés d’autres applications et sites web populaires. L’objectif: que les internautes ne quittent jamais son domaine. 

Depuis que Mark Zuckerberg a été traîné en justice par les jumeaux Winklevoss, ses camarades de classe à Harvard qui affirmaient avoir imaginé le réseau social, Facebook est régulièrement accusé de s’approprier ostensiblement les idées des autres.

Être absorbé ou se faire voler son concept signature

Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, Facebook aurait fait siens les coupons numériques de Groupon en 2011 et le hashtag de Twitter en 2013 (il ne faut pas oublier que de nombreuses entreprises technologiques pourraient tout aussi bien être accusées de voler des idées à Facebook et de s’en voler mutuellement.)

Certains suggèrent que Facebook essaie de ne laisser qu’une seule alternative aux start-ups atteignant un certain niveau de succès: elles acceptent d’être absorbées ou le réseau social s’approprie leur concept signature.

Le trafic enregistré par Facebook a été multiplié par cinq au cours des quatre dernières années et l’entreprise vaut désormais plus de 500 milliards de dollars. Toutefois, 2017 n’a pas juste été une année faste pour la plateforme. En effet, cette dernière a été impliquée dans une enquête du Congrès américain qui visait à identifier comment des Russes avaient pu manipuler le site pendant l’élection présidentielle américaine en créant de faux événements, reportages et groupes, pour enflammer encore un peu plus le débat politique aux États-Unis. La controverse a également ravivé d’anciennes accusations selon lesquelles Facebook détiendrait un monopole (ou, avec Google, un duopole). Malgré ces turbulences, les observateurs continuent à s’attendre à une hausse de 30% des parts de l’entreprise.

La liste ci-dessous présente des applications et services lancés ou remaniés cette année par Facebook, dans une tentative de devenir LE site incontournable d’internet, ainsi que les sites que la plateforme semble tenter d’imiter.

Fundraiser (Kickstarter)

Étant donné que la plupart des internautes ne se rendent pas sur Kickstarter régulièrement pour chercher des causes auxquelles donner ou des fonds où placer leur argent, le site compte souvent sur le trafic généré par les réseaux sociaux. Or, Facebook semble avoir voulu devenir plus qu’un simple intermédiaire en créant son propre outil de collecte de fonds, Fundraiser, en 2015.

Ce service permet aux organisations à but non lucratif et aux autres projets de lancer leurs collectes de fonds directement depuis leur page Facebook, sans avoir à ouvrir de compte sur les autres sites de collecte. Cette année, Facebook a essayé d’étendre cette fonctionnalité dans 16 autres pays, notamment en Australie et au Canada. La plateforme a également supprimé sa commission de 5% sur les organisations caritatives et prévoit de dépenser 50 millions de dollars chaque année pour doubler les montants déjà collectés pour certaines causes.

Local (Yelp / Foursquare)

Le 10 novembre dernier, Facebook a lancé Local, une sorte d’extension de son application Événements. Mais cette nouvelle application ne sert pas seulement à gérer des invitations: Local propose également à ses utilisateurs des recommandations de restaurants, bars et autres sociétés de services en fonction des avis de leurs amis. TechCrunch estime que l’application pourrait représenter une véritable menace pour Yelp et Foursquare si Facebook décide de la promouvoir pleinement, car la plateforme dispose d’une quantité impressionnante de données sur les entreprises locales et de graphiques sociaux.

Marketplace (Craigslist / eBay)

Lancé en octobre de l’année dernière, Marketplace est une plateforme sur laquelle les internautes revendent des objets et proposent des logements à la vente ou à la location. Ce nouveau service n’a pas séduit tout de suite, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans un commentaire BuzzFeed, on peut ainsi lire «curieusement, Marketplace réussit l’exploit d’être à la fois moins fantaisiste que Craigslist et moins complet qu’eBay. C’est tout simplement… déprimant».

Puis, au cours de l’année, Marketplace a été entièrement repensé. En octobre, la plateforme s’est associée à plusieurs sites de ventes de voitures pour légitimer et optimiser sa section automobile. Le mois dernier, une collaboration avec Apartment List et Zumper a permis d’ajouter des centaines de milliers d’annonces américaines à la section logements, ainsi que des filtres de lieu, de prix, de surface et d’autres critères.

Work Histories (LinkedIn)

L’émulation mutuelle entre LinkedIn et Facebook est loin d’être nouvelle. Aujourd’hui, LinkedIn dispose de son propre fil d’actualité et de fonctionnalités de partage de vidéos rappelant Facebook, tandis que ce dernier propose, depuis deux mois, une fonctionnalité de CV qui permet non seulement de partager ses expériences avec son réseau, mais aussi de chercher des offres d’emploi fournies par ZipRecruiter.

Stories (Snapchat)

Quand les stories Facebook sont arrivées en 2016, cette nouvelle fonctionnalité semblait redondante avec d’autres, puisque Facebook possédait déjà Instagram et WhatsApp. Mais depuis, Facebook a beaucoup investi dans ses stories, qui comptent maintenant plus d’utilisateurs que les stories Instagram.

En mars, l’entreprise a commencé à intégrer massivement sa nouvelle caméra de réalité augmentée dans la fonctionnalité Stories. Puis en octobre, les utilisateurs ont pu commencer à publier leurs stories à la fois sur Instagram et sur Facebook.

Comme pour Snapchat, la croissance du nombre d’utilisateurs est exponentielle depuis plusieurs trimestres consécutifs, ce qui a obligé l’entreprise à repenser entièrement son application, dont la refonte a été dévoilée la semaine dernière.

Watch (Netflix / Amazon / Hulu / YouTube / etc.)

Au mois d’août, Facebook a fait son entrée dans l’univers bondé du streaming et de la programmation originale avec le lancement de son onglet Watch, qui propose des programmes financés par le réseau social ainsi que du contenu créé par des tiers [Slate.com a reçu un financement de Facebook pour sa série Watch Smarter, ndlr].

Néanmoins, Watch ne semble pas encore vouloir sauter le pas vers la fiction, préférant s’en tenir au sport, aux programmes de téléréalité de chaînes américaines comme TLC et MTV, aux miniséries documentaires et à tout ce qu’on trouve à la télévision en journée.

Workplace (Slack)

Workplace, que Facebook a lancée en octobre 2016, est une version professionnelle de son service de messagerie, conçue pour faciliter les vidéoconférences et les discussions instantanées entre collègues. Cet automne, l’entreprise s’est targuée de compter 30.000 entreprises parmi les utilisateurs de son application, contre 1.000 l’an dernier.

Pourtant, CNBC estime que ces chiffres peuvent être trompeurs et chercher à dissimuler à quel point Facebook a envahi le territoire de Slack. En effet, si Slack affirme que plus de 4 millions de personnes utilisent son service, Facebook se refuse à publier le nombre de comptes individuels créés sur Workplace et le nombre d’entreprises qui utilisent la version gratuite plutôt que la version payante. La comparaison entre Facebook et Slack n’a donc pas de sens et ne permet pas de déterminer qui de l’un ou de l’autre enregistre les meilleurs résultats.

Aaron Mak
Aaron Mak (3 articles)
Journaliste à Slate.com
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