France

Le peuple de Johnny

Temps de lecture : 8 min

La dépêche tant redoutée par les fans du taulier du rock français est tombée dans la nuit du 5 décembre: Johnny Hallyday n’est plus. Émotion, hommages, analyses, souvenirs, récupérations… Twitter se fait l’écho de ce psychodrame hexagonal.

Johnny Hallyday, Wikimedia Commons.
Johnny Hallyday, Wikimedia Commons.

Contenu Partenaire - «Johnny Hallyday est parti. Jean-Philippe Smet est décédé». Tels sont les mots choisis par son épouse pour annoncer la nouvelle aux centaines de milliers de fans du chanteur. Message qui a ému nombre de twittos: «#Hallyday Laeticia Hallyday, que c’est beau… Tout est dit simplement avec tellement d’amour. Merci». Il faut dire qu’en soixante ans de carrière Johnny Hallyday est devenu une icône populaire française traversant les générations et les classes sociales. Comme le rappelle Yohan Roblin, Johnny en chiffres c’est: «110 millions de disques vendus, 3240 concerts, 993 chansons interprétées, 540 duos avec 187 artistes, 187 tournées, 79 albums dont 29 studio, 40 disques d’or, 29 millions de spectateurs, 9 stades de France, 1 Johnny».

Les célébrités se bousculent

Biberonné au rock américain d’Elvis, Johnny importe dans la France de De Gaulle le Rock’n Roll. Figure emblématique et sans équivalent de la chanson populaire française du dernier demi-siècle, le rocker a noué, au fil de sa carrière, des amitiés musicales, cinématographiques et plus largement médiatiques qui lui rendent aujourd’hui hommage souvent avec sincérité, tristesse et nostalgie, mais aussi parce qu’il n’est pas possible de ne pas en être. Rarement Twitter aura autant été submergé de tweets de célébrités. «J’ai perdu plus qu’un ami. J’ai perdu un frère. Eddy Mitchell grand ami de toujours de #JohnnyHallyday jusqu’à la dernière tournée des Vieilles Canailles en 2017». L’autre canaille, Jacques Dutronc, est resté silencieux. Un twittos a relayé «cette phrase de #Jacques Dutronc il y a quelques jours sur l’éventualité d’un décès de #JohnnyHallyday. S’il arrive quelque chose, je préfère pleurer dans mon coin, je ne veux pas qu’on me voit. Il y a des professionnels pour ça et je n’en fais pas partie».

Si l’homme au cigare préfère cacher son chagrin loin des caméras et des micros, d’autres artistes ont choisi Twitter pour saluer la carrière incroyable de l’idole des jeunes. Son amie Mimie Mathy a ainsi twitté un «merci Monsieur #Johnny. Je t’aime pour toujours. Des millions de pensées pour Laeticia, ses enfants, ses proches. Heureuse d’avoir partagé de beaux moments et de magnifiques concerts… Irremplaçable». Sheila, elle aussi de la génération Yéyé, a confié qu’«il disait souvent que j’étais sa petite sœur» tandis que pour Hugues Aufray «avec la mort de #JohnnyHallyday, une page de ma vie se tourne».

Les artistes qui ont eu l’occasion de chanter avec lui font aussi part sur le réseau social de leur tristesse comme Céline Dion («repose en paix… Nous ne t’oublierons jamais#JohnnyHallyday #JohnnyHallydayRIP») ou Maurane («#Johnny nous a quittés. Je le croyais éternel… Repose toi bel artiste, tu ne l’auras pas volé. Affectueuses pensées à Laeticia et à ses deux petites perles») avec qui Johnny avait interprété L’Hymne à l’amour en 2007.

Les témoignages sont venus de la génération Salut les Copains et aussi d’artistes plus jeunes comme Renaud, «Si j’avais su que je l’aimais autant, je l’aurais aimé davantage #Johnny», des femmes qui ont partagé sa vie, «mon chagrin est immense déclare Nathalie Baye #JohnnyHallyday #Johnny», «comme toute la France, mon cœur est brisé», Sylvie Vartan à l’AFP, et de célébrités qu’on est surpris de découvrir fan du «chanteur abandonné», comme Nabilla («Paix à ton âme Johnny… Je suis trop, trop triste #JohnnyHallyday») ou le groupe britannique Muse qui a salué «Goodbye, Johnny. You’re a legend. RIP. #johnnyhallyday».

