Monde

Jacob Zuma, polygame épanoui

Pierre Malet, mis à jour le 11.01.2010 à 17 h 31

Le président sud-africain vit sa polygamie ouvertement. Et peu s'en plaignent.

Heureux comme Jacob. Sur les photos officielles, Jacob Zuma, le président sud-africain affiche un air particulièrement épanoui. Il vient d'épouser une troisième femme. Et s'apprête à convoler en justes noces avec une quatrième. Afin de célébrer l'événement, il a organisé de grandes cérémonies dans son village du Kwazulu-Natal. Tout dans son attitude traduit la confiance. Zuma, 67 ans, assume sa polygamie. Il a d'ailleurs déclaré: «Beaucoup d'hommes politiques ont des maîtresses et des enfants qu'ils cachent pour faire croire qu'ils sont monogames. Je préfère être franc. J'aime mes femmes et suis fier de mes enfants».

Cinq femmes, dix-huit enfants

Le nombre exact des enfants de Zuma n'est pas connu avec certitude. Mais selon la presse sud-africaine, il pourrait en avoir dix-huit. Élu à la présidence de la «nation-arc-en-ciel» en avril 2009, Jacob Zuma est toujours marié à Sizakele Khumalo, sa compagne depuis cinquante ans. Ainsi qu'à Mompumelelo Ntuli. Sa nouvelle épouse Tobeka Madiba est âgée de 36 ans. La prochaine sur la liste, sa future épouse Gloria BongiNgema est dans les starting blocks: la lobola (la dote) a déjà été payée.

L'une de ses précédentes femmes, Nkosazana Dlamini, médecin, rencontrée pendant les années de lutte antiapartheid, a divorcé. Mais elle entretient toujours de très bonnes relations avec le chef de l'Etat, puisqu'elle est ministre. Et travaille sous ses ordres.

Une cinquième épouse, Kate Mantsho, s'est beaucoup moins épanouie au contact du grand homme. Elle s'est suicidée en 2000. Kate Mantsho a déclaré qu'elle avait «vécu 24 années d'enfer» avec Zuma. Longtemps la polygamie assumée de Zuma a suscité des critiques acerbes en Afrique du Sud. Mais aujourd'hui,  à l'heure de son nouveau mariage, tout le monde semble «avoir mis de l'eau dans son vin», comme le souligne The Sunday Times de Johannesburg.

Sourd aux critiques

Il est vrai qu'entre temps, Zuma est devenu chef de l'Etat. D'autre part, il a montré que les critiques semblaient glisser sur lui, «comme sur les plumes d'un canard»,  sans réussir à le faire vaciller. Accusé du viol d'une jeune femme séropositive, Zuma a répondu, lors de son procès, il y a deux ans, qu'elle l'avait provoqué avec «des tenues légères».

Les médias sud-africains lui avaient reproché de ne pas avoir utilisé de préservatifs lors de ses rapports sexuels avec la jeune femme, dont il pouvait difficilement ignorer la situation. Dès lors qu'il s'agissait d'une militante séropositive. Attitude jugée irresponsable par beaucoup, dans le pays qui compte le plus grand nombre de séropositifs au monde. Mais là encore, Jacob Zuma s'en était sorti par une pirouette. En affirmant qu'il comptait éviter la contamination en prenant une «bonne douche».

Lors des prochains voyages officiels le président sud-africain sera accompagné tour à tour par chacune de ses épouses. Pour justifier son attitude, il se réclame du respect des traditions zouloues. Un discours qui séduit une partie de l'opinion publique, tentée par un retour aux sources... africaines. Nombre de Sud-africains, notamment dans l'électorat populaire, accusaient Thabo Mbeki, son prédécesseur, d'être trop occidentalisé.

Africanité

La grande popularité de Zuma vient justement de cette volonté d'être très ancré dans la culture africaine. Il ne manque jamais une occasion de poser devant les photographes dans une tenue traditionnelle ou d'exécuter des danses zouloues, au grand ravissement de ses partisans. L'un des reproches les plus souvent adressés à Thabo Mbeki était d'ailleurs d'être un piètre danseur. Ce qui est considéré comme un sévère handicap pour un dirigeant sud-africain. Lorsqu'il était plus alerte, Nelson Mandela (président de 1994 à 1999) manquait rarement une occasion d'esquisser quelques pas de danse. Cela contribuait aussi à sa popularité.

En assumant de façon aussi ostentatoire sa polygamie, Jacob Zuma saisit aussi l'air du temps sur le continent noir. Car cette «pratique» effectue un retour en grâce dans bien des pays d'Afrique. Pas seulement en Afrique du Sud. Comme l'a souligné le magazine sénégalais Thiof, qui a consacré une enquête à ce phénomène, la polygamie fait un retour remarqué. Et elle n'est pas simplement l'apanage des milieux les plus défavorisés.

Ainsi le chanteur Youssou N'Dour a pris une deuxième épouse ce qui a provoqué bien des débats au Sénégal. «Maintenant, les hommes se disent si même Youssou N'Dour l'a fait, pourquoi pas moi?» explique Aïssatou, une sénégalaise qui constate cette montée en puissance de la polygamie.

Nombre d'Africaines avouent d'ailleurs y être favorables. «Avec la crise économique, nous sommes avant tout à la recherche de stabilité. Mieux vaut un homme déjà marié, plutôt que pas de mari du tout. La seule question qui se pose vraiment c'est de savoir si le mari a les moyens de faire vivre correctement sa femme et ses enfants» m'a expliqué une Dakaroise, qui a effectué des études supérieures. Et vient d'accepter d'être la deuxième épouse d'un riche commerçant.

En Afrique, l'attitude de Jacob Zuma est loin de choquer tout le monde. Bien au contraire. « Pour moi, m'a expliqué Omar Diop, un étudiant sénégalais, Zuma ne fait rien de répréhensible. Il est juste en phase avec la culture africaine ».

Pierre Malet

Image de une: Zuma dansant à son mariage avec Tobeka Madiba, en janvier 2010. Reuters/Siphiwe Sibeko.

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être «Jacob Zuma, l'homme fort qui fait peur»

Pierre Malet
Pierre Malet (91 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte