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Dois-je préférer la fausse fourrure à la vraie?

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 30.01.2010 à 17 h 13

La vraie fourrure ne m'excite pas trop, mais la fausse fourrure n'est-elle pas principalement fabriquée à partir de pétrole?

C'est un problème bien épineux. Pour beaucoup de gens, bien sûr, un vêtement fait de peaux animales signifie un usage inadéquat des ressources naturelles - et feront de la fausse fourrure leur choix le plus écolo. Mais qu'en est-il si l'usage animal vous est égal, et que vous souhaitiez acheter simplement le produit ayant le plus faible impact environnemental ? Il n'y a pas de réponse simple, car une large part des données en circulation émane de groupes ayant un intérêt direct à vous faire prendre un bord ou l'autre.

A un niveau basique, que savons-nous de cette alternative? Le coup de semonce contre la fausse fourrure, c'est que le nylon, l'acrylique et le polyester sont faits de pétrole non renouvelable. Et que cela demande une certaine somme d'énergie de transformer ce pétrole en fibres synthétiques:  selon la consultante en stylisme Kate Fletcher, de Sustainable Fashion and Textiles (Mode et textiles durables), la production d'un kilo de polyester demande 109 mégajoules d'énergie, avec 46 mégajoules pour le produit brut, et 63 mégajoules pour le transformer en fibres textiles. Le nylon consomme quant à lui 150 mégajoules par kilo, l'acrylique 157. Quelques créateurs font aujourd'hui de la fausse fourrure à partir de coton, à 50 mégajoules par kilo. (La production de coton requiert tout de même beaucoup d'eau). L'autre défaut des similis, c'est que les fibres synthétiques prennent très très longtemps à se dégrader - quelque chose entre 500 et 1000 ans, si on considère que leur dégradation naturelle est comparable avec celle d'un sac plastique.

Ressources renouvelables

La vraie fourrure semble répondre à ces préoccupations. Il peut paraître étrange de voir les choses en ces termes, mais les animaux sont des ressources renouvelables. (La grande majorité des fourrures, 85%, proviennent d'animaux d'élevage). Et selon le Conseil de la Fourrure canadien, bien que les fourrures soient traitées pour en retarder la dégradation, la vraie fourrure se dégradera bien un jour ou l'autre. En théorie, vous pouvez même composter votre manteau une fois que vous en avez assez. Cependant, la conservation de ce manteau dans l'intervalle demande une somme non négligeable d'énergie, car de nombreux fourreurs conseillent, l'été, de garder ce type de vêtements dans des armoires climatisées.

La véritable fourrure a aussi son impact à un niveau agricole. Comme dans tous les autres systèmes de production animale, les visons, les renards et les zibelines produisent des déjections qui peuvent polluer l'eau si elles ne sont pas gérées convenablement. Les élevages destinées à la fourrure ont aussi un autre genre de déchet à gérer : les carcasses. (Le compostage semble environnementalement préférable [PDF] à trois autres options: les enterrer, les incinérer et les transformer en farines animales). D'autre part, certains animaux, comme les visons, mangent (et donc recyclent) les déchets de nourriture humaine - comme le vieux fromage ou les œufs périmés - de même que des sous-produits bovins ou volaillers.

La préparation et la teinture des fourrures nécessitent l'utilisation de produits chimiques, mais The Lantern ne peut abonder dans le sens des plaintes des militants anti-fourrure selon qui le processus est «intensément polluant», ni dans celui des déclarations de l'industrie pour qui il est «relativement bénin». D'ailleurs, les manteaux de synthèse produisent aussi des déchets chimiques, aussi bien dans la fabrication que dans la teinture des fibres.

Energie

The Lantern a eu vent d'une comparaison entre la véritable et la fausse fourrure qui conclut qu'un manteau fait en animal sauvage demande 3,5 fois plus d'énergie qu'un manteau en synthétique, quand celui fait avec un animal d'élevage en demande 15 fois plus. Ces chiffres sont souvent cités par les militants anti-fourrure dans leurs tracts et dans leurs articles, et sont en général crédités soit à l'Université du Michigan, soit au Laboratoire de recherche scientifique de la marque automobile Ford.

Quand The Lantern est tombée sur cette étude, son sang n'a fait qu'un tour - quelqu'un a déjà mouliné les données, a-t-elle pensé. Il me semblait pouvoir arrêter de travailler dès le début de la semaine. Cependant, l'étude en question doit être prise avec un peu de hauteur. Tout d'abord, l'analyse est ancienne - elle a été publiée en 1979. De plus, l'article tire de nombreuses conclusions sans expliquer totalement d'où proviennent ses chiffres. Elles peuvent très bien être complètement pertinentes, mais il est difficile de trancher sans plus d'information complémentaire. Et alors que l'auteur a fait un bon travail pour détailler divers coûts cachés de la vraie fourrure - comme l'essence utilisée pour aller contrôler les pièges -, il ne donne pas l'équivalent pour les manteaux synthétiques.

Pour finir, l'article est souvent mal attribué : bien que l'auteur soit diplômé de l'Université du Michigan et était employé chez Ford à l'époque, l'analyse en elle-même avait été commandée par le Fonds pour les Animaux «afin d'améliorer ses arguments quant à l'abolition de la cruauté sur les animaux causée par la production de fourrures d'animaux naturels pour l'ornement humain». Que ces chiffres proviennent d'un groupe militant ne les rend pas nécessairement suspects. Mais en même temps, c'est un peu louche de prétendre qu'ils viennent d'une source neutre ou académique.

Donc, même si The Lantern le veut, elle ne peut souscrire sans réserve aux conclusions de ce rapport. Tant que quelqu'un n'aura pas fait d'étude plus complète, et à jour - les chercheurs en textile se demandant quel pourrait bien être leur sujet de thèse, je vous regarde -, que doit faire le lecteur à la fois soucieux de la mode et de l'écologie ?

Comme pour toutes les énigmes environnementales insolubles, The Lantern recommande de vous concentrer sur ce que vous savez faire la différence. Si vous voulez acheter une fourrure, achetez la d'occasion, de la meilleure qualité que vous puissiez vous permettre, et dans un style classique. Pas cher et à la mode signifie jetable - donc que vous choisissiez le vrai ou le faux, réfléchissez longuement et profondément pour savoir si vous porterez encore cette veste poilue et fuchsia dans quelques années. Si non, remettez-la sur son portant, car elle ne sera jamais verte.

Nina Shen Rastogi

Traduit par Peggy Sastre

Image de Une: Un mannequin présente la collection de Jean-Paul Gaultier pour Hermes pendant la Fashion Week à Paris. REUTERS/Gonzalo Fuentes

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