Le monde politique à l’unisson

Sans surprise cette fois, Johnny comptait aussi de nombreux fans parmi le personnel politique. On a pu assister tout de même un peu médusé à «#DirectAN, une standing ovation pour #JohnnyHallyday à l’assemblée nationale». A droite comme à gauche, les hommages se sont succédés. Le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a organisé une veillée dans sa ville mercredi soir, a expliqué qu’«on l’appelait l’idole des jeunes mais je crois que celui qui vient de nous quitter était l’idole de tous. Il rassemblait toutes les générations. #JohnnyHallyday». Son fan de la première heure, ce qui lui avait valu de nombreuses moqueries, l’ancien premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, a confié que «#Johnny ce matin on a tous en nous quelque chose qui meurt». Nicolas Sarkozy, qui, alors maire de Neuilly, maria en 1996 Johnny et Laeticia, a aussi tenu à exprimer son chagrin: «la France est en deuil d’un très grand artiste, de cette voix irremplaçable, de ce talent et d’un répertoire. Johnny va laisser un vide que jamais personne ne pourra combler».

Pour Manuel Valls, autre ancien premier Ministre: «Johnny est mort et quelque chose en chacun de nous est parti… Un vide… Une incrédulité… C’est arrivé… Merci pour tout, le parc des Princes, le stade de France en 1998, plus tard avec un orchestre symphonique, Bercy, la tournée des Vieilles Canailles, nous avons grandi et vécu avec Johnny!». Édouard Philippe rend «hommage à l’assemblée nationale à un artiste exceptionnel qui a su séduire, conquérir de nouveaux publics, durer, se renouveler aussi #JohnnyHallyday #DirectAN». Et le Président Emmanuel Macron a lui-même twitté émaillant son message de références aux chansons du rocker: «on a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday. Le public de fans et de fidèles qu’il s’était acquis est en larmes. Nous n’oublierons ni son nom, ni sa gueule, ni sa voix. Le voici au Panthéon de la chanson où il rejoint les légendes du rock et du blues qu’il aimait tant».

L’idole de la France d'en bas

Johnny doit sa popularité et sa longévité hors normes aux liens qu’il a su tisser, entretenir et renforcer au fil des années avec une France populaire, ses vrais fans sont souvent issus de la «France d’en bas». Dans le cœur de millions de Français qui ont chanté ses chansons depuis les années 1960, Johnny est un des leurs, un homme accessible qui s’est fait tout seul et qui est resté authentique en dépit du succès. Comme le résume Fabienne Sintes, «aujourd’hui Twitter va ployer sous les #Johnny; il y aura aussi les snobs qui trouvent qu’on en fait trop et les moqueurs qui le trouvaient naze; mais celui qui affirme qu’il ne fredonnera rien et parlera d’autre chose à la machine à café est un menteur». Le peuple de France pleure son idole. Des chauffeurs de taxi («en route vers l’aéroport, 5h30 ce matin, le chauffeur du taxi pleure en écoutant Tennesse… c’était mon Elvis #Johnny») aux bikers («certains bikers sont venus de Rouen pour rendre un denrier hommage à Johnny #JohnnyHallyday»), en passant par le personnel de la RATP («en hommage à #JohnnyHallyday, le @GroupeRATP a fait renommer la station Duroc en station Durock Johnny»).

Si les stars pleurent un ami, les larmes des anonymes sont au moins aussi émouvantes. Comme l’exprime Falbala, «quand j’avais huit ans, j’ai vu ma mère et ma grand-mère pleurer pour De Gaulle. Je me demandais pourquoi elles pleuraient la mort de quelqu’un qu’elles ne connaissaient pas. Aujourd’hui j’ai compris. #Johnny». Et dans la même veine, «il me faudrait plus de 15 000 caractères pour vous raconter tous les souvenirs que j’ai de mon père et moi en train de chanter sur la musique de #Johnny, c’était son idole, donc forcément un peu la mienne aussi, il va nous manquer». Il y a ceux qui n’appréciaient pas forcément son répertoire mais saluent l’homme «pas forcément fan! Mais complètement épaté par l’ensemble de votre œuvre! Respect. RIP #CQDJohnny #JohnnyHallyday».

L’amour que lui portent ses fans, parfois à la limite de l’idolâtrie, a poussé certains admirateurs à espérer «que le président instaure un jour de deuil national, sinon ce serait une grave faute». Sans aller jusque-là, les funérailles du chanteur vont toutefois bien prendre un tour officiel le 9 décembre à Paris. Certains twittos, comme Anaïs, plaidaient dans ce sens: «ce qui me plait dans l’idée d’une cérémonie importante pour les obsèques de #JohnnyHallyday c’est la reconnaissance par l’Etat de l’importance de la culture, de la musique dans la vie des gens. Il était l’incarnation de la culture populaire. Il accompagnait des vies». Un cortège traversera donc la capitale: «les Champs-Élysées, la Concorde et la Madeleine pour #Johnny samedi à #Paris».

Avalanche médiatique

L’annonce du décès du rocker a aussi permis d’assister à une mobilisation immédiate et presque sans précédent du monde médiatique. Multiplication des Breaking news, interruptions des programmes pour des éditions spéciales, les chaines info en flux tendu pour recueillir ici des confidences, là des sanglots… Kaniel Outis pressentait dans la nuit l’avalanche: «bon ok ça a pas l’air d’être des conneries là par contre. Là tout le monde dort. Demain Twitter va exploser! #Johnny». Il ne s’était pas trompé. Comme le dit JD, «#Johnny est mort. L’apocalypse audiovisuelle est lancée». Les rédactions avaient eu le temps de se préparer. Depuis la médiatisation de son cancer il y a quelques mois, les journalistes avaient travaillé sur la nécrologie de Johnny. Cela a indigné certains twittos sans qu’on comprenne bien pourquoi: «que des articles soient préparés à l’avance pour être publiés aussi vite me rend amère. Annonce décès 2h46. Publication: 2h56 #JOHNNY».

La conséquence de cet emballement médiatique généralisé, aucune chaîne de télévision, aucune radio, aucun journal, aucun média numérique ne voulant être en reste, a été la disparition immédiate de toute autre information nationale ou internationale. La mort de l’académicien Jean d’Ormesson qui avait fait l’actualité mardi a été effacée. Un twittos en 2009 avait déjà tout prévu après la mort de Michael Jackson, le lendemain de celle de l’actrice Farah Fawcett: «Imaginez un people assez connu et reconnu qui décéderait en même temps que Johnny… C’est le fameux syndrome Farah Fawcett! La mort médiatique!». Comme le résume avec humour par pcroiset: «si on m’avait dit un jour que Jean d’Ormesson ferait la première partie de #Johnny».

Mais à vouloir en faire toujours plus, l’audiovisuel prend le risque au mieux de l’overdose («le jour où les radios françaises rattrapent leur retard de diffusion de chansons françaises sans broncher #JohnnyHallyday #déformationprofessionnelle»), au pire du dérapage. Ainsi, «Europe 1 qui réveille Line Renaud, 89 ans, à 6h50 pour lui apprendre la mort de #JohnnyHallyday et la faire pleurer à l’antenne. Vous avez dit journalisme? #oupas @Europe1» s’insurge Michel Mompontet. Quant à l’annonce de BFMTV (Emmanuel Macron ne dormait pas encore lorsqu’il a appris la mort de Johnny Hallyday), certains twittos croient «lire une déclaration des Soviets qui laissaient le bureau de Staline au Kremlin allumé la nuit pour laisser croire que le petit père des peuples ne dormait jamais tant il travaillait #Macron #JohnnyHallyday».

Chaque grande chaine ayant décidé de bouleversé sa soirée pour évoquer la carrière de Johnny, l’unanimisme provoque comme une gêne. «Grand retour de l’#ORTF ce soir: un seul programme #JohnnyHallyday».

Dans le concert de critiques des médias, il y a tout de même parfois la reconnaissance de la sincérité et d’une émotion vraie. Sur Twitter, l’hommage est général quand France 2 a mis à l’antenne en direct Michel Drucker, un ami de longue date de Johnny. L’émotion qui fut la sienne à la fin de ce programme exceptionnel a fini de bouleverser les fans de Johnny. «Michel Drucker émouvant ce soir seul face à la caméra. Ses larmes en rendant l’antenne… Nous nous reverrons un jour, salut mon pote. Tellement touchant. J’avoue, j’ai pleuré avec lui. #JohnnyHallyday».

Si le temps journalistique s’est arrêté en France à l’annonce de la disparition du chanteur, le monde a continué de tourner. Et comme le souligne Monsieur Burns avec un clien d’oeil, la mort de Johnny n’est peut-être pas un événement purement français: «pour rendre hommage à #JohnnyHallyday, #Trump vient (sans doute) d’allumer le feu au Moyen-Orient… #Jérusalem #JerusalemEmbassy».

Slate.fr

